Actualité Travaux publics

LGV EST 2 e phase : c’est parti !

Le chantier de la deuxième phase de la LGV Est, qui mettra Strasbourg à 1 h 50 de Paris, a démarré cet été. A ce jour, la moitié des lots de génie civil a été attribuée par Réseau ferré de France, le maître d’ouvrage du projet.

Quelque 40 mois après la mise en service de la 1re phase de la LGV Est jusqu’à Baudrecourt, le chantier de la seconde étape – 106 km jusqu’à Vendenheim – a démarré cet été sur les lots 41 et 42. Ce second tronçon achèvera la ligne, rapprochant Paris du Grand Est (gain de 30 mn vers Strasbourg et au-delà). En outre, il permettra de positionner l’Alsace comme carrefour ferroviaire, de relier directement Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg et de matérialiser un maillon de la Magistrale, cet axe ferroviaire européen prioritaire de 1 500 km entre Paris, Bratislava et Budapest via Munich et Vienne. Les travaux, qui seront inaugurés officiellement en novembre, dureront cinq ans pour une mise en service en mars 2016.

Des spécificités contractuelles

Comme pour la première, le financement de la seconde phase a poussé loin l’art du compromis et du déminage de conflits… Par exemple, la région Alsace n’a jamais relâché sa pression sur RFF, le maître d’ouvrage : « Nous avons multiplié les hypothèses, y compris celles de tranches limitées au tunnel de Saverne, ou à la traversée de l’Alsace », témoigne François Bouchard, directeur général des services de la région. Le tracé initial a finalement été adapté, suite aux objections formulées par les collectivités pendant la concertation : RFF a remplacé un remblai par un viaduc dans la vallée de la Zorn et prévu une extension à Vendenheim pour intégrer le développement du trafic régional.
Profitant de l’expérience de la première phase et de la LGV Rhin-Rhône, RFF a cherché à limiter au maximum l’impact de l’infrastructure en agissant prioritairement sur la réduction du bruit, l’insertion paysagère, la prise en compte de l’eau et la préservation de la faune (reconstitution d’habitats, transferts d’espèces protégées…) et de la flore. Au global, ce nouveau tronçon nécessitera 18,5 millions de m3 de déblais, 12,8 millions de m3 de remblais, ainsi que la construction de 128 ouvrages d’art, dont 12 majeurs (tunnel de Saverne, viaducs de la Sarre et du Landbach…).
Sur le plan contractuel, le projet donne lieu à quelques spécificités. Ainsi le lot 41, sur bordereau de prix, a été assorti d’un mémoire d’évaluation des risques prévisionnels (Merp) pour permettre à RFF de mieux apprécier le coût prévisionnel des ouvrages. Par ailleurs, « nous avons choisi la conception-construction pour les lots 40 (viaduc du Landbach) et 47 (tunnel de Saverne) et, grande première, pour du terrassement (lot 35), car la solution technique était très liée aux méthodes des entreprises », explique Alain Cuccaroni, directeur du projet chez RFF. Comme dans la 1re phase, les sous-stations électriques seront aussi traitées en conception-construction.

Des prix très tirés

A ce jour, cinq lots de génie civil sur dix ont été attribués (voir p. 13). Tous les acteurs du projet reconnaissent que les prix ont été très tirés pour regarnir les carnets de commandes (voir témoignages). Ce ne devrait pas être très différent pour les quatre offres en cours d’analyse. Le dernier lot (vallée de la Zorn) va être lancé. Tous seront attribués d’ici à février, ce qui signifie que les travaux auront démarré partout à l’été 2011. Pour les équipements, l’appel d’offres voie-caténaire est sorti. Les autres marchés seront mis en concurrence une fois les études détaillées achevées. A noter que RFF a imposé des clauses sociales dans tous les marchés de travaux pour promouvoir la main-d’œuvre locale. L’enjeu est de taille : le chantier doit générer 6 000 emplois (directs et indirects) par an sur la durée du chantier.

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La 2e phase en chiffres

• 106 km de linéaire de ligne nouvelle
• 474 km de linéaire de rails
• • 18,5 millions de m 3 de déblais
• 12,8 millions de m 3 de remblais
• 10,4 millions de m 3 de dépôt
• • 2 sauts-de-mouton
• 25 franchissements de cours d’eau
• 6 passages pour la faune
• 1 tunnel long de 3,9 km à Saverne
• 1 million de tonnes de ballast
• 395 000 traverses

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Calendrier

Terrassement et génie civil : 2010-2012

Equipements ferroviaires : 2012-2015

Mise en service : printemps 2016

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Maître d'ouvrage Alain Cuccaroni, directeur LGV Est, RFF - « Une compétition très forte »

« RFF s’est voulu réaliste et responsable, en permettant – via l’allotissement – au maximum d’entreprises d’être candidates. La compétition a été très forte. Et les prix très significativement inférieurs à la première phase, notamment pour le terrassement. Sur le plan technique, notre référentiel a un peu bougé ; au vu des tests sur la première phase, nous avons autorisé les structures d’assise en grave bitume en variante dans les appels d’offres. Parmi les 5 lots attribués, le 43a sera réalisé ainsi. RFF cherche à maîtriser tous les impacts de ses activités et à toujours mieux insérer son réseau dans le paysage. En ce sens, nous mettrons en place des ouvrages pour rétablir des corridors de biodiversité permettant le déplacement des écosystèmes dans le parc naturel de Lorraine ; nous testons des dispositifs limitant la croissance des végétaux (géotextiles) dans les zones hydrauliques sensibles pour éviter les produits phytosanitaires ; nous avons aussi imposé des clauses sociales pour favoriser l’accès des personnes en difficulté à l’emploi, poussant les entreprises à anticiper leurs besoins et à les pourvoir au maximum localement. »

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Maître d'oeuvre Michel Thiéry, directeur grands projets, Arcadis - « Un partenariat nécessaire avec RFF »

« Outre notre mission de maîtrise d’œuvre classique sur les lots 41 et 42 (en groupement avec Inexia), nous assurons une mission de contrôle extérieur confiée à une équipe indépendante de l’équipe de maîtrise d’œuvre. Le lot 41 fait de plus l’objet d’un « Merp » (mémoire d’évaluation des risques prévisionnels). Cette seconde phase sera marquée par l’instauration d‘un réel partenariat avec RFF dont nous nous félicitons tous. La participation active des techniciens RFF et la présence d’une assistance à maîtrise d’ouvrage technique – assurée par Tractebel – contribueront à la réussite de ce partenariat. Cette démarche s’avère d’autant plus nécessaire que, dans les conditions de forte concurrence de la période actuelle et avec des prix d’adjudication très tirés, on ne peut exclure l’idée de voir surgir des demandes de rémunération supplémentaires, sources de tensions avec les entreprises. Si cela est vrai pour ces marchés classiques rémunérés aux quantités réelles mises en place, cela le sera encore plus pour les lots 35 et 40 en conception-réalisation (au forfait), en cours d’attribution, et pour lesquels nous serons conducteurs d’opérations. »

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Entreprise Antoine Metzger, directeur général de NGE - « Pas question d’une LGV au rabais »

« NGE, avec ses filiales Guintoli et NGE GC, a remporté les lots 41 et 42 en groupement avec Maia Sonnier. Ces deux lots représentent environ 200 millions d’euros. Nous avons également soumis une offre pour les autres lots, sauf le 35 car les travaux devaient se dérouler en même temps. Notre prix compétitif a sans doute été un argument fort, du moins pour le lot 41, dont les travaux viennent de démarrer. Le fait qu’il soit assorti d’un ’’Merp’’ (mémoire d’évaluation des risques prévisionnels) nous a obligés dès l’appel d’offres à évaluer précisément tous les risques. Lors de l’exécution, cela nous pousse à faire des études approfondies et à optimiser nos méthodes. Pour le lot 42, plus complexe, nous avons bien appréhendé les enjeux du marché et les erreurs à ne pas commettre. Les travaux de ce lot ont démarré en juillet et nous serons à plein régime en octobre. Le fait que les prix soient très serrés nous contraint à être encore plus rigoureux sur la gestion contractuelle du chantier car personne ne souhaite faire une LGV ’’au rabais’’. Ces marchés se caractérisent aussi par l’engagement très fort demandé aux entreprises en matière d’insertion sociale et d’environnement. »

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Collectivité François Bouchard, directeur général des services de la région Alsace - « Une plaque tournante ferroviaire »

« Alors même que la première phase de la LGV Est n’incluait pas 1 km en Alsace, l’ancien président de région Adrien Zeller avait admis que le phasage constituait la seule chance de sauver le projet. Cette intuition s’est révélée déterminante, dans la signature de la convention qui a lancé la seconde phase, deux semaines avant son décès en 2009. En menant de front les négociations sur le financement des deux LGV qui convergent en Alsace, nous positionnons Strasbourg comme plaque tournante ferroviaire européenne, comme le suggère la mise en service de trains ICE entre Francfort et Marseille, annoncée par l’Allemagne pour 2012. Cette perspective à court terme s’accompagne de réflexions sur les investissements de 150 à 200 millions d’euros nécessaires, dans les dix ans à venir, pour renforcer le faisceau ferroviaire du nord de Strasbourg, et le nombre de quais nécessaires en gare centrale. Ces opérations s’inscrivent dans une histoire où l’Alsace a pris un contrat de plan d’avance sur les autres régions : le rail est apparu dès 1994, pour faire jeu égal avec la route à partir du contrat de plan 2000-2006. »

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Amo insertion Jean-Louis Doppler, directeur de Relais Emploi Chantier à Strasbourg - « Une mission interrégionale de service public »

« Engagé deux ans avant le chantier, l’accompagnement de la clause d’insertion sociale se traduit par une démarche globale à l’échelle des deux régions concernées, et structurée en trois volets : assistance à maîtrise d’ouvrage, conseil aux entreprises, mobilisation des chômeurs de longue durée. Nous nous appuyons sur les quinze ans d’expériences du plan local d’insertion par l’économique mis en place par la communauté urbaine de Strasbourg à l’occasion des chantiers du tramway et du parlement européen.
Notre mission de conseil aux entreprises met en valeur la neutralité d’une prestation de service public, centrée sur la personne à insérer, et non sur un chiffre d’affaires à encaisser. Entre les offres des sociétés de travail temporaire ou celles des groupements d’employeurs portés par les syndicats de la profession, les entreprises gardent toute leur liberté de choix. Le plus important gisement de travaux accessibles aux personnes les plus éloignées de l’emploi se trouve dans la sous-traitance, par exemple la pose de bâtiments modulaires, le désherbage ou la gestion de la circulation. »

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Matériel Pierre Tilly, président du Syndicat des distributeurs, loueurs et réparateurs du Grand Est, et directeur général du groupe Tilmat - « Les loueurs n’attendent que peu de retombées »

« Les adhérents du Syndicat des distributeurs, loueurs et réparateurs de la région Est n’attendent pas de retombées avant mars 2011. Actuellement, les nationaux mettent leur base en place : nous entrons dans une phase de prise de contacts et de consultations sur les tarifs des matériels, des pièces et de la main-d’œuvre, selon le scénario auquel nous nous sommes déjà habitués lors de la première phase.
Dans leurs deux bases, Valerian et Guintoli amènent 400 à 500 matériels. Il y a actuellement peu de grands chantiers de TP en France : les loueurs n’attendent donc que peu de travail, sauf en location courte durée. Ce créneau permet de gérer les pics d’activités, spécialité de notre filiale Tilloc. En revanche, Tilmat se tient prêt à assumer des prestations de service après vente, ainsi que des ventes de matériels annexes. »

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La deuxième phase coûtera 2,01 milliards d’euros

Les négociations ont été âpres pour parvenir à signer la convention de financement le 1 er septembre 2009. Le conseil général de la Moselle a fait durer le suspens jusqu’au bout, avant de signer une convention séparée pour marquer son opposition à l’hypothèse d’une gare connectée avec le réseau TER située en Meurthe-et-Moselle. Finalement, les collectivités alsaciennes ont largement mis la main à la poche, la ville et la communauté urbaine de Strasbourg y apportant 52 millions, la région Alsace 96 millions, le solde venant des deux départements, de Colmar et de Mulhouse.

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