Enjeux Infrastructures

« Les travaux publics n’ont toujours pas touché le fond »

Mots clés : Travaux publics

Alors que le bâtiment devrait voir son activité redémarrer courant 2016, les travaux publics s’enfoncent toujours un peu plus dans la crise. Bruno Cavagné fait le point pour Le Moniteur.

Fin 2014, vous prévoyiez que 2015 serait une année « noire » pour les travaux publics. Cela s’est-il confirmé ?

Malheureusement oui. Alors que nous entamons le 17e mois de baisse consécutive de notre activité, nous allons terminer l’année sur une chute de 8 % sur un an. Dans le même temps, nous aurons perdu 12 000 à 15 000 emplois permanents (depuis 2008, la profession a perdu un quart de son chiffre d’affaires, et 33 000 emplois NDLR). Et quand on regarde l’avenir, on a de quoi être inquiet…

La situation va encore empirer en 2016 ?

Nous n’avons aucune raison de croire le contraire et nous anticipons une baisse d’activité de 3 %. Mis à part les marchés du plan de relance autoroutier, dont 55 % devraient être attribués à des PME, nous ne disposons d’aucune visibilité pour 2016. Seule certitude, les grands projets (LGV, contournements routiers…), qui ont alimenté la profession ces dernières années, seront achevés l’année prochaine, sans possibilité de relève. Comme je le martèle depuis longtemps maintenant, le gouvernement, qui a multiplié les mesures en faveur du bâtiment, ne se penche à notre chevet que pour faire des annonces… qui ne sont jamais suivies d’effets. J’en veux pour exemple le Canal Seine Nord Europe : l’Etat en fait officiellement une priorité. Mais hormis la promesse de subvention de l’Europe, ni l’Etat ni les collectivités n’ont encore validé leur participation. Le constat est le même avec les Contrats de plan Etat-Régions (CPER).

Tous les CPER ont pourtant finalement été signés à l’été…

Certes, mais outre qu’ils l’ont été avec deux ans de retard, les projets des volets « transport » des CPER ne pourront pas être financés entièrement. Le budget de l’Agence de financement des infrastructures de France (Afitf), qui porte l’abondement de l’Etat dans ces projets, est en effet chroniquement insuffisant : 1,9 milliard d’euros est budgeté pour 2016, quand 2,5 milliards au minimum seraient nécessaires. Les collectivités vont donc devoir faire l’impasse sur nombre de leurs projets.

D’autant que le 3e baromètre des collectivités locales Le Moniteur-FNTP confirme leur frilosité en matière d’investissement.

Cela ne me surprend pas. Les collectivités locales sont comme nous. Elles ont besoin d’un cadre stabilisé pour savoir où elles vont. Or les effets cumulés de la baisse des dotations, des prochaines élections régionales et de la réforme territoriale créent de l’incertitude, et poussent les maîtres d’ouvrage publics à l’attentisme. D’autant qu’ils sont aussi victimes d’effets d’annonce. Je pense au fond de soutien d’un milliard d’euros lancé triomphalement par le Premier ministre, mais qui ne disposera que de 150 millions d’euros de crédit de paiement en 2016 !

Vous avez quand même obtenu que le Fonds de compensation de la TVA (FCTVA) soit étendu aux travaux d’entretien de voirie ?

Attendons que le budget soit voté définitivement pour nous en féliciter ! Ajouter un mot à l’article (non encore validé) du projet de loi de finance n’a pas été simple ! Encore une fois, cela illustre cruellement le fait que la France ne dispose pas de véritable politique d’infrastructures. Que veut-on faire ? Poursuivre les grands projets et/ou mettre le curseur sur l’entretien des infrastructures ? Les deux nous paraissent nécessaires. Il en va de la compétitivité de notre pays.

En attendant, faire appel à l’investissement privé pourrait-il être une partie de la solution ?

Certainement oui. Il faut être pragmatique. Les investissements privés n’ont pas vocation à financer la totalité des infrastructures. Mais certains types de projets, générateurs de recettes (péages urbains, routes expresses à péage, contrats de performances pour l’entretien des routes…) pourraient les intéresser. La FNTP participe d’ailleurs à un groupe de travail avec le Comité Infrastructures du Medef, auquel participent des financiers, des banques et des assurances.
et Bénédicte Rallu

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Baromètre des collectivités locales - Le Moniteur - FNTP

L’investissement reste la variable d’ajustement

Le 3e barômètre des collectivités locales Le Moniteur-FNTP confirme les tendances révélées par les deux éditions précédentes (novembre 2014 et juin 2015). La baisse des dotations de l’Etat entraîne l’écrasante majorité des collectivités – quel que soit leur niveau – à envisager une réduction de leurs dépenses d’investissement en infrastructures dans les mois à venir. Pour y pallier, les collectivités envisagent principalement de réduire leurs frais de fonctionnement, mais ne comptent ni recourir à l’endettement ni à la hausse de la fiscalité locale.

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Méthodologie

Ce troisième baromètre des collectivités locales a été construit à partir d’une étude quantitative en ligne (CAWI), réalisée du 3 au 16 octobre 2015, auprès de 310 collectivités locales, dont 208 mairies, 48 conseils départementaux, et régionaux et 54 intercommunalités.

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96 %
des communes ui prévoient de diminuer leurs dépenses d’investissement lient cette baisse à des contraintes financières. C’est le cas pour 92 % des conseils régionaux et départementaux

80 %
des intercommunalités
placent la mutualisation des services en tête des moyens pour réduire les dépenses de fonctionnement. 77 % des maires donnent la priorité aux dépenses de personnels.

68 %
des communes
qui prévoient une hausse de leurs dépenses d’investissement la lient à l’état dégradé des équipements en place. C’est le cas pour 25 % des conseils régionaux et départementaux et 38 % des intercommunalités.

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