Autres Infrastructures

Les stades à l’heure pour l’Euro 2016

A 400 jours de la compétition, six des dix stades hôtes sont déjà en service. Lyon fermera la marche à la fin de l’année.

Depuis que la France a été retenue en mai 2010 par l’UEFA pour organiser l’Euro 2016, les livraisons des stades hôtes de l’événement se succèdent avec la régularité d’un Zlatan Ibrahimović devant les buts : stade Pierre-Mauroy de Lille en 2012, Allianz Riviera de Nice en 2013, stade Vélodrome de Marseille en 2014… Le millésime 2015 devrait être à la hauteur avec l’inauguration ce 18 mai du stade de Bordeaux et de sa forêt de colonnes d’acier (voir reportage p. 56). Une cérémonie qui, à 400 jours du coup d’envoi de la compétition le 10 juin 2016, propulse ses organisateurs, à commencer par Jacques Lambert, président du Comité d’organisation de l’Euro (voir interview p. 16), dans la dernière ligne droite d’un challenge qui n’était pas gagné d’avance.

Pour empocher l’Euro, la France s’était en effet engagée auprès de l’UEFA à mettre à la disposition de l’épreuve des stades répondant à un cahier des charges très exigeant, notamment en termes de capacité et de sécurité. Or à l’époque, comme le notait en 2008 la commission Euro 2016 présidée par Philippe Seguin, l’Hexagone accusait « un incontestable retard dans le processus de modernisation de ses grands stades ». Sept ans après, les instances suprêmes du football européen ne devraient pas avoir à sortir de carton rouge. Outre les six enceintes déjà en service, les inaugurations des quatre édifices encore en chantier devraient s’accélérer en 2015 : en août pour le Parc des Princes rénové, en novembre pour le Stadium de Toulouse et le stade Bollaert-Delelis de Lens eux aussi rénovés, et à la fin de l’année pour le nouveau Grand Stade de Lyon.

Large palette de contrats.

La perspective de l’Euro aura fait pousser les stades comme des champignons. En cinq ans, quatre enceintes neuves sont sorties de terre à Lille, Nice, Lyon et Bordeaux. C’est plus qu’au cours des 70 dernières années, durant lesquelles seuls trois stades de plus de 30 000 places avaient été construits : le Parc des Princes en 1972, La Beaujoire à Nantes en 1984, et le Stade de France à Saint-Denis en 1998.

A la différence des travaux réalisés pour les stades de la Coupe du monde en 1998, qui avaient été financés à 100 % sur fonds publics, les stades de l’Euro 2016, qu’ils soient neufs ou rénovés, ont pu jouer sur une large palette de modes de contrats : trois sont des marchés publics « classiques » en loi MOP, quatre des contrats de partenariat et deux sont des projets purement privés : la rénovation du Parc des Princes et la construction du Grand Stade de Lyon.

Remboursement du loyer.

Sur les 1,7 milliard d’euros nécessaires à la construction/rénovation des stades, qui ont bénéficié aux majors du BTP mais aussi à quelques entreprises de taille intermédiaire (Fayat, Demathieu Bard, Léon Grosse…), seul un tiers vient de l’Etat (150 millions) et des collectivités territoriales, les deux tiers étant issus de fonds privés. Evidemment, les porteurs de projet en contrat de partenariat devront rembourser des loyers importants pendant plusieurs décennies aux investisseurs privés. Et le sujet fait d’ailleurs polémique, car la rentabilité est fortement soumise aux aléas sportifs comme une relégation de l’équipe résidente dans une division inférieure. Mais selon Jacques Lambert, « dans un contexte de disette budgétaire de l’Etat et des collectivités, le recours à ces financements était probablement le seul moyen que les stades voient le jour à temps ».

Pour justifier leur construction, les nouvelles enceintes, dont l’architecture et la technicité de haut vol promeuvent le savoir-faire des entreprises, ont aussi été conçues comme les fers de lance de projets plus larges d’aménagement urbain : à Marseille, un programme immobilier de 100 000 m² est prévu en périphérie du stade Vélodrome ; autour du stade de Lyon, une zone dédiée à l’entertainment (hôtels, centres de loisirs, bureaux…) devrait voir le jour ; et le stade de Nice accueille le musée national du sport et prévoit d’intégrer 29 000 m² de surfaces commerciales. Mais pour que la dynamique urbaine prenne et soit pérennisée, encore faut-il que les stades préparent leur vie après l’Euro. Ainsi, pour éviter qu’elles ne deviennent des « éléphants blancs », les nouvelles enceintes ont toutes été pensées sur un modèle économique où leur multifonctionnalité et leur modularité leur permet d’avoir une activité toute l’année – en dehors des matchs des clubs résidents – en accueillant des concerts, des conventions et autres événements. L’avenir nous dira si les porteurs de projets ont visé juste.

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Stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne - Rénovation lourde

Capacité : 42 000 places. Montage : marché public. Maître d’ouvrage : Saint-Etienne Métropole. Maîtrise d’oeuvre et BE : Chaix et Morel et Associés (architecte conception), Atelier Arc’h (architecte exécution), Egis. Entreprises : Léon Grosse (mandataire du marché en conception-réalisation) et Entreprise Chazelle. Planning du chantier : de juin 2011 à janvier 2015 (mise en service). Il sera inauguré en septembre 2015. Coût des travaux : 77 M€ TTC.

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Grand Stade de Lyon - Neuf

Capacité : 58 215 places. Montage : marché privé. Maître d’ouvrage : Foncière du Montout (filiale de l’Olympique lyonnais). Maîtrise d’œuvre et BE : Populous (architecte),Entreprises :Stade de Lyon ConstrucPlanning du chantier : trente mois pour une livraison à la fin 2015. Coût de construction : 293 M€ HT.

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Stade Bollaert - Delelis de Lens Rénovation lourde

Capacité : 38 000 places. Montage : marché public. Maîtrise d’ouvrage déléguée : région Nord-Pas-de-Calais pour le Racing Club de Lens. Maîtrise d’oeuvre et BE : Cardete et Huet (architecte mandataire), Atelier Ferret (architecte associé), Egis (structure VRD), Jaillet-Rouby (charpente), Mercier Sac Epée (fluides). Entreprises : Demathieu Bard (gros oeuvre étendu), CLP (sièges), Cofely Axima (fluides humides), Satelec (fluides secs), Cabre (finitions). Planning du chantier : mai 2014 – novembre 2015. Coût des travaux : 70 M€ HT.

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Stadium de Toulouse - Rénovation lourde

Capacité : places. Montage : marché public. Maître d’ouvrage : Ville de Toulouse. Maîtrise d’œuvre et BE : Cardete Huet (architecte mandataire), Atelier Ferret Architecturesticien), Alayrac (économiste). Entreprises : pas de mandataire (lots séparés) ; groupement de trois entreprises SocGBMP pour le plus gros lot. Planning du chantier : avril 2013 – no vem bre 2015. Coût initial des travaux : 39 M€ HT.

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Stade Vélodrome de Marseille Rénovation lourde

Capacité : 67 000 places. Montage : contrat de partenariat (CP). Personne publique : Ville de Marseille. Titulaire du CP : Arema (Bouygues et partenaires financiers). Maîtrise d’œuvre et BE : Scau (mandataire, architecte), Didier Rogeon,Entreprises : GFC Construction (entreprise générale, mandataire) avec 250 sous-traitants. Planning du chantier : inauguré  octobre 2014 après trois ans de travaux. Coût des travaux : 270 M€

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Stade Pierre-Mauroy de Lille - Neuf

Capacité :50 000 places. Montage : contrat de partenariat (CP). Personne publique :Titulaire du CP :sa (Eiffage Lille Stadium Arena). Maîtrise d’œuvre et BE : Atelier Ferret et Valode & PistNord, Arcora, Forclum Ingénierie et Greisch. Entreprises : Eiffage Travaux pu. Planning du chantier :Coût de construction : 324 M€ H

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Parc des Princes - Rénovation lourde

Capacité : 48 000 places. Montage : marché privé. Maître d’ouvrage et exploitant : Sesé (Société d’exploitation Sports et Evénements). Maîtrise d’oeuvre : Atelier Tom Sheehan & Partenaires (ATSP, architecte), Artelia (maîtrise d’œuvre d’exécution). AMO : Ad-Vince, ACPH. Entreprise générale : Lainé Delau (Vinci). Planning du chantier : mars 2014 – août 2015. Coût des travaux : 40 M€ HT.

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Stade Allianz Riviera de Nice - Neuf

Capacité : 35 700 places. Montage : contrat de partenariat (CP). Personne publique : Ville de Nice. Titulaire du CP : Nice Eco Stadium (Vinci Concessions, Caisse des dépôts, Seief). Maîtrise d’oeuvre et BE : Jean-Michel Wilmotte (architecte, mandataire) avec Egis. Entreprises : groupement Dumez Côte d’Azur (Vinci, mandataire). Planning du chantier : inauguré en septembre 2013 après deux ans de travaux. Coût de construction : 243 M€ TTC.

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Stade de Bordeaux - Neuf

Capacité : 42 000 places. Montage : contrat de partenariat (CP). Personne publique : Ville de Bordeaux. Titulaire du CP : Stade Bordeaux Atlantique (Vinci Concessions, Fayat). Maîtrise d’oeuvre et BE : Herzog et de Meuron (architecte conception) ; Groupe-6 (architecte exécution) ; Michel Desvigne (paysagiste) ; Franck Tallon (signalétique) ; Mazet et Associés (économiste) ; Structures (béton) (voir fiche détaillée p. 59). Groupement constructeurs : Vinci Construction, Fayat. Planning du chantier : inauguration en mai 2015 après deux ans de travaux. Coût de construction : 183 M€ HT.

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Interview - « Sans les PPP, nous n’aurions sans doute pas obtenu l’Euro 2016 »

Jacques Lambert, président d’Euro 2016 SAS, la société d’organisation de l’Euro 2016 de football.

Tenue des délais, recours aux partenariats public-privé (PPP), qualité architecturale des stades… le pilote de l’organisation de l’Euro 2016 livre ses réflexions au « Moniteur ».

Quand les quatre derniers chantiers de stades seront-ils livrés ?

Ils le seront tous d’ici à la fin 2015, soit six mois avant le début de la compétition, comme nous nous y étions engagés. Les trois chantiers de rénovation en cours – Toulouse, Lens et le Parc des Princes – s’achèveront cet automne, et le nouveau stade de Lyon sera, quant à lui, livré à la fin de l’année.

Le choix du montage des opérations – en marché public, privé ou en PPP – a-t-il eu une influence sur la performance des projets ?

Pour nous, les types de montage choisis par les maîtres d’ouvrage n’ont pas eu de conséquences sur le déroulé des neuf opérations, qui ont toutes été menées avec la même rigueur et la même qualité par les maîtres d’ouvrage, les architectes, et les entreprises de construction.

Le recours aux PPP et aux investisseurs privés constitue-t-il malgré tout une tendance de fond ?

Le choix de certaines villes de recourir aux PPP ne leur a pas été dicté par l’idéologie mais par la nécessité, dans un contexte de forte tension sur les finances locales. C’est un signe de transition entre un système ancien où le tout public était dominant et un avenir où le financement privé prendra manifestement une place de plus en plus importante. Pour ce qui est de l’Euro 2016, s’il n’y avait pas eu le relais des PPP, trois stades neufs n’auraient pas vu le jour, et nous n’aurions très probablement pas obtenu la compétition.

Quel rôle a joué la qualité architecturale des stades dans les candidatures ?

Le cahier des charges de l’UEFA ne fait aucune référence à la qualité esthétique des stades. Mais comme citoyen et manager responsable de l’entreprise organisatrice d’un tel événement, il ne m’est pas indifférent d’avoir de beaux stades. Pour autant, je suis attentif – tous comme le sont les maîtres d’ouvrage – à ce que le geste architectural n’ait pas de conséquences sur le coût des opérations.

Un stade a-t-il votre préférence de cœur ?

Oui, mais je ne vous dirai pas lequel, car je ne veux pas faire de la peine aux autres, tout simplement !

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