Territoires Bretagne

Les sous-traitants du très haut débit se sentent floués

Mots clés : Télécommunications

«C’est inférieur de 20 % à nos prix de revient. Je dis bien inférieur à nos prix de revient », s’insurge Patrick Civel, administrateur du Syndicat des entreprises de réseaux et de construction électrique (Serce). Ce chef d’entreprise costamoricain ne veut plus travailler pour le déploiement du très haut débit en Bretagne. Selon lui, impossible pour un sous-traitant de rang 3, voire de rang 2, de dégager une quelconque marge.

Pression sur les prix.

La position de Raymond Armange, gérant de la SMPT à Saint-Malo (80 salariés, 8,15 millions d’euros de chiffre d’affaires) est identique : « Nous avons essayé de faire quelques chantiers. L’été dernier, comme nous avions déjà travaillé pour eux, Cégélec, sous-traitant de rang 1 d’Orange, nous a consultés. Il nous a demandé de serrer les prix au maximum. C’est impossible. » Et d’ajouter : « Les conditions financières ne sont pas du tout adaptées : avec des prix aussi tirés, il suffit de rencontrer une difficulté sur le chantier, qu’elle provoque un retard, pour que cela mette l’entreprise en difficulté. »

Pour emporter les marchés d’Orange, les entreprises comme Cégélec ou le portugais Constructel ont proposé des prix très bas de réalisation des travaux. Au final, « ils assurent l’ingénierie, se gardant ainsi la valeur ajoutée, et recherchent des sous-traitants pour l’exécution », résume François Coville, président de la fédération régionale des travaux publics (FRTP) Bretagne.

Suspicion de travail détaché.

Reste que les travaux se font. A la FRTP, les témoignages remontent. « Il y a quelques semaines, à Erquy [Côtes-d’Armor], j’ai vu une camionnette sans logo ; les gars déroulaient de la fibre. Même chose à Saint-Brieuc, un samedi matin, où 5 personnes sortant d’une camionnette banalisée ont commencé à dérouler de la fibre », rapporte Patrick Civel. « J’ai également vu un ouvrier travailler tout seul dans une nacelle. Je pense qu’il s’agit le plus souvent de travailleurs détachés – notamment du Portugal – ou aussi de travailleurs indépendants, genre auto-entrepreneurs », estime Raymond Armange.

Patrick Civel déplore le recours aux travailleurs venus de l’étranger : « Comment voulez-vous que j’explique à mes salariés que je n’ai pas assez de travail pour eux et qu’ils voient des équipes de travailleurs venus d’autres pays faire des chantiers que, techniquement, nous sommes capables de faire ? »
François Coville et ses adhérents sont d’autant plus déçus que, en décembre 2014, à l’occasion d’une rencontre, le président du conseil régional Pierrick Massiot les avait assurés que, avec les 2 milliards d’euros d’investissements nécessaires au déploiement du très haut débit, les entreprises de travaux publics auraient du travail. Dix-huit mois plus tard, la déception est forte : « Il y a bien 2 milliards de travaux. Mais dans les conditions de prix proposées par les donneurs d’ordre, c’est impossible », regrette François Coville. D’ailleurs, les entreprises locales ne répondraient plus aux consultations des sous-traitants de rang 1. Nombreux sont ceux qui dénoncent le choix d’une délégation de service public. « Si Mégalis, le syndicat mixte dédié à ce projet, était resté maître d’ouvrage, cela aurait été plus simple pour nous », conclut François Coville.

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