Technique et chantier

Les pneumatiques : un composant crucial

Mots clés : Matériel - Equipement de chantier - Terrassement

Terrassement. Très coûteux, les pneumatiques pour engins de chantier sont techniquement pointus. Ils ont en outre autant d’influence sur la productivité et la consommation de la machine qu’ils équipent que le moteur ou la boîte de vitesses.

Il se raconte qu’il y a une vingtaine d’années, un terrassier travaillant en Touraine a découvert un peu tard qu’il intervenait sur une veine de silex. En quelques heures, les pneus de son échelon de cinq décapeuses ont été réduits en lambeaux. À 8 000 euros pièce, la mauvaise surprise lui aurait coûté 160 000 euros en une journée. Mythe ou réalité, cette histoire a le mérite de rappeler deux vérités : les pneus d’engin de chantier coûtent cher, et ils doivent être parfaitement adaptés au terrain sur lequel ils circulent. De la boue ? Alors, il faut de profondes sculptures pour accrocher le sol. De la roche ? Un pneu plus lisse s’impose pour résister aux coupures. L’engin roule vite ? Dans ce cas, le pneu doit évacuer davantage de chaleur, par rapport à un engin évoluant lentement. Ces attentes parfois contradictoires sont résumées dans une équation : le TKPH pour tonne-kilomètre par heure. Chaque pneu est caractérisé par son TKPH, qui doit correspondre aux objectifs de production assignés à la machine. Pour une même monte, les manufacturiers doivent donc proposer des pneus aux caractéristiques différentes, que ce soit par leur forme ou par la composition de leur gomme. En conséquence, celui qui veut se lancer sur ce marché doit être capable de produire une multitude de modèles − 350 références génie civil sont présentes dans le catalogue Michelin −, parfois en très petite série. Une grosse difficulté industrielle et un sérieux frein à l’apparition de nouveaux concurrents. « Le TKPH n’est pas une formule magique, tempère Franck-Olivier Chauvin, chef des ventes génie civil chez Goodyear. C’est un des éléments du cahier des charges, mais nous mettons davantage l’accent sur le coût total d’exploitation. » Ici, c’est la durabilité qui entre en ligne de compte, un pneu plus coûteux à l’achat pouvant s’avérer plus rentable qu’un modèle d’entrée de gamme s’il dure plus longtemps. Lionel Mathat, directeur marketing Europe chez Michelin, va plus loin : « Il faut choisir le bon pneu, mais aussi le surveiller, comprendre ce que disent les coupures ou les échauffements qu’il présente, vérifier régulièrement les pressions, permuter au bon moment d’une roue à l’autre. C’est un vrai savoir-faire que très peu de manufacturiers sont capables de proposer. » Effectivement, ce service de suivi et d’entretien exige une équipe de spécialistes qu’il est difficile d’embaucher. Cela explique en partie pourquoi l’offre des manufacturiers chinois ou indiens a du mal à se développer en France, malgré un prix attractif, 30 % à 40 % moins cher qu’une grande marque. « Tous les clients les ont essayés, mais ils en sont revenus. Ces montes de premier prix peuvent se justifier pour une machine de réserve, ou un engin qui tourne peu. En revanche, dès qu’il s’agit d’une machine de production, le haut de gamme s’impose », remarque Franck-Olivier Chauvin. Lionel Mathat abonde dans son sens : « Les machines modernes sont sophistiquées. Elles développent plus de couple, lèvent plus lourd et intègrent des innovations techniques pour consommer moins de carburant. Or tous ces avantages peuvent être annihilés si les pneus sont mal entretenus ou mal adaptés. » Le pneumatique fait partie intégrante de la machine, et c’est même un de ses composants critiques. Le secteur minier a bien compris son importance stratégique. Les pneus géants qui coûtent plusieurs dizaines de milliers d’euros pièce sont surveillés avec le même soin que les moteurs et les boîtes de vitesses. Eux aussi bénéficient de l’apport des nouvelles technologies, avec l’intégration de capteurs de pression et de température pour un suivi en temps réel par des logiciels informatiques embarqués ou déportés. Une sophistication qui pourrait se généraliser aux engins d’une soixantaine de tonnes, tels qu’on en trouve dans les carrières.

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Les quatre principaux acteurs

Bridgestone

Chiffre d’affaires 2014 : 30,4 mds $
Effectifs : 144 000 salariés

Le japonais Bridgestone est le numéro un mondial de l’industrie du pneumatique. Il est l’un des rares à posséder une gamme complète de pneus pour les engins de chantier comptant plusieurs centaines de références, dont les très exigeants pneus pour engins miniers. Ils sont fabriqués au Japon ou aux États-Unis, dans l’une des cinq usines qui leur sont dédiées.

MICHELIN

Chiffre d’affaires 2014 : 23,7 mds $
Effectifs : 106 400 salariés

Les pneus dits « de spécialités » représentent 15 % du chiffre d’affaires de Michelin. Ce faible pourcentage est compensé par une bonne rentabilité : ils dégagent une marge de 20 % quand la division « voiture » en affiche une de seulement 10 %. En 2013, Michelin a ouvert en Amérique du Nord sa huitième usine de pneus pour engins de chantier.

Goodyear

Chiffre d’affaires 2014 : 18,1 mds $ Effectifs : 65 000 salariés

L’américain Goodyear et le japonais Sumitomo avaient constitué une coentreprise autour de la marque Dunlop. Cet accord vient d’être rompu. Désormais, Goodyear commercialisera en exclusivité les pneus Dunlop en Europe, comme c’était déjà le cas depuis plusieurs années, mais c’est Sumitomo qui reprend ce droit pour le Japon et l’Amérique du Nord.

BKT

Chiffre d’affaires 2014 : 0,6 md $ Effectifs : 6 000 salariés

Balkrishna Industries Limited (BKT) est représentatif des nouveaux arrivants sur le marché. Cette entreprise publique est basée en Inde. BKT est exclusivement consacré aux pneus tout-terrain, c’est-à-dire ceux équipant les engins dédiés à l’agriculture, à l’industrie et aux chantiers. Son catalogue n’est pas aussi vaste que celui des géants du secteur, mais il s’étoffe petit à petit.

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500 - millions d'euros

Poids estimé du marché du pneu génie civil en France, à partir des seuls chiffres officiels disponibles : le marché mondial (13,4 mds $), la part de l’Europe (20 %) et le poids de la France dans le marché européen des engins de chantier (20 %).

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Répartition par types de pneus

Source : Smithers Estimates

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70 %

C’est la part de la première monte dans le marché européen des pneus génie civil. Un ratio opposé à celui des voitures de tourisme où 76 % des pneus vendus le sont en seconde monte.

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Et pourquoi pas un pneu plein ?

Les pneus pleins en caoutchouc alvéolé de TY Cushion Tire sont distribués en France par l’entreprise TDM Pneus pleins. Ils sont homologués par de grands fabricants de matériels comme Caterpillar, Liebherr ou Volvo chez lesquels ils sont disponibles en première monte. Ces pneus ont l’avantage d’être increvables, ce qui les rend particulièrement bien adaptés aux environnements les plus agressifs tels que les déchetteries ou les aciéries. Les ferrailleurs y ont systématiquement recours.

Produit : 23.5-25 TY Cushion Tire F2AFabricant : TY Cushion Tire

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Goodyear renouvelle son offre pour chargeuses

Le RT-5D est un pneu de traction conçu pour les chargeuses. Il est décliné en cinq tailles dont quatre sont des nouveautés, sorties à l’occasion du salon Intermat 2015. Avec des blocs massifs contenant une épaisse hauteur de gomme, son constructeur mise sur la longévité sur sols rocheux. Revers de la médaille : son point faible se situe dans l’évacuation de la chaleur. C’est pourquoi Goodyear le décline en un autre modèle − le RT-4D − qui évacue davantage la chaleur. Préconisé pour les chargeuses roulant beaucoup, il affiche un TKPH plus élevé.

Produit : RT-5D Fabricant : Goodyear

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Un BKT pour roches dures

BKT est un manufacturier indien spécialisé dans les pneus tout-terrain. Son Earthmax SR 53 est un pneu non directionnel � il conserve les mêmes caractéristiques en marches avant ou arrière �, de la taille 17.5R25, pour tombereaux et chargeuses. Il est préconisé pour les terrains rocheux ou caillouteux, comme les carreaux de carrière. La composition de sa gomme est étudiée pour résister aux coupures, tandis que la bande de roulement spéciale autonettoyante expulse les cailloux qui se coinceraient entre les sculptures.

Produit : Earthmax SR 53 Fabricant : BKT

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Un Starco destiné aux motobasculeurs

Starco est un fabricant de roues qui s’est diversifié en ajoutant les pneumatiques à son offre. Son Starco MP est un pneu pour roues de motobasculeur qui équipe en première monte les machines de plusieurs fabricants. Une fois n’est pas coutume : Starco l’a d’abord commercialisé seul, avant de lui adjoindre sa roue de 16 x 25. Ce pneu privilégie la traction sur sol boueux, et sa structure en lamelles facilite également l’autonettoyage pour garantir une adhérence continue, même sur les terrains les plus difficiles.

Produit : Starco MP Fabricant : Starco

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Le XTXL transmet mieux la puissance

« Au bout de la chaîne de transmission, c’est bien le pneu qui transmet le couple au sol. » Rappelant cette évidence, Michelin a travaillé la partie basse de son pneu XTXL E4L4 pour chargeuse. Sa structure utilise une tringle métallique 30 % plus large, ce qui améliore la force de serrage du pneu sur la jante. Plus solidaire de la roue, le pneu réduit ses rotations sur sa jante et ses déformations, d’où une plus faible déperdition du couple reçu. Il faut le considérer comme un maillon de toute la chaîne de transmission, au même titre qu’une boîte de vitesses optimisée ou un pont amélioré.

Produit : XTXL E4L4 Fabricant : Michelin

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Le Bridgestone VLT pour rouler vite

Le VLT de Bridgestone est un pneu pour tombereaux articulés, décliné en cinq tailles. Son terrain de prédilection : les sols meubles. La composition de sa gomme et la forme de ses sculptures visent à accrocher dans la boue, à garantir un bon confort de conduite et à garder une excellente manœuvrabilité. Il évacue très bien la chaleur, et se monte par conséquent sur des tombereaux roulant vite, sur de longues distances. C’est l’exemple type d’un pneu pour travaux de terrassement. Mais sa piètre résistance aux coupures le bannit des sols rocheux pour lesquels Bridgestone préconise un autre modèle : le VLTS, mieux adapté aux carrières.

Produit : VLT Fabricant : Bridgestone

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Michelin invente un nouveau concept

Comment allier la dureté d’un pneu plein et la souplesse d’un pneu gonflé ? Michelin a trouvé une solution, en se basant notamment sur des études réalisées pour des véhicules de la Nasa. Ce X Tweel n’est pas un pneu mais une roue complète dont la jante est constituée de rayons en polyuréthane. Il est destiné aux minichargeuses de type skid steers, un matériel très utilisé en Amérique, ce qui explique pourquoi c’est d’abord aux États-Unis qu’il est fabriqué et commercialisé, avant une probable importation en Europe.

Produit : X Tweel Fabricant : Michelin

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