[TO] Environnement Aménagement

Les plans de prévention des risques naturels prévisibles ne sont pas soumis à évaluation environnementale

Mots clés : Démarche environnementale - Environnement - démarche environnementale - Gouvernement - Jurisprudence

Arrêt du 29 janvier 2014 Conseil d’état CE du 29 janvier 2014, n° 356085, « SNC Sally et a. c/ ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie »

Vu le pourvoi sommaire et les mémoires complémentaires, enregistrés les 24 janvier, 24 avril et 22 mai 2012 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, présentés pour M. et Mme B… A…, demeurant…, et la SNC Sally, dont le siège est 6-8, rue du Général Delestraint à Paris (75016) ; les requérants demandent au Conseil d’Etat :

1°) d’annuler l’arrêt n° 09MA04496 du 24 novembre 2011 par lequel la cour administrative d’appel de Marseille a rejeté leur appel contre le jugement n° 0700183 du 1er octobre 2009 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté leur demande dirigée contre l’arrêté du 7 juillet 2006 du préfet des Alpes-Maritimes approuvant la révision du plan de prévention des risques naturels prévisibles d’incendies de forêt de la commune de Saint-Paul-de-Vence ;

2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à leur appel ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 ;

Vu le code de l’environnement ;

Vu le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

– le rapport de M. Marc Pichon de Vendeuil, Maître des Requêtes en service extraordinaire,

– les conclusions de M. Xavier de Lesquen, rapporteur public ;

La parole ayant été donnée, avant et après les conclusions, à la SCP Boré, Salve de Bruneton, avocat de M. et Mme A… et de la SNC Sally ;

1. Considérant qu’il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que M. et Mme A… et la SNC Sally ont formé un recours pour excès de pouvoir contre l’arrêté du 7 juillet 2006 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a approuvé la révision du plan de prévention des risques naturels prévisibles d’incendies de forêt de la commune de Saint-Paul-de-Vence ; que, par un jugement du 1er octobre 2009, le tribunal administratif de Nice a rejeté leur demande ; que, par un arrêt du 24 novembre 2011, contre lequel ils se pourvoient en cassation, la cour administrative d’appel de Marseille a rejeté leur appel contre ce jugement ;

2. Considérant, d’une part, qu’aux termes de l’article L. 562-1 du code de l’environnement, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée devant les juges du fond : « I. – L’Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II. – Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, dites « zones de danger », en tenant compte de la nature et de l’intensité du risque encouru, d’y interdire tout type de construction, d’ouvrage, d’aménagement ou d’exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / 2° De délimiter les zones, dites « zones de précaution », qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en -provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d’interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; / 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; / 4° De définir, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, les mesures relatives à l’aménagement, l’utilisation ou l’exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existants à la date de l’approbation du plan qui doivent être prises par les propriétaires, exploitants ou utilisateurs. / III. – La réalisation des mesures prévues aux 3° et 4° du II peut être rendue obligatoire en fonction de la nature et de l’intensité du risque dans un délai de cinq ans, pouvant être réduit en cas d’urgence. A défaut de mise en conformité dans le délai prescrit, le préfet peut, après mise en demeure non suivie d’effet, ordonner la réalisation de ces mesures aux frais du propriétaire, de l’exploitant ou de l’utilisateur. / IV. – Les mesures de prévention prévues aux 3° et 4° du II, concernant les terrains boisés, lorsqu’elles imposent des règles de gestion et d’exploitation forestière ou la réalisation de travaux de prévention concernant les espaces boisés mis à la charge des propriétaires et exploitants forestiers, publics ou privés, sont prises conformément aux dispositions du titre II du livre III et du livre IV du code forestier. / V. – Les travaux de prévention imposés en application du 4° du II à des biens construits ou aménagés conformément aux dispositions du code de l’urbanisme avant l’approbation du plan et mis à la charge des propriétaires, exploitants ou utilisateurs ne peuvent porter que sur des aménagements limités » ; que les plans de prévention des risques naturels prévisibles ainsi définis par le législateur ont pour finalité d’assurer la protection civile des populations contre les risques naturels ;

3. Considérant, d’autre part, qu’aux termes de l’article 3 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 relative à l’évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l’environnement : « 1. Une évaluation environnementale est effectuée, conformément aux articles 4 à 9, pour les plans et programmes visés aux paragraphes 2, 3 et 4 susceptibles d’avoir des incidences notables sur l’environnement. / 2. Sous réserve du paragraphe 3, une évaluation environnementale est effectuée pour tous les plans et programmes : a) qui sont élaborés pour les secteurs de l’agriculture, de la sylviculture, de la pêche, de l’énergie, de l’industrie, des transports, de la gestion des déchets, de la gestion de l’eau, des télécommunications, du tourisme, de l’aménagement du territoire urbain et rural ou de l’affectation des sols et qui définissent le cadre dans lequel la mise en œuvre des projets énumérés aux annexes I et II de la directive 85/337/CEE pourra être autorisée à l’avenir ; ou b) pour lesquels, étant donné les incidences qu’ils sont susceptibles d’avoir sur des sites, une évaluation est requise en vertu des articles 6 et 7 de la directive 92/43/ CEE. (…) » ; qu’il résulte toutefois du paragraphe 8 du même article que ne sont pas couverts par la directive, notamment, « les plans et programmes destinés uniquement à des fins de défense nationale et de protection civile » ; qu’il résulte clairement de ces dispositions que les plans ou programmes dont la finalité est d’assurer la protection des populations contre les risques naturels n’entrent pas dans le champ d’application de la directive du 27 juin 2001, alors même qu’ils seraient par ailleurs susceptibles d’avoir des incidences notables sur l’environnement ; que, dès lors, en estimant qu’un plan de prévention des risques naturels prévisibles d’incendies de forêt est destiné uniquement à des fins de protection civile et n’est pas, par suite, soumis à la procédure définie au paragraphe 1 de l’article 3 de la directive du 27 juin 2001, la cour administrative d’appel de Marseille n’a pas, contrairement à ce que soutiennent les requérants, commis d’erreur de droit ;

4. Considérant qu’il résulte de ce qui précède que M. et Mme A… et la SNC Sally ne sont pas fondés à demander l’annulation de l’arrêt du 24 novembre 2011 qu’ils attaquent ; que leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu’être rejetées ;

Décide :

Article 1er : Le pourvoi de M. et Mme A… et de la SNC Sally est rejeté.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme B… A…, à la SNC Sally et au ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie.

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ENCADRE

COMMENTAIRE

Même s’ils sont susceptibles d’avoir une incidence sur l’environnement, les plans de prévention des risques naturels prévisibles (PPRN) édictés par le préfet ne sont pas soumis à évaluation environnementale au sens de la directive n° 2001/42/CE du 27 juin 2001, juge le Conseil d’État.

La haute juridiction refuse d’annuler sur ce fondement le PPRN « incendies de forêt » d’une commune. Elle relève que l’article 3 de la directive exclut de son champ d’application les « plans et programmes destinés uniquement à des fins de défense nationale et de protection civile ». Tel est bien le cas des plans de prévention des risques naturels prévisibles, qui ont pour finalité d’assurer la protection civile des populations. Le Conseil d’État précise que cette exemption est valable même si les PPRN sont susceptibles d’avoir des incidences notables sur l’environnement.

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