Enjeux

Les petits travaux de la Grande Boucle

Mots clés : Réseau routier

Le Tour de France constitue une vitrine pour les routes départementales. Nous avons suivi les préparatifs de ce grand show.

Avec les vacances et le mois de juillet arrivent les cyclistes et les routes du Tour de France. Retransmise dans 190 pays par plus de 100 chaînes de télévision, l’épreuve est l’un des rendez-vous sportifs les plus importants du monde. Le Tour attire tous les regards sur les paysages et les infrastructures routières françaises. « C’est une vitrine qu’on ne peut pas se payer autrement », traduit Yves Perrin, directeur adjoint des routes du département de l’Ardèche, qui accueille le contre-la-montre du 15 juillet (entre Bourg-Saint-Andéol et la caverne du Pont d’Arc). « En raison de la couverture médiatique et des ressources touristiques importantes, l’enjeu est de faciliter un bon passage du Tour de France », fait valoir Franck Bouchaud, directeur adjoint routes et transports des Hautes-Pyrénées (deux étapes les 8 et 9 juillet : L’Isle-Jourdain-Lac de Payolle [162 km] et Pau-Bagnères-de-Luchon [184 km]). Dans cette affaire, les départements sont aux premières loges : 98 % du parcours du Tour de France emprunte les routes qu’ils gèrent. La compétence route des départements, confirmée par la loi Notre (réforme territoriale) il y a un an, prend ici toute sa mesure. Les départements accueillant le Tour de France (34 cette année) nomment un « Monsieur ou Madame Route » qui est l’interlocuteur technique local en liaison avec les autres acteurs, depuis l’annonce du parcours jusqu’au soir de l’étape qui les concerne. L’Assemblée des départements de France assure la coordination avec l’organisateur de l’épreuve, Amaury Sport Organisation (ASO).

Mais il n’existe pas pour autant de plan spécial dédié aux travaux sur les routes du Tour de France. L’organisateur a un principe : il prend les routes en l’état. « ASO ne demande jamais de travaux. Mais certains départements vont en faire un peu plus pour donner une bonne image », explique André Bancala, le coordinateur général de l’ADF. « Nous choisissons le parcours et les routes, il serait mal venu de demander de réaliser des travaux, estime Pierre-Yves Thouault, directeur adjoint du cyclisme chez ASO. Il nous arrive seulement de faire quelques demandes d’aménagements pour assurer la sécurité des coureurs (une avancée de trottoir sur une chaussée étroite, par exemple) lors des arrivées d’étape dans les villes. »

L’intérêt sportif prime

. Les plus grands coureurs cyclistes professionnels du monde roulent donc sur des chaussées on ne peut plus ordinaires. Enfin presque. La préparation des routes de la Grande Boucle demande des mois de travail, voire plusieurs années d’anticipation. Première démarche : les collectivités candidatent pour accueillir le départ ou l’arrivée d’une étape. Pour cette année, « nous en avons reçu 270. Nous avons donc l’embarras du choix, se réjouit Pierre-Yves Thouault. La ville pour le Grand départ [le départ du Tour, NDLR] est retenue deux ans à l’avance. A partir de là, nous traçons le parcours un an à un an et demi à l’avance. Nous reconnaissons toutes les routes ». Aussi bien sous l’angle sportif – grâce à d’anciens coureurs cyclistes professionnels – que technique. « Bien sûr, nous prenons en compte de l’état de la chaussée, reconnaît Pierre-Yves Thouault. Mais c’est l’intérêt sportif qui prime : nous sommes dans une société du zapping, la course doit être captivante. » L’organisateur veille donc à panacher plaine et parcours accidenté, prend en compte certains aspects techniques (largeur des chaussées, évitement des zones piétonnes), limite les étapes à 200 km en moyenne, etc.
La présentation officielle du parcours, neuf mois avant le début de l’épreuve, marque le début du contre-la-montre pour les départements. Le tracé leur est présenté dans un épais road-book qui décrit quasiment mètre par mètre l’itinéraire (rétrécissement, pied de col, descente sinueuse, rond-point… tout y est). C’est LE document sur lequel s’appuient les départements pour préparer et sécuriser le parcours et qui leur permet d’anticiper certains travaux prévus dans leur programmation. « Nous ne faisons pas les travaux exprès pour le Tour car nous les faisons de toute façon. Mais dès que le parcours est connu, nous vérifions les chantiers prévus et les lançons plus tôt ou les décalons. Il y a un travail de coordination, aussi bien avec nos équipes internes qu’avec d’autres maîtres d’ouvrage », précise Franck Bouchaud. Impensable en effet de faire passer le Tour sur une route en travaux, ou pis de le bloquer ! Or, entre la première reconnaissance par ASO et l’étape au mois de juillet, bien des événements peuvent survenir : intempéries, dégradation de la chaussée, nids de poule, gravillons… En outre, pour les étapes de montagne, certains cols, comme le Tourmalet, sont fermés tout l’hiver.
« Dès la fin de l’année, nous effectuons donc une première reconnaissance rapide, puis une autre beaucoup plus précise avec tous les services des sections de routes traversées en avril-mai à 30-40 km/h de moyenne en essayant de nous mettre à la place des coureurs », développe Franck Bouchaud. Au menu : identification des difficultés, des nids de poule à reboucher, des bosses à signaler, des accotements à faucher, des lieux où placer le balisage et les agents départementaux prêts à intervenir le grand jour (160 agents travailleront sur les deux étapes traversant les Hautes-Pyrénées)… Plus le jour de l’étape se rapproche, plus les reconnaissances se multiplient. Rien de tel alors qu’un test grandeur nature avec le passage d’une course de cyclotourisme.

Gestion et exploitation.

Le plan route va aussi au-delà du tracé même de la course. Entre route privatisée pour l’épreuve et routes voisines, parfois très petites, ouvertes, « il faut s’occuper des deux volets et organiser la circulation générale du public, le stationnement des véhicules… » détaille Yves Perrin. Le contre-la-montre de 37,5 km du 15 juillet mobilisera en Ardèche 25 agents du département et présente des particularités : la course se déroulera sur sept heures pour que tous les coureurs puissent s’élancer en individuel ; en outre, deux itinéraires Tour de France sont nécessaires (un pour la course et un pour le retour des voitures des équipes vers le départ, afin qu’elles puissent suivre chacun de leur coureur). « Cela demande de l’organisation. Mais il n’y a eu aucun investissement pour transformer la route. Il s’agit plus de gestion et d’exploitation », affirme Yves Perrin.
Le jour J, les routes bénéficient aussi d’un traitement particulier. Diverses patrouilles composées d’agents permanents de l’ADF et des « Messieurs ou Mesdames Route » des départements sillonnent le parcours de l’étape avant le passage de la caravane publicitaire. Objectif : mettre en place la signalisation routière spécifique au Tour de France, les éléments de sécurité (bottes de paille, barrières…), signaler à la peinture les défauts de la route… Puis entre le passage de la caravane et des coureurs s’immisce une équipe technique qui opère les derniers ajustements, balaie la route, l’arrose éventuellement pour la refroidir en cas de forte chaleur et éviter une déformation du revêtement. La route est alors ouverte aux coureurs…

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« Une grande fête qui affirme la compétence route des départements »

« Le Tour de France est une grande fête populaire, avec des retombées touristiques très importantes. Cet événement assure la promotion des territoires qu’il traverse. C’est une grande fierté. Dans un contexte où les départements restent mis à mal, le Tour permet d’affirmer une vraie compétence route. Dans le Jura, nous avons un réseau routier relativement bien entretenu. Ce n’est pas le passage du Tour qui fait que nous réalisons des travaux. Même si nous avons fait quelques petits aménagements, notamment dans la commune de Moirans-en-Montagne, ville départ de moins de 3 000 habitants. »
Clément Pernot, président (LR) du conseil départemental du Jura (département accueillant la 16e étape du Tour, le 18 juillet), chargé de la convention entre l’ADF et ASO.

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