Enjeux

Les nouvelles régions rebattent les cartes du BTP

Mots clés : Entreprise du BTP - Etat et collectivités locales

Les changements à la tête des maxi-collectivités modifient les orientations stratégiques pour les travaux et les grands projets.

Les élections passées, les nouveaux exécutifs des maxi-régions vont se mettre en place peu à peu début 2016. Que peut en attendre le BTP ? Réponse au cas par cas (1).

Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine

Dans la nouvelle région Est, la Lorraine attend de sa réunion avec l’Alsace et la Champagne-Ardenne le déblocage de la gare d’interconnexion à Vandières entre Nancy et Metz (120 millions d’euros), ainsi qu’un soutien à la réalisation de l’A 31 bis (plus de 1 milliard d’euros sous maîtrise d’ouvrage de la Dreal). Le futur président Philippe Richert (LR) affiche parmi ses priorités la modernisation des liaisons ferroviaires TER entre les trois anciennes régions, et la réalisation du raccordement ferroviaire de l’aéroport de Bâle-Mulhouse (220 millions d’euros).

Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes

Dans la grande Aquitaine, l’exécutif est reconduit presque à l’identique, les trois présidents sortants (Alain Rousset en Aquitaine, Gérard Vandenbroucke en Limousin, Jean-François Macaire en Poitou) étant réélus. Les trois hommes avaient multiplié les réunions communes ces derniers mois et devraient élaborer une politique régionale dans la continuité, tout en renforçant la priorité à l’enseignement, à la recherche et aux transports régionaux. Le soutien aux entreprises, priorité personnelle d’Alain Rousset, sera sans doute amplifié et réformé.

Auvergne-Rhône-Alpes

L’arrivée de Laurent Wauquiez à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes devrait remettre le sujet de l’A 45 sur la table. Véritable serpent de mer, ce projet de liaison autoroutière entre Saint-Etienne et Lyon, déclaré d’utilité publique en juillet 2008, traîne faute de financement. Lors de la campagne des régionales, le futur président de région a clairement exprimé son souhait d’engager la collectivité dans le financement de cette autoroute. De leur côté, Saint-Etienne Métropole et le conseil départemental de la Loire doivent délibérer en 2016 sur leur participation financière, chiffrée aujourd’hui à 211 millions d’euros pour chacun.

Bourgogne-Franche-Comté

La Bourgogne-Franche-Comté est restée à gauche de justesse. Sa future présidente socialiste Marie-Guite Dufay avait été une pionnière de la transition énergétique dans le bâtiment, depuis sept ans qu’elle était à la tête de la Franche-Comté. Cette priorité demeure. Quelques dossiers de travaux routiers attendent confirmation. En premier lieu, l’échangeur de Sévenans entre Belfort et Montbéliard (120 millions d’euros), qui bénéficie du plan de relance autoroutier. Les professionnels, en particulier dans les travaux publics, appellent de leurs vœux une prolongation du plan de relance du BTP initié par la région en Franche-Comté entre 2013 et 2015, dont les 35 millions d’euros ont déclenché 200 millions d’euros de marchés. Une réflexion sur la création d’un mécanisme pérenne avait été engagée avant la pause de la campagne électorale.

Bretagne

Facilement réélu en Bretagne, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian devrait cumuler les deux fonctions jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Il s’appuiera sur ses vice-présidents tandis qu’un « M. Bretagne » l’accompagnera partout. Le ministre-président se place dans la continuité du mandat précédent avec, notamment, la poursuite du plan bâtiment durable breton et du pacte électrique, lancé dès 2010 pour sécuriser le réseau d’alimentation de la région.

Centre-Val de Loire

Dans la région Centre-Val de Loire, le discret François Bonneau a créé la surprise en conservant de peu la région à gauche. Il souhaite mettre en place un guichet unique pour accompagner les PME dans leur développement, ouvrir de nouvelles lignes ferroviaires et créer 2 000 km de véloroutes.

Ile-de-France

Sous la présidence de Valérie Pécresse, nouvelle présidente (LR) du conseil régional d’Ile-de-France, la politique du logement devrait toujours bénéficier de 100 millions d’euros par an. En revanche, elle connaîtra une inflexion avec l’arrêt du financement des prêts locatifs aidés d’intégration (PLAI) dans les communes comptant déjà 30 % de logements sociaux et le rétablissement de l’aide au logement social intermédiaire (PLS) à Paris et en petite couronne. Valérie Pécresse s’est aussi engagée à créer un prêt à taux zéro de 40 000 euros cumulable avec celui de l’Etat, valable dans le neuf comme dans l’ancien. Autres annonces : l’aménagement, en lien avec les maires franciliens, de 100 nouveaux quartiers « basse consommation » et la mobilisation du foncier autour des lycées pour y réaliser des logements étudiants. Pour faciliter la sortie des opérations, toutes les normes régionales qui se rajoutent aux lois nationales seront supprimées.

Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

Future présidente de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Carole Delga a proclamé, pendant sa campagne, vouloir faire du développement économique sa priorité. Elle a d’ailleurs promis un « plan Marshall du BTP ». Pour l’élue socialiste, l’emploi est une priorité qui passe par le lancement de chantiers structurants, dont font partie l’aménagement du littoral languedocien, le développement de l’éolien et le ferroviaire. Au cours du premier trimestre 2016 devraient avoir lieu des ateliers généraux du rail, permettant d’aborder le sujet de la ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse. Les alliés Europe Ecologie Les Verts (EELV) n’en veulent pas. Or, pour Carole Delga, ce projet comme celui de la LGV Montpellier-Perpignan sont des projets structurants. Pour les financer, elle évoque les fonds européens et n’exclut pas le partenariat public-privé (PPP). Néanmoins, le véritable défi de Carole Delga sera de gouverner. Le parti socialiste ne dispose en effet que d’une majorité relative parmi les 93 sièges attribués à sa liste de rassemblement.

Nord-Pas-de-Calais-Picardie

Xavier Bertrand dit vouloir être « le maire de la région ». La rénovation urbaine, le canal Seine-Nord Europe et les ports sont des sujets qui lui tiennent à cœur. Il n’est pas défavorable au Réseau Express Grand Lille (REGL) – projet de RER entre Lille et le Bassin minier. Il a même promis des transports en tous genres, tout en affirmant « vouloir faire plus en dépensant moins ». Il a aussi annoncé une politique en faveur de l’entreprise et de la formation… même s’il n’avait pas répondu à l’invitation de la Fédération française du bâtiment (FFB) durant la campagne.

Normandie

Le futur président de la Normandie Hervé Morin a réservé l’une de ses premières sorties, le 16 décembre, à la toute nouvelle section régionale de la FFB, devant laquelle il a fait plusieurs annonces : mise en place d’une agence de développement économique unique, dotée de 100 millions d’euros ; suppression des niveaux de décision dans les services ; contrats de filières, dont le BTP, avant fin 2016 ; mise en place d’un Grenelle de l’apprentissage, « sorte de brainstorming à la Borloo », qui devrait déboucher sur un vrai plan de l’apprentissage. « Je préfère une région qui investit, a-t-il assuré. Je veux des routes et la préparation d’un schéma de programmation des infrastructures. »

Pays de la Loire

Seule région de l’Ouest à avoir basculé à droite, les Pays de la Loire auront à leur tête le vendéen Bruno Retailleau (LR). Le sénateur (il le restera) prévoit de faire 40 millions d’économies, mais s’est aussi engagé à soutenir le BTP, à développer les aides à l’apprentissage et à moderniser les axes routiers régionaux au travers d’une voie rapide (entre le Sud Vendée et La Rochelle) et d’un nouveau franchissement pour relier le sud de la Loire à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Sur ce dernier point, l’ancien bras droit de Philippe de Villiers a exigé l’évacuation « des hors-la-loi de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ». Ce dossier, qui a fait l’objet d’un accord peu lisible entre le PS et EELV au second tour, a été une véritable épine dans le pied de Christophe Clergeau, vice-président PS sortant.

Provence-Alpes-Côte d’Azur

Christian Estrosi, le nouveau président (LR) de la région Paca, devrait mettre en chantier six nouveaux lycées au cours de son mandat. En matière d’infrastructures, le successeur de Michel Vauzelle souhaite relancer le dossier de l’achèvement de la Liaison Est-Ouest permettant de contourner l’agglomération d’Avignon. L’hypothèse d’un partenariat public-privé pour réaliser les tranches 2 et 3 de l’ouvrage sera étudiée. Christian Estrosi souhaite aussi doter les gares de portiques et y installer la vidéosurveillance. Le maire de Nice promet de donner davantage de moyens à la formation professionnelle en créant une Banque régionale de l’apprentissage. Enfin, il annonce un effort dans le domaine de l’efficacité énergétique des logements ainsi que la mise en place d’une agence régionale du risque pour prévenir les catastrophes naturelles et climatiques.

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(1) Hormis en Corse, où le nouvel exécutif ne s’est pas encore prononcé sur les sujets concernant le BTP.

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