Enquête

Les matériels sont-ils en passe de devenir des « objets BIM » ?

Mots clés : Logiciels - Outils d'aide - Matériel - Equipement de chantier

Conception. Tardivement rattachés à la démarche de rationalisation, les grues, coffrages, étaiements font l’objet de modélisations qui les feront entrer dans la maquette numérique.

Quel sera le rôle des matériels dans la démarche BIM ? Essentiel ! pensent les entreprises. Il y a encore beaucoup à faire pour optimiser la conception du bâtiment, mais plus encore dans la phase chantier. Le Building Information Modeling (BIM) consiste à numériser dans un même format tous les composants d’un bâtiment, de la poutre précontrainte au moindre joint de chaudière. « Les industriels deviennent des acteurs au cœur des modélisations », affirme Marie-Claire Coin, directrice de projet chez Eiffage Construction. Or les matériels utilisés lors de phase de construction sont, pour l’instant, absents de ce catalogue. L’enjeu est de taille : introduire de la modélisation devrait permettre de rationaliser le choix des matériels – « optimiser la commande auprès du service matériels », précise Raymond Sailly, directeur matériel chez Bouygues Construction – et d’améliorer leur utilisation, voire leur conduite. Pour cela, il faut créer des « objets BIM », soit leur représentation en trois dimensions sous forme de fichiers numériques associés à une bibliothèque sur leurs caractéristiques dimensionnelles et techniques. Chacun y est allé en ordre dispersé. Les grandes entreprises ont élaboré leur propre matière : d’abord des objets génériques, avec les caractéristiques essentielles d’une grue ou d’un coffrage type ; puis, à mesure que l’on avance dans le projet, des matériels existants produits par les industriels. Les fabricants tiennent à la disposition de leurs clients des représentations 3D de leurs produits. « C’est ce qu’on nous demande », avancent-ils. Pas tout à fait… car, du côté des entreprises, on juge ces fichiers trop détaillés, trop lourds. « Les industriels ne comprennent pas toujours ce dont nous avons besoin, regrette Jean-Baptiste Valette, chef de service ingénierie modélisation des projets chez Vinci. Il nous faut passer du modèle générique au matériel réel en modifiant un minimum de paramètres. » Pour l’instant, ces échanges ne concernent que les grands groupes du BTP. Lorsque le BIM sera généralisé  par exemple pour les ouvrages publics , comment seront communiqués les objets BIM aux plus petites entreprises ? Certains fabricants misent sur une collaboration avec des bibliothèques numériques spécialisées. D’autres se reposent sur leur propre site. La diffusion de ces objets sera d’autant plus essentielle que le BIM peut apporter au service matériel le moyen de mieux exercer son métier de « concepteur d’usines éphémères », dit Raymond Sailly, et d’industrialiser les chantiers. Les matériels, devenus « objets BIM », enrichis d’informations sur leur fonctionnement et incorporés aux logiciels « méthodes » des entreprises, peuvent aussi apporter beaucoup à la conduite du chantier, avec un accroissement de la productivité et de la sécurité. Et pourquoi ne pas pousser jusqu’à l’automatisation du fonctionnement de certains matériels ?

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La guerre des formats

Deux éditeurs dominent le marché mondial des logiciels utilisables pour la maquette numérique : Autodesk (chiffre d’affaires, 2,5 milliards de dollars) et Trimble (chiffre d’affaires, 2,4 milliards de dollars). Autodesk, créateur d’AutoCAD, vient du monde des architectes et a acquis le logiciel BIM vedette Revit. Trimble est historiquement plus proche du chantier et des matériels. Il a racheté le logiciel Tekla, prisé par les bureaux d’études.

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L’offre des fabricants :encore balbutiante

Sateco

Le fabricant de coffrages Sateco s’est donné un objectif : la création d’objets BIM au format Revit pour tous ses produits d’usage courant dès cette année. Le constructeur a commencé par les plus complexes : les plateformes de travail en encorbellement. « Nous ne voulons pas que les clients hébergent ces objets mais qu’ils les recherchent à chaque fois car nous actualisons en permanence les caractéristiques de nos produits », dit Patrick Micheneau, directeur technique. Aussi Sateco travaille-t-il en collaboration avec BIMobject France, à qui il confie la diffusion de son catalogue.

Peri
Peri propose depuis peu son catalogue de coffrages et d’étaiements en format Tekla. Le mois prochain, son offre sera disponible en Revit. « Il y a longtemps que nos produits  au total, 15 000 références  sont modélisés en AutoCAD, explique Thierry Chancibot, le directeur technique de Peri France. C’est ce que nous demandaient, par exemple, Bouygues et Vinci. » Peri France a inclus la démarche BIM dans son plan de développement à deux ans, mais s’interroge toujours sur la forme que va prendre la demande.
Doka
Le fabricant de coffrages Doka a numérisé ses produits en 3D depuis longtemps, mais le passage à la modélisation des données suscite des interrogations, notamment en matière de format. « Notre groupe et nous-mêmes sommes en train de faire des expériences avec des entreprises, en Grande-Bretagne, en Europe du Nord et dans d’autres pays, explique Jens Stadelbauer, directeur technique de Doka France. À vrai dire, sur le millier de projets que nous recevons par an, une dizaine d’entre eux seulement sont en BIM, souvent en Revit, parfois en Tekla. » Ce retour d’expérience n’est pas suffisant pour décider aujourd’hui d’une stratégie.
Mills
« Nous travaillons avec AutoCAD, explique Song-Ke Lee, le responsable du bureau d’études de Mills, spécialiste de l’étaiement. Le logiciel Revit, souvent utilisé, sait lire la partie graphique d’AutoCAD, mais au prix d’un fichier assez lourd. » Mills modélise ses produits par ordre d’urgence : les coffrages Pano, la tour d’étaiement Touréchaf et ses accessoires, l’escalier de chantier Escalib et un quai de déchargement, « à la demande des entreprises », explique Song-Ke Lee. Un travail qui s’achèvera à la fin de l’été.
Liebherr
« Nous sommes dans un processus de création continue », dit Robert Bramberger, le directeur du département services ingénierie des grues à tour chez Liebherr. Les modèles de grues du catalogue sont tous numérisés et disponibles gratuitement pour tous les utilisateurs. Mais le constructeur a conscience que ces fichiers informatiques, utilisables dans tous les logiciels de BIM, sont « trop détaillés et, par conséquent, trop lourds sur le plan informatique ». C’est pourquoi Liebherr collabore avec ses clients pour affiner son offre.
Potain
Les modèles informatisés de grues à tour ont plusieurs utilisateurs à l’intérieur même de l’entreprise. « Le bureau d’études s’en sert pour la conception, les usines pour la fabrication, le service documentation pour imprimer les notices techniques, etc. Il faut les adapter à chacun, expose Éric Pommier, vice-président ingénierie de Manitowoc Grues à tour. Ces fichiers internes sont à la disposition des entreprises. » Mais correspondent-ils à leur besoin ? Le constructeur va au-delà et propose des éléments sur l’encombrement des machines en mouvement, ou encore sur leur usage en sécurité, notamment l’anti-interférence.
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