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Les majors accélèrent à l’international

Mots clés : Entreprise du BTP

Confrontés à la baisse du volume d’affaires en France en 2015, Vinci, Bouygues et Eiffage sont allés chercher, une fois de plus, la croissance de leurs activités travaux à l’export. Et ont réussi à maintenir leurs marges.

Comparé à l’industrie manufacturière « lourde », le secteur du BTP a la particularité d’être peu capitalistique. L’essentiel de son capital est humain. Alors, quand le vent des marchés tourne, les capitaines, qui tiennent la barre avec souplesse, changent de cap en douceur. Pour les trois majors nationaux Vinci, Bouygues et Eiffage, la brise hexagonale s’est tarie assez brutalement ces dernières années, et le vent s’est mis à souffler à l’international. Direction, la croissance. En 2015, il a forci. Un cap symbolique a même été franchi par les filiales travaux de Bouygues (Bouygues Construction et Colas) qui ont réalisé, pour la première fois depuis des décennies (lire ci-contre), la majorité de leur activité en dehors de nos frontières (51 %). Chez Vinci, qui a l’ambition à terme d’effectuer plus de 50 % de son activité globale à l’international, et chez Eiffage dans une moindre mesure, la même tendance historique est à l’œuvre, confirmée par la forte teneur « export » de leurs carnets de commandes.

Cette dynamique n’a toutefois pas permis de compenser la perte sévère d’activité dans l’Hexagone. Les majors français ont dû y affronter « la baisse de la commande publique, en particulier dans la route, et la fin de l’exécution des grands chantiers d’infrastructures et de bâtiments lancés en 2010-2011 », résume Martin Bouygues. Si bien que les filiales travaux des majors ont enregistré en France des chutes d’activité comprises entre – 5 % et – 13,5 %, alors que les filiales « énergies » ont mieux tiré leur épingle du jeu, Eiffage Energie s’offrant même une croissance de 6 %.
Heureusement, le volume ne fait pas tout. Les champions du BTP ont globalement réussi à préserver les marges opérationnelles de leurs activités travaux, autour de 3 % en moyenne, grâce à une meilleure sélectivité des affaires et une productivité accrue, mais aussi au prix de réorganisations internes et de regroupements de business units. La préservation des marges fera encore, à coup sûr, l’objet de toutes les attentions cette année, alors que l’activité travaux, elle, devrait globalement connaître, de nouveau, un léger repli.

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Vinci, Bouygues et Eiffage en chiffres

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« Les majors ont l’export dans les gènes »

« L’accélération de la percée internationale des majors du BTP français de ces dernières années ne surprend pas. Elles ont l’export dans les gènes, leur histoire en témoigne. Bouygues réalisait 45-50 % de son activité à l’export au début des années 1980, chiffre largement dépassé par Dumez (80 %) ! SGE et GTM, ancêtres de Vinci, ont réalisé, depuis leur création, de gros chantiers partout dans le monde. Eiffage, issu de la fusion de Fougerolle et de SAE, n’a jamais quitté l’Afrique. Contrairement à beaucoup d’industries françaises, le BTP français a exporté très tôt ses savoir-faire, dès le XIXe siècle, tout en développant d’importantes capacités d’ingénierie. Les trois majors ont réussi, depuis les années 1890, à s’imposer sur tous les continents (grands ouvrages, routes, installations électriques, etc.). C’est leur grande force aujourd’hui dans la compétition internationale. »

Dominique Barjot, professeur d’histoire économique contemporaine à l’université Paris-Sorbonne

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Fayat, le quatrième mousquetaire

Au pied du podium des majors du BTP français (3,44 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2015), le groupe Fayat, actif dans tous les métiers de la construction, dispose lui aussi d’une véritable envergure internationale. Le groupe familial, créé en 1957 par Clément Fayat, et aujourd’hui dirigé par ses deux fils Jean-Claude et Laurent, est présent dans 120 pays, principalement via la fabrication de matériels routiers, qui représente 30 % de son activité totale. Fayat augmente chaque année la part de l’export dans son chiffre d’affaires, passée de 28 % en 2011 à 36 % en 2015. Pour le quatrième mousquetaire aussi, la croissance se trouve donc à l’extérieur de nos frontières.

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Vinci maintient globalement son activité

Xavier Huillard, P-DG de Vinci

« Le plus dur est sans doute derrière nous en France, mais l’étalement dans le temps de nos carnets de commande devrait malgré tout entraîner en 2016 une contraction de notre activité route et construction. »

Vinci a pu compter, en 2015, sur ses concessions et sur l’international pour maintenir globalement son activité et augmenter sa marge opérationnelle. Les filiales contracting (Vinci Energies, Eurovia et Vinci Construction) ont en effet toutes trois connu une baisse de leur activité dans l’Hexagone, notamment Vinci Construction, qui enregistre une chute d’activité de 13,5 %. Réalisant 47 % de son chiffre d’affaires contracting à l’export, le géant du BTP devrait bientôt atteindre le seuil symbolique des 50 %. Il compte pour cela sur Vinci Energies, dont « les nombreuses opportunités de croissance externe » pourraient en faire à terme « la première activité du contracting ».

23,66 Mds € (- 1,7 %)

Chiffres d’affaires travaux, hors promotion immobilière 2015

3,4 % (- 0,1 point)
Marge opérationnelle courante travaux


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Bouygues voit des signaux positifs

Martin Bouygues, P-DG de Bouygues

« Je me réjouis de la hausse de 10 % des prises de commandes de Bouygues Construction en France au 2e semestre. La croissance du marché du logement devrait se poursuivre, soutenue par le dispositif Pinel et l’élargissement du PTZ. »

Chez Bouygues aussi, les activités de travaux ont clairement été tirées par l’international, qui progresse d’année en année. Un cap symbolique a été franchi par Bouygues Construction, pour qui l’export a représenté 52,5 % de l’activité (contre 49 % en 2014), Colas s’arrêtant sur le seuil, à 49,5 %. Cette dynamique n’a toutefois pas permis de compenser la perte sévère d’activité dans l’Hexagone. Bouygues Construction et Colas y ont respectivement perdu 5 % et 8 % de leur chiffre d’affaires. Ce constat déprimant, reflet de l’activité de l’ensemble du secteur de la construction l’année dernière, n’implique toutefois pas de perspectives aussi sombres pour 2016. Martin Bouygues voit même des « signaux positifs » dans le BTP.

32,6 Mds € (- 1 %)

Chiffres d’affaires travaux, hors promotion immobilière 2015

3,2 % (stable)

Marge opérationnelle courante travaux

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Eiffage exporte ses savoir-faire

Benoît de Ruffray, P-DG d’Eiffage

« Notre stratégie à l’international repose sur notre capacité à faire connaître nos savoir-faire. Les expériences réussies des LGV Perpignan-Figueras et Bretagne Pays de la Loire nous ont permis de nous préqualifier sur 5 lots sur 7 de la LGV britannique. »

Pour Eiffage, les chutes d’activité dans l’Hexagone des branches Construction (- 8,1 %, à 2,79 milliards d’euros) et Infrastructures (- 7,7 %, à 3,22 milliards, notamment plombées par la construction métallique, qui a connu une année noire du fait du repli mondial des activités pétrolières) n’ont pu être totalement compensées ni par la bonne santé de la branche énergie (+ 8,2 %, à 3,58 milliards) ni par la forte dynamique de l’international, qui croît de 8,9 % et représente désormais 23 % de l’activité travaux. Pour Benoît de Ruffray, P-DG du groupe depuis janvier dernier, après le décès de Pierre Berger, le bâtiment devrait bénéficier de la dynamique amorcée par les mesures du gouvernement et par les premiers chantiers du plan de relance autoroutier.

10,73 Mds € (- 0,7 %)

Chiffres d’affaires travaux, hors promotion immobilière 2015

3 % (- 0,3 point)

Marge opérationnelle courante travaux

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