Architecture Technique Enveloppe

Les limites de l’isolation thermique par l’extérieur

Mots clés : Isolation thermique

Très utilisée en rénovation, l’ITE nécessite des précautions spécifiques.

Quel que soit le système utilisé, bardage, enduit sur isolant ou vêture, l’isolation thermique par l’extérieur (ITE) représente un enjeu majeur pour les économies d’énergie. En effet, c’est a priori le meilleur moyen pour supprimer les ponts thermiques. « Pourtant l’ITE ne représente que 25 % de l’isolation des parois opaques », déplore Dominique Delassus, président du Groupement du mur manteau. C’est d’autant plus surprenant « qu’à partir de R + 1, il est plus efficace et économique d’isoler par l’extérieur », poursuit-il avant de reconnaître deux difficultés : le traitement des points singuliers et le manque de qualification et d’expérience des PME dans ce domaine : « L’ITE est un système composé d’éléments conçus pour fonctionner ensemble, les marier différemment va générer des sinistres », estime-t-il.

Certes, les problèmes de mise en œuvre existent, comme l’indique Martin Guer, responsable du programme « Retour d’expérience bâtiments performants » à l’Agence qualité construction (AQC). Le programme repose sur un échantillon de 600 constructions, telles que maisons individuelles, résidentiel collectif et tertiaire, en neuf comme en rénovation. Quand ils concernent la mise en œuvre, les problèmes semblent pourtant simples à régler. Ainsi, le plus fréquent concerne la pose non jointive des panneaux isolants. « Des vides de plusieurs centimètres ont été constatés avec parfois de la silicone ou de la colle pour combler les interstices », explique-t-il. Or, ces ajouts vont créer des points durs qui peuvent engendrer la fissuration des enduits, qui va ensuite provoquer une réaction en chaîne avec infiltration d’eau dans l’isolant, diminution des performances et baisse de leur durabilité. La pose non jointive est aussi synonyme de ponts thermiques qui dégradent les performances du bâtiment. Les causes de ce défaut sont diverses : outre un manque de soins dans la mise en œuvre, il peut s’agir aussi d’une exposition des isolants aux rayons UV et à la chaleur lors du stockage. Ils vont alors se dilater, en particulier les isolants colorés, et absorber davantage de chaleur. Mis en œuvre dilatés, ils vont générer des vides au niveau de toutes les jonctions en reprenant leur taille normale. « Pour régler ce problème, la formation des compagnons aux gestes techniques est la meilleure solution », estime Martin Guer.

Lame d’air entre l’isolant et le mur.

Mais, pour le responsable de l’AQC, des défauts moins visibles s’avèrent plus pénalisants. Ainsi, dans certaines réalisations, une circulation d’air froid entre l’isolant et le mur a été constatée. Du fait d’un collage par plots, les panneaux d’isolants ne sont pas plaqués au mur et de l’air froid peut circuler dans cet espace d’environ 2 cm entre le support et l’ITE. « Cette lame d’air court-circuite l’isolant et diminue les performances thermiques de l’enveloppe », rappelle-t-il. Un problème dont la résolution passe par la mise en œuvre d’un cordon en périphérie et d’un collage en plein sur toute la surface du panneau. « Les causes des sinistres sont donc bien identifiées », estime Laurent Plagnol, responsable ITE à l’Apave. Reste maintenant à sensibiliser tous les acteurs sur l’importance et les enjeux de ces bonnes pratiques.

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Sécurité incendie - Eviter la propagation du feu en façade

Conséquence logique du développement de l’isolation thermique par l’extérieur en rénovation, « la Direction de la sécurité civile, qui dépend du ministère de l’Intérieur, demande que le comportement au feu de ces façades soit validé par des essais de résistance à la propagation verticale du feu », indique Jean-Marie Ménard, vice-président du Groupement du mur manteau. Une campagne d’essais a donc été lancée par les industriels concernés par les techniques d’enduits sur isolant, plus spécifiquement sur du polystyrène expansé blanc et du polystyrène graphité. L’ensemble de ces techniques est évalué de façon générique selon le protocole d’essais Lepir 2, avec le laboratoire d’essais Efectis. Essai typiquement français, Lepir 2, qui signifie « local expérimental pour incendie réel à deux niveaux », consiste à réaliser deux locaux superposés équipés chacun de deux baies au pied desquels un bûcher de 600 kg est embrasé. L’évaluation des systèmes porte sur l’inflammation et la propagation du feu verticalement et latéralement. « Nous testons les enduits minces et épais, organiques, hydrauliques et mixtes avec tous types de finition dans les configurations les plus défavorables afin d’obtenir des résultats représentatifs », poursuit-il. L’objectif est de proposer une gamme de solutions constructives conformes aux règles de sécurité incendie d’ici à la fin 2015. Il s’agira ensuite d’apporter les ajustements nécessaires à l’Instruction technique 249 (IT 249) qui régit la sécurité au feu des façades. « Ces précisions pourront porter par exemple sur une épaisseur minimum du système d’enduit, sur un classement Euroclasse du procédé ou encore sur la mise en place de protections ininflammables », ajoute-t-il. En attendant, les résultats des essais restent confidentiels.

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Logements - L’enduit sur isolant, une technique complexe

Parmi les techniques d’isolation thermique par l’extérieur, l’enduit sur isolant ne laisse pas le droit à l’erreur. « Si la mise en œuvre est mal faite, cela se voit tout de suite », estime Antoine Chassagnol, architecte de l’agence EXP Architectes. Le résultat sur l’immeuble F2 de l’écoquartier Néaucité à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) répond aux attentes du maître d’œuvre. Pourtant le chantier présentait plusieurs difficultés techniques : deux isolants différents, du polystyrène expansé (PSE) au rez-de-chaussée pour recevoir un enduit spécifique et ses microbilles de verre, et de la laine de roche à partir de R + 1 pour régler la question de la sécurité incendie. La jonction entre les deux isolants, qui correspond à deux nuances de gris, a été traitée par un joint creux. Enfin, les recoupements et joints entre panneaux ont été gommés grâce à un calepinage soigné. Des couvertines, appuis et tableaux de fenêtres finalisent la mise en œuvre de l’isolation thermique par l’extérieur, soit 2 500 m² au total.

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Maîtres d’ouvrage : Brémond, Akerys Promotion. Urbaniste : Agence Nicolas Michelin et Associés. Architectes : EXP Architextes (lot F2). Travaux de façade : Marteau SA. Livraison : juin 2015.

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