Actu JEAN-MICHEL SAINSARD, expert parcs et jardins à la direction des patrimoines du ministère de la Culture

« Les jardins sont des monuments »

Mots clés : Conservation du patrimoine - Gouvernement - Hôtels et pensions de famille - Manifestations culturelles

S’il incarne la légitimité du regard du jardinier sur les parcs historiques, Jean-Michel Sainsard ne confond pas l’amour du métier qu’il a commencé à exercer à 17 ans à l’hôtel Matignon avec la sauvegarde des végétaux.

Centrée sur la composition des jardins considérés comme des monuments, la rigueur de l’expertise d’État n’interdit pas les différences de point de vue dans un domaine où se croisent l’art et la science, la création et la conservation.

Identifiez-vous un conflit entre la transition écologique et la protection des jardins historiques ?

Au contraire ! Le ministère de la Culture et de la Communication participe au plan national d’adaptation au changement climatique piloté par le ministère de la Transition écologique. Les jardins historiques se préparent à cette adaptation, comme l’ont montré récemment les journées ouvertes à tous les professionnels du jardin historique que nous avons organisées en 2017 sur la loi zéro phyto, en 2016 sur l’impact du changement climatique sur le jardin historique, et déjà en 2009 sur les jardins historiques et le développement durable. Il faut préciser également que les traditionnels “jardiniers de domaine”, y compris ceux des sites les plus prestigieux, n’ont jamais traité toutes leurs emprises : le zéro phyto ne leur pose pas de problème particulier. Les pelouses de Champs-sur-Marne n’ont jamais connu d’arrosage artificiel. La vraie difficulté découle de la perte de connaissance des lieux, qui explique souvent des interventions vaines. Le déficit de culture des jardins aboutit à privilégier l’inutile et à oublier le fondamental.

Comment définir le fondamental, en matière de protection de jardins historiques ?

Très cadrée sur le plan scientifique et technique, notre mission repose d’abord sur l’analyse critique des sources, la compréhension du plan historique confronté à l’état actuel et la prise en compte des courbes de niveau ; nous recherchons la permanence des structures au fil du temps. .. À partir de là, nous n’imposons pas de choix, et il peut exister des points de vue différents, y compris – et je dirais même surtout – au sein même du ministère où la réflexion est très vive. Champs-sur-Marne offre là encore un exemple intéressant : faut-il revenir à l’état d’Henri et Achille Duchêne de 1895 qui a reconstitué le jardin créé à la fin du XVIIe siècle tout en valorisant celui paysager du XIXe siècle ? Ou conserver l’état de 1935, date de donation à l’État, voulu par le propriétaire et qui a fermé les vues vers le jardin irrégulier ? Depuis quinze ans que j’étudie ce jardin, je n’ai pas encore toutes les réponses.

Le déficit de culture des jardins aboutit à privilégier l’inutile et à oublier le fondamental.

Admettez-vous des créations contemporaines dans les jardins historiques protégés ?

Nous refusons le pastiche. La création, elle, peut contribuer à la restauration, notion qu’il ne faut pas confondre avec restitution. À titre personnel, je suis plutôt...

Vous lisez un article de la revue Paysage n° 402 du 15/09/2017
PAS ENCORE ABONNÉ
Votre avis ?
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X