Autres Mondial du bâtiment

Les industriels souffrent en attendant la reprise

L’atonie de la construction neuve et la manne finalement limitée de la rénovation obligent les fabricants à mener une guerre des prix et à rogner leurs marges.

Batimat fêtera-t-il ses 30 ans dans la morosité ? Le salon, qui se tient du 2 au 6 novembre à Paris-Nord Villepinte avec Interclima+Elec et Idéobain, accueillera cette année 2 400 exposants de l’industrie du bâtiment venus de l’Hexagone mais aussi, pour moitié, de l’étranger. Mais le raout biennal du secteur pourrait bien pâtir de sept ans de crise accumulés. Selon l’enquête de conjoncture de l’Insee pour le mois d’octobre dans l’industrie du bâtiment, les entrepreneurs sont plus nombreux à anticiper une baisse de leur activité pour les trois prochains mois. Autre donnée inquiétante : ils émettent un jugement très négatif sur leurs carnets de commandes. « Nous prenons de plein fouet l’effondrement du bâtiment neuf survenu il y a un an », confirme Jean-Paul Ouin, délégué général d’Uniclima (syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques). « Depuis maintenant deux ans, il est difficile pour nos industriels d’avoir une vision à moyen terme. Ils n’ont plus de stocks, travaillent à la commande », analyse Philippe Macquart, délégué général de l’Union des fabricants de menuiseries extérieures (UFME).

Contrairement à d’autres secteurs comme l’automobile ou la chimie, contraints de couper à la fois dans les effectifs et les capacités de production, l’industrie du bâtiment, parce qu’elle évolue sur des marchés très atomisés, arrive globalement à supporter les surcapacités et à sauvegarder l’emploi. Mais les difficultés sont palpables, accentuées par les délais incompressibles entre les mises en chantier et la fourniture des produits. « Depuis 2013, la baisse d’activité est continue. Elle est de l’ordre de 10 % aujourd’hui, à cause de la chute du neuf et du manque de régularité des incitations fiscales pour la rénovation », décrit Yann de Benazé, le président du Syndicat national de l’extrusion plastique, profilés et compounds (SNEP). Malgré le redressement timide des mises en chantier pendant l’été, la reprise se fait attendre et devrait même intervenir plus tard que prévu. « Les perspectives de reprise sont encore repoussées de plusieurs mois, confirme Patrick Ponthier, délégué général de l’Association des industries des produits de construction (AIMCC). On l’espérait pour fin 2015, elle aura plutôt lieu fin 2016 », prédit-il. « Nous rencontrons de grandes difficultés, témoigne également Thierry Bedard, président de Cochebat, le syndicat national des fabricants de composants et de systèmes intégrés de chauffage, rafraîchissement et sanitaires. Dans nos métiers, nous travaillons avant tout dans le neuf et la maison individuelle. La construction a chuté de 30 % depuis 2012, notre marché d’environ 20 %. Quand on vendait un plancher chauffant entre 15 et 17 euros du mètre carré en 2012, aujourd’hui on le vend autour de 13 euros. Il y a moins de demande pour autant d’offre, la bagarre se fait donc sur les prix et les marges des acteurs chutent. »

Qualité et innovation.

Au-delà de la crise de la construction neuve, l’atonie de la rénovation plombe les industriels du bâtiment. « Contrairement à ce que l’on nous avait promis, la rénovation tarde à prendre le relais », assure Patrick Ponthier. La faute à « des politiques publiques peu favorables aux travaux » et au manque de pérennité des incitations fiscales. Dans le secteur de la menuiserie, le bout du tunnel a été entrevu en mai avec, enfin, des productions qui ont arrêté de baisser. « Nos industriels ont trouvé des leviers différents : ils font des chantiers plus difficiles, mettent en avant la qualité de leurs produits, notamment avec le made in France, s’appuient sur leur clientèle de proximité grâce aux réseaux de distribution qui jouent le jeu », observe Philippe Macquart. Le génie climatique entrevoit également des signes positifs : les ventes de pompes à chaleur finiront en hausse de près de 10 % à la fin de l’année. « La réponse de l’industrie à la crise, c’est l’innovation. Les fabricants jouent leur rôle pour rendre la construction plus abordable, tout en proposant des produits plus performants », constate Patrick Ponthier. Les investissements concernent en priorité le renouvellement des gammes et les nouvelles générations de produits. Pour Anthony Tripard, responsable des risques pour le secteur du BTP chez Euler Hermes France, « les industriels du bâtiment savent se montrer souples. Ils doivent dès maintenant se préparer à la reprise, notamment sur le plan de la trésorerie. En attendant, il faut qu’ils continuent à faire des économies, rechercher des synergies, mais aussi innover pour se positionner sur le marché et le faire avancer ». Le projet de loi de finances pour 2016 pourra en tout cas leur donner un peu de lest, avec le prolongement prévu du crédit d’impôt pour la transition énergétique et de l’éco-PTZ.

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Début d’accalmie dans les matériaux ?

Particulièrement touché par la crise, le secteur des matériaux de construction continue de souffrir mais voit l’horizon s’éclaircir. En septembre, l’activité reste en recul mais, entre le deuxième et le troisième trimestre, elle a quasiment cessé de se replier s’agissant des granulats et du béton prêt à l’emploi, selon la dernière enquête de conjoncture de l’Unicem (Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction). En quatre ans, les productions de BPE et de granulats ont perdu près de 20 %. Pour les seuls granulats, les volumes extraits (hors recyclage) n’ont jamais été aussi faibles depuis trente ans. Pour le syndicat, les premiers effets de la concrétisation des mises en chantier ne sont pas attendus avant début 2016.

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« Une certaine souplesse »

La situation est difficile pour les industriels du bâtiment. Le marché de la rénovation n’est pas de la taille attendue et il s’est retourné faute de stimuli assez forts des pouvoirs publics. Ils ont donc dû tirer les prix vers le bas, rogner leurs marges, orchestrer des rapprochements. Il faut tout de même souligner la souplesse avec laquelle ces industriels ont réagi, en parvenant à conserver peu ou prou l’emploi et les capacités de production.

Anthony Tripard, responsable des risques pour le secteur du BTP chez Euler Hermes France.

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