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Les grues auxiliaires, une alternative crédible aux grues mobiles ?

Mots clés : Concurrence - Matériel - Equipement de chantier

Levage. Les grues mobiles à deux ou trois essieux subissent de plein fouet la concurrence des grues auxiliaires montées sur porteur, moins chères, plus agiles et plus souples à utiliser. Séduisant ! Encore faut-il tenir compte de la nature des interventions.

Au cours de ces dernières années, les grues mobiles à deux ou trois essieux ont particulièrement souffert de la concurrence des grues auxiliaires montées sur porteurs routiers. Il suffit de reprendre les chiffres. Alors qu’en 2000, les deux et trois-essieux représentaient 99 machines sur 197 grues mobiles vendues, elles ne représentaient plus que 11 grues sur 104 unités écoulées en 2015, soit à peine plus de 10 %, contre 50 % quinze ans plus tôt ! Ce n’est pourtant pas faute d’avoir fait évoluer la capacité de levage des machines… « Dans les années 1990, une grue mobile sur deux essieux affichait une capacité nominale de 25 tm, détaille Philippe Dumas, directeur commercial France DOM-TOM Manitowoc Grues mobiles Grove. Leur capacité est par la suite passée à 35 tm dans les années 2000, puis à 40 tm entre 2010 et 2015. Mais, dans le même temps, les grues auxiliaires ont, elles aussi, progressé », signale-t-il.

Libre circulation

Disponible depuis le troisième trimestre 2015, la PK 165.002 EC 7 de Palfinger fait partie de cette nouvelle génération de grues auxiliaires capables de soulever toujours plus lourd : 125 tm nominal, et 8,2 t au bout de sa fléchette. La surenchère gagne les constructeurs. Et les clients en redemandent. En février dernier, Fassi a ainsi livré à la société Toucourt une grue auxiliaire de 195 tm, gardant une capacité de levage de 8,4 t à 15,25 m. Une solution idéale pour cette entreprise spécialisée dans la fabrication  et la livraison  de gros composants préfabriqués en béton (poutres, cuves, réservoirs, etc.). Le cahier des charges stipulait que son matériel devait pouvoir soulever mais aussi transporter les matériaux sur chantier. En montant sur un châssis à quatre essieux l’une de ses plus puissantes grues auxiliaires, Fassi propose une alternative d’autant plus séduisante aux grues mobiles que le porteur peut tracter une remorque. Et ce n’est pas là son seul avantage. « Une grue mobile à deux essieux entre déjà en première catégorie de convoi exceptionnel ; alors que, montée sur un porteur routier, une grue auxiliaire bénéficie de la libre circulation sur l’ensemble du réseau routier », confirme Philippe Dumas. Autre avantage, le camion peut être financé en leasing et passer ainsi dans la colonne des charges. Il n’y a alors que la grue à acheter et à amortir. En quête constante d’économies, les entreprises se montrent très sensibles à ces arguments. « En entrée de prix, une grue auxiliaire sur porteur revient à 185 euros de l’heure, alors qu’avec une grue mobile, que l’on ne peut louer que sur des périodes beaucoup plus longues, il faut facilement compter plus de 400 euros de l’heure. Ce à quoi il faut ajouter des contrepoids qui, eux aussi, sont facturés », précise Grégory Perret, responsable commercial chez Carlos Transports Élévations. Et ce n’est pas tout ! « Les tarifs des pièces de rechange d’un porteur routier sont largement inférieurs à ceux d’une automotrice », explique Alexandre Groff, chez Bennes Vincent. « C’est vrai que les grues auxiliaires sur porteur offrent de nombreux avantages, reconnaît Steve Stoeffler, chez Liebherr. Mais elles perdent très vite en capacité de levage. Les capacités d’une grue auxiliaire affichant 100 tm équivalent à celles d’une grue mobile de 35 ou 40 tm. C’est pourquoi, au-delà de 15 m de portée horizontale, on peut dire que la grue mobile sera plus efficace. L’autre avantage est que l’on peut aller sur tous les terrains. Un porteur 6 x 4, lui, n’aura pas la même capacité de roulement, que ce soit en termes de motricité ou au niveau de sa garde au sol. » Et d’ajouter, enthousiaste : « La LTC 1050.3 que nous avons dans notre catalogue permet, grâce à ses six roues directrices, de prendre des angles à 90°. Elle braque mieux qu’une Smart ! » Les grues auxiliaires ont pour autre inconvénient d’avoir des poutres de calage qui peuvent vite s’avérer encombrantes, avec un empattement moyen de 13 m, contre 6 m pour les grues mobiles les plus compactes. Mais la vraie limite des grues auxiliaires reste d’abord leur poids. En effet, plus elles sont grosses, plus elles sont lourdes. Sur un 8 x 4, par exemple, avec 200 tm en bras de grue, il faut compter 15 à 20 t pour la grue et 14 à 16 t pour le porteur, soit un total compris entre 29 à 36 t. Il ne reste pas grand-chose pour embarquer quoi que ce soit. « Si un bras de grue de 60 tm permet de transporter sur un plateau ou une remorque, un bras de grue de 100 ou 120 tm n’offre en effet aucune disponibilité supplémentaire », confirme Philippe Dumas. Si l’on voulait classer les deux catégories de véhicules, on pourrait dire que les grues auxiliaires sont plutôt destinées à la manutention, alors que les grues mobiles sont davantage dédiées aux travaux d’installation et aux travaux « lourds ». Et, dès qu’il s’agit d’un coup de crochet compliqué, rien ne remplace une grue mobile à quatre ou cinq essieux… du moins aujourd’hui.

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« Les deux-essieux ne sont plus compétitives »

Philippe Dumas, directeur commercial chez Manitowoc

« Pour une grue mobile à deux essieux de 35 à 40 t, il faut compter entre 320 000 euros et 350 000 euros HT en fonction de l’équipement. À titre comparatif, il y a cinq ans, nous proposions une superstructure de grue sur un Scania 8 x 4 d’une valeur de 100 000 euros. Si l’on ajoute notre équipement à environ 160 000 euros, les chiffres parlent d’eux-mêmes. C’est aussi ce qui explique que nous ayons choisi d’abandonner la gamme des petites grues mobiles à deux essieux qui n’étaient plus compétitives. »

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Retour d'expérience - Un engin pour effectuer de la manutention ou du levage pur ?

Basé à proximité de la sortie de l’autoroute A404, près d’Oyonnax (Ain), le siège du groupe Colombel Location abrite neuf services, dont un spécialisé dans le levage : l’entreprise Marmeth. À la différence de nombreux de ses concurrents, son parc de grues mobiles reste deux fois plus important (huit machines au total, d’une capacité allant de 35 t à 200 t) que celui des grues auxiliaires (quatre unités de 26 à 110 tm). L’entreprise irait-elle à contre-courant de la tendance qui semble privilégier les grues auxiliaires ? Son directeur général, Cyrille Colombel, est convaincu du contraire. « Bien sûr qu’il existe de très gros camions-grues, mais ça n’a pas vraiment d’intérêt à cause de la nouvelle norme européenne sur la pression subie par les camions. Leurs châssis sont plus flexibles, ils se déforment sous la charge ; donc, leurs patins se soulèvent et n’appuient plus convenablement sur le sol. Et là, on sort vite des clous ! » Aux grues mobiles, le levage, et  exclusivement le levage. Aux grues auxiliaires, les travaux de manutention tels que la sortie de machine, le chargement, le transport, ou encore le déchargement. « Si je mets une auxiliaire sur un 6 x 2, je serai tout le temps en surcharge sur l’avant du porteur. En revanche, si je passe sur un 8 x 4, en fonction du camion (suspensions renforcées ou pas, marque du véhicule, structure du châssis, etc.), je peux alors compter sur 6 ou 8 t de charge utile. » Récemment, l’entreprise a décidé d’investir dans une grue auxiliaire Palfinger de 85 tm. Et cela lui a pris onze mois d’attente entre les premières esquisses du projet, les études et la livraison de la machine… « C’est un 8×4 que j’ai réceptionné avec un PTAC de 35 t et un PTRA de 100 t. La difficulté est que l’on avait des gros patins à l’arrière, et donc plus la place d’y accrocher une remorque à l’arrière. La solution a donc été de prévoir des suspensions plus flexibles, d’avoir un empâtement ainsi que des sellettes spéciales mais valables auprès du service des mines, etc. ». De quoi voir s’envoler la facture car, au final, ce camion et sa grue auxiliaire ont coûté aussi cher qu’une grue mobile de même capacité…

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« Six mois d'études et de conception »

David Émeric, directeur adjoint Miltra Provence chez Fassi

« La machine que nous nous apprêtons à livrer à l’entreprise Henri René est une grue de 82 tm qui sera montée sur un 8 x 4. Elle n’est pas forcément très lourde, mai elle est longue, avec une portée de 32 m. Il nous reste entre 6 et 8 t de charge utile sur le porteur. Et nous pouvons y ajouter une remorque. Avec des essieux pneumatiques, nous disposons de 44 t de poids total roulant autorisé  40 t avec des essieux mécaniques. Évidemment, la mise au point de ce matériel a nécessité de nombreuses études techniques, des plans en 3D des calculs pour la répartition des charges, etc. En tout, cela nous a demandé près de six mois de travail contre seulement deux à trois semaines pour une petite grue classique. »

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Retour d'expérience - Six grues auxiliaires contre trois grues mobiles

Chez Carlos Transports Élévations, on aime les camions. On les aime tellement que le parc de location de cette entreprise suisse spécialisée dans le levage compte six grues auxiliaires, contre trois grues mobiles de quatre, cinq et six essieux. « Dans neuf cas sur dix, les grues qui font de la façade ou de la couverture seront des grues auxiliaires. Même si, évidemment, tout dépend de l’ampleur du chantier. Plus il faut monter haut, plus le chantier est complexe et important, et plus on aura tendance à préférer une grue mobile », détaille Grégory Perret, responsable commercial de l’entreprise. Encore faut-il tenir compte des capacités de levage. Celle du plus gros camion de la gamme (un Scania 1855 TM) est de 380 kg pour une élévation verticale maximale de 53 m et 300 kg avec un déport horizontal maximal à 50 m. C’est pratiquement cinq fois moins que la grue mobile à six essieux proposée par l’entreprise ! La concurrence entre les grues auxiliaires et les grues mobiles ? « C’est un peu comme si un individu de 50 kg voulait engager un bras de fer avec un homme de 100 kg. Pour de l’isolation, par exemple, nous n’aurons jamais plus de 300 kg en bout de flèche, défend Grégory Perret. Et puis, à la différence des grues mobiles, nos clients peuvent louer la machine seulement deux ou trois heures. » Ici, la grue auxiliaire est parfaite. En revanche, en février dernier, les services de l’entreprise ont été sollicités pour enlever une grue soufflée par le vent qui s’était écrasée sur une villa à Épalinges, en Suisse. Et c’est assez logiquement qu’une grue mobile a été mobilisée. Preuve, s’il en était encore besoin, que c’est bien la nature des interventions qui détermine le choix.

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