Architecture Technique Equipement sportif

Les Girondins de Bordeaux au stade de l’élégance

Mots clés : Acier - Sport

Le club de football prend résidence, le 23 mai, dans une nouvelle arène au profil évasé reposant sur une colonnade en acier.

Fallait-il un nouveau stade à Bordeaux ? La question a été tranchée par le maire Alain Juppé qui, en 2011, a décidé que l’agglomération devait se doter d’un nouvel équipement pour accueillir l’Euro 2016 de football. Le « Nouveau Stade Bordeaux », à défaut de nom officiel attribué par la population ou par un sponsor, a été inauguré le 18 mai. Côté sportif, le premier match de foot opposera, le 23 mai, le club local des Girondins à celui de Montpellier. Côté financement, une rencontre amicale inédite s’est jouée entre deux majors du BTP, Vinci et Fayat, liés à parité dans un partenariat public-privé (PPP) avec la Ville.

Les deux constructeurs français ont constitué ad hoc une filiale commune, la société Stade Bordeaux Atlantique (SBA), qui a conçu, financé et réalisé le bâtiment et assurera, durant les trente ans à venir, sa maintenance et son exploitation. Avec une capacité de 42 000 places et un coût total de 183 millions d’euros, Dominique Fondacci, président de SBA, peut se féliciter d’être à la tête de l’un des plus grands stades de France et le moins cher de l’Euro 2016. SBA a apporté 114 millions d’euros, les partenaires publics (Ville, Etat, région et métropole) ont versé 75 millions, et les Girondins, 20 millions. En échange de redevances municipales (autour de 6,8 millions), la mairie touchera du club de football résident des recettes de l’ordre de 4 millions d’euros par an. Bref, un coût qu’Alain Juppé estime acceptable en ces temps de crise mais qui, à chaque conseil municipal, lui vaut un rappel de ses détracteurs sur les dérives du sport spectacle. Aujourd’hui desservi par une extension de la ligne C du tramway, le Nouveau Stade Bordeaux constitue, avec le parc des expositions qui lui fait face, un nouveau point d’attractivité à dimension régionale.

Une intégration paysagère soignée.

« Nous avons apporté une attention particulière à l’intégration de la structure – à la fois monumentale et délicate – dans le grand paysage bordelais », soulignent les architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron, dont le projet a fait l’unanimité du jury. Le plan rectangulaire de 233 x 210 m fait écho à la trame paysagère autour de l’édifice, et les quelque 1 000 colonnes d’acier qui le ceinturent extérieurement rappellent la forêt des Landes, emblématique de la région Aquitaine. Certaines colonnes, fonctionnelles, intègrent les réseaux électriques ou canalisent les eaux pluviales ; tandis que d’autres, structurelles, équilibrent et retiennent le porte-à-faux de la toiture, qui culmine à 37 m. La charpente métallique du toit pèse 12 000 tonnes. Elle protège des intempéries les gradins en béton préfabriqué, fixés sur une ossature métallique. « C’est le premier stade français qui associe aussi intimement le béton et l’acier à cette échelle », indique Marc Guerpin, directeur de projet du groupement des constructeurs. Avantages de ce procédé : une structure allégée qui économise du temps et de l’argent, et réduit les travaux de fondation. L’édifice, construit dans une zone marécageuse au bord de la Garonne, repose sur 945 pieux de 22 m de longueur en moyenne.

Tout de blanc vêtu, le bâtiment a une sobriété architecturale appréciée en terres atlantiques. « L’élégance de la ville de Bordeaux émane en grande partie d’une unité d’échelle et de matériaux, et d’une précision formelle d’une grande pureté, estiment Herzog et de Meuron. On pourrait être tenté de comparer le nouveau stade à un temple classique posé en hauteur sur son socle. Mais une coursive brouille la frontière entre intérieur et extérieur, et la fusion des marches et des colonnes constitue un geste d’accessibilité. Nous avons cherché à faire une architecture légère et ouverte. » But atteint.

Portfolio et interview des architectessur www.lemoniteur.fr/bordeaux

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Tribunes Des gradins au plus près du terrain

Trois éléments forment l’essentiel d’un stade : les tribunes, la coursive et le toit. Disposées au plus près d’une pelouse semée pour la première fois sur un substrat synthétique, les tribunes sont desservies par 64 escaliers qui permettent d’évacuer le public en seulement huit minutes. La volée basse de gradins, en pente douce, grimpe jusqu’à une quinzaine de mètres, alors que la volée haute, en pente raide, atteint les 30 m. La visibilité est optimale, quelle que soit la place. Avant, pendant ou après le match, les spectateurs peuvent déambuler à l’arrière des tribunes, le long d’une coursive qui donne sur le terrain d’un côté et sur le paysage de l’autre. Ils peuvent s’y restaurer, acheter un maillot de leur équipe ou participer à des animations. A la fois protection contre les intempéries et dispositif acoustique, le toit est quasi opaque sauf dans son périmètre intérieur qui laisse passer la lumière naturelle. Seuls deux écrans géants et les projecteurs dépassent de sa sous-face plane en tôle perforée. Ainsi, lors des rencontres sportives (football, rugby) et des concerts, le regard du public se focalise sur le cœur de l’arène. Après l’architecture à grand spectacle des stades de Munich en 2005 et de Pékin en 2008, Herzog et de Meuron optent ici pour une architecture qui « concentre l’attention sur le spectacle ».

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Aménagement Un stade situé dans un territoire en mutation

Le choix d’implanter le nouveau stade au nord de Bordeaux, au cœur d’une zone en mutation, est stratégique. Il faisait partie d’un consensus entre la Ville et la communauté urbaine, alors dirigées par deux majorités différentes, en contrepartie de la construction future, à Floirac, d’une grande salle de spectacles (Rudy Ricciotti, Lagardère et DV Construction). Mais surtout, il découle du prolongement du tramway vers un territoire conquis, durant des décennies, sur les terrains inondables. Sur ce quadrant nord du Lac, se concentrent, en moins d’un kilomètre carré, quartiers en rénovation Grand Parc et Aubiers, écoquartier Ginko, espace commercial Immochan, palais des congrès, parc des expositions, vélodrome et désormais stade. Lancé par Jacques Chaban-Delmas dans les années 1960, le quartier du Lac aura mis plus de 50 ans à se forger une identité urbaine. Mais il reste encore très marqué par les emprises peu amènes des infrastructures routières et des zones commerciales, au milieu d’une nature très présente en bord de Garonne. L’implantation du nouveau stade est aussi destinée à rapprocher la ville de ses périphéries naturelles, aux portes du Médoc.

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Personne publique : Ville de Bordeaux. Maîtrise d’ouvrage : Stade Bordeaux Atlantique. Maîtrise d’œuvre : Herzog et de Meuron, architecte de conception ; Groupe-6, architecte d’exécution ; Michel Desvigne, paysagiste ; Franck Tallon, signalétique ; Mazet & Associés, économiste. BET : Structures (béton), Jaillet-Rouby (charpente métallique), Egis Bâtiments Sud-Ouest (fluides), IdB Acoustique (acoustique), Agence ON (éclairage), ATE (pelouse), Ingérop (VRD). Groupement de constructeurs : Vinci Construction, Fayat. Surface : 52 782 m². Coût total : 183 millions d’euros HT.

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