[TO] Urbanisme et aménagement

Les friches militaires rentrent dans le rang

Mots clés : Architecte - Architecture - Conservation du patrimoine - Droit de l'urbanisme - Gestion et opérations immobilières - Rénovation d'ouvrage - Rénovation urbaine - Sécurité publique

Pour vendre plus facilement son patrimoine foncier et immobilier désaffecté, l’armée lance des études de reconversion qui visent à le valoriser. Principaux acquéreurs, les villes entendent faire tomber les murs des casernes pour de vrais projets urbains.

Le ministère de la Défense possède aujourd’hui 260 000 hectares de terrains, dont 100 000 de camps d’entraînement. 12 % seulement de ces surfaces sont bâties. La direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (DMPA), à la fois coordinateur de la politique foncière et notaire du ministère de la Défense, fournira courant mars un classement en trois catégories de ses biens : à vendre, à garder, à déterminer. Le premier groupe se compose de nombreuses emprises difficiles à reconvertir, notamment en raison des coûts de dépollution. Par ailleurs, les sites déjà vendus par la Mission de réalisation des actifs immobiliers (MRAI), où, entre ses mains, ne représentent que la partie émergée de cet immense patrimoine.

70 sites cédés chaque année

Créée en 1987 au sein de la DMPA, la MRAI s’est spécialisée dans la négociation et la valorisation de friches militaires. Elle contribue chaque année à la cession d’environ 70 sites, principalement aux collectivités locales, pour un produit de 45 millions d’euros. Il lui en reste 400 à caser, mais de nouveaux sites entrent chaque année dans son portefeuille. La décision de supprimer un régiment et d’aliéner un terrain militaire arrive souvent sans que les décideurs locaux aient eu le temps de s’en préoccuper. C’est pourquoi la MRAI a mis en place une stratégie pour faire rapidement émerger un projet de reconversion. C’est à partir de ce dernier que les domaines estiment le prix du terrain. Ce qui permet d’éviter la cession pour l’euro symbolique souvent revendiquée par certains élus.

La méthode consiste à confier à un urbaniste une étude de reconversion discutée par un comité de pilotage créé ad hoc, réunissant préfet, ville, région, département, principaux acteurs intéressés par le projet, et administrations. Un architecte urbaniste, Dominique Michel, a rejoint depuis deux ans les négociateurs de la MRAI pour chapeauter ce type d’études. La dynamique qui s’en dégage, traduite dans un scénario d’aménagement, aboutit souvent à des opérations ambitieuses que s’approprient les villes, à l’exemple de Montélimar (caserne Saint-Martin) et de Grenoble (caserne de Bonne) très récemment (« Le Moniteur » du 21 novembre 2003, p.37, et du 28 novembre 2003, p.60).

Dans ces agglomérations au marché immobilier actif, aux besoins de développement bien évalués, une friche militaire relève de l’aubaine foncière et les murs des casernes tombent pour laisser entrer rues et habitants. Au contraire, l’absence de ressorts économiques, cumulée aux positions molles de décideurs, peut déboucher sur un programme qui vise avant tout l’occupation du terrain, au détriment d’un projet urbain cohérent et économiquement fiable.

D’autres friches tardent particulièrement à trouver une vocation : l’établissement de la Marine de Colombes devait abriter un musée des transports qui n’a toujours pas de maître d’ouvrage déclaré, le parc des essences de La Courneuve, voué un temps à l’accueil de l’exposition universelle, attend une nouvelle opportunité.

Ouverture sur la ville

Une reconversion peut également se compliquer quand un acteur public convoite les bâtiments bientôt libérés, à la désapprobation de la municipalité. Pour éviter que les terrains de la caserne Vauban ne se transforment en cité administrative (voir pages précédentes), la municipalité de Besançon a réagi tôt en contactant la MRAI : « Nous ne voulions pas passer d’une enclave militaire à une enclave administrative, mais créer un vrai quartier », confie Michel Loyat, adjoint à l’urbanisme. De fait, l’étude urbaine confiée par la MRAI à Pablo Katz de l’Agence GKP (Paris) a proposé une solution où Etat et ville trouvent leur compte, sans gaspillage foncier.

En revanche, à Haguenau, le conflit n’est pas désamorcé. A proximité du centre, la caserne Thurot oppose la ville et la direction de la gendarmerie nationale. Cette dernière souhaite rapidement occuper 25 % des 10 hectares du site, dont quelques bâtiments existants, pour installer un centre de maintenance pour ses véhicules, un centre de formation et des logements. Elle entend clôturer son domaine et mener son aménagement selon ses propres méthodes.

Fin d’une exception

Pour le maire de Haguenau, Pierre Strasser, « la position de la gendarmerie nationale dénie toute préoccupation urbaine. Nous avons manifesté notre intérêt pour le reste du terrain, et pour un projet urbain global, cohérent et ouvert sur le quartier ». Pour l’heure, le programme de la ville pour le quartier manque de consistance. La MRAI tente de calmer le jeu et de concilier son intérêt d’aboutir à un projet urbain valorisable financièrement et la prise en compte des besoins de la gendarmerie. L’agence TOA Architectes de Strasbourg et ses partenaires, paysagiste et programmiste, devraient prochainement soumettre une nouvelle proposition à la gendarmerie nationale.

Jusqu’à présent, les emprises militaires apparaissaient en blanc dans les documents d’urbanisme, et l’armée y agissait à sa guise, ce qui explique la difficulté à se conformer au droit commun. Mais, désormais, même les terrains de manoeuvre apparaissent dans les plans locaux d’urbanisme, certains, au déplaisir et à la surprise des militaires, ont même été intégrés dans le réseau européen Natura 2000 de préservation de la biodiversité. Le domaine public n’implique pas l’extraterritorialité et les commandements militaires qui l’ont compris se manifestent désormais lors de l’élaboration des SCOT et des PLU.

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BESANCON L'étude urbaine désamorce le conflit latent entre ville et Etat

Pablo Katz, de l’agence GKP architecture (Paris), va prochainement proposer en comité de pilotage deux scénarios d’aménagement pour la reconversion de la Caserne Vauban à Besançon (117 700 habitants) dans le Doubs : 7,7 hectares proches de la boucle du Doubs et de la gare TGV. Le 19e régiment de génie doit quitter la caserne en 2004-2006, voire en 2009-2010. L’Etat pensait récupérer les bâtiments dispersés pour y installer une cité administrative. « Nous avons manifesté notre désaccord avec ce projet monofonctionnel et notre souhait d’une reconversion qui réintègre le tissu urbain », explique Michel Loyat, adjoint à l’urbanisme. Le projet de l’Etat présentait de plus le risque, s’il ne se réalisait pas, de bloquer inutilement la reconversion de cette enclave.

Suite à ce litige, deux études ont été lancées. La première menée par un programmiste et pilotée par la DDE, concerne la faisabilité du pôle administratif, la seconde confiée par la MRAI à Pablo Katz définit un projet urbain. L’architecte raconte : « Il fallait rapidement dégonfler le conflit sous-jacent, en démontrant au préfet le peu d’intérêt d’une solution qui demandait d’acheter 7,7 hectares pour occuper des bâtiments non fonctionnels, alors que la construction de bâtiments administratifs ne consommerait qu’un hectare et permettrait à la ville de réaliser un quartier d’habitat. » En fait, cerise sur le gâteau, le projet de l’Etat apportera au quartier de la mixité.

PHOTO + PLANS :

1 et 4. Proche de la gare TGV et du Doubs, la caserne Vauban se situe à 1km du centre-ville près du quartier Battant, secteur sauvegardé. 2. Les deux scénarios de reconversion diffèrent par la densité du bâti, la répartition entre logements locatifs et individuels groupés, et par la conservation ou non des bâtiments. 3. L’Etat voulait garder les édifices tels quels pour une cité administrative : 35 bâtiments dans 7,7 hectares.

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EPERNAY Le génie fait place au champagne

A Epernay (25 840 habitants) dans la Marne, l’annonce du départ de 900 militaires a été confirmée en septembre 2001. Préoccupés par l’impact sur l’économie locale, les élus tentent alors de l’empêcher. Début 2002, ils comprennent qu’il faut penser à la reconversion des casernes Rolland et Marguerite, 14 hectares situés sur Pierry et Epernay, désormais pris en mains par la communauté de communes Epernay-Pays de Champagne. Dans une agglomération où toute l’économie tient au champagne, et faute d’autres créneaux de développement, le comité de pilotage s’accorde sur la création d’un site qui lui sera dédié. Un parc d’exposition de 10 hectares accueillera donc foires et salons liés à la production de ce vin et, à l’occasion, des manifestations culturelles.

A partir de là et des contraintes imposées par le programmiste du parc d’exposition, l’agence Quatr’a de Lille a tenté de construire un morceau de ville en entrée d’agglomération, avec logements, bureaux, hôtels autour d’une place d’armes transformée en jardin public. Avec ce projet, Xavier Bouffart a sensibilisé les élus et techniciens à la nécessité de préserver de l’urbanisation les cônes de vision sur le paysage environnant, et le POS révisé en urgence en tient compte. Il regrette pourtant de ne pas avoir disposé du temps nécessaire pour affiner et faire mûrir le projet. La communauté de communes entend pour sa part pleinement s’appuyer sur l’étude de Quatr’a, elle a déjà lancé le concours d’architectes pour le parc des expositions et fait une offre d’achat à la MRAI.

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SAINT-CYR Fin d'un glacis de 27 hectares en coeur de ville

Quand la Défense a manifesté l’intention de construire 500 studettes pour célibataires sur la base aérienne de Saint-Cyr-L’Ecole (14 560 habitants) dans les Yvelines, la ville s’est inquiétée de sa reconversion. Celle-ci semble aujourd’hui bien engagée : la commune n’est pas encore propriétaire, mais compte lancer ce semestre un appel à candidatures pour retenir un aménageur. Elu maire en 2001, Philippe Lavaud espère voir la vente des premières charges foncières pour 2006. En attendant, un juriste planche sur les conditions d’un retour à profit pour la ville et le financement des équipements et espaces publics. L’ancienne base aérienne compte 27 hectares, c’est-à-dire 5 % du territoire communal, formant un glacis constitué d’entrepôts et de friches. Elle jouxte les bâtiments du lycée militaire reconstruits après-guerre sur le modèle et à l’emplacement de l’école de madame de Maintenon devenue, sous Napoléon, école militaire.

Bien qu’il s’agisse de reconstruction, une partie du site a été classée et l’autre inscrite à l’Inventaire des monuments historiques. L’architecte à l’origine du classement fait référence à l’intérêt de préserver trois perspectives partant de l’école, vers la plaine de Versailles (voir plan ci-dessus). Francis Audoin, architecte (Versailles) va s’inspirer de cette référence pour le projet de reconversion que lui a confié la MRAI. Il contacte la direction régionale des affaires culturelles et le service départemental de l’architecture et du patrimoine pour définir un parti d’aménagement restituant les perspectives. « Nous sommes dans l’axe du parcours emprunté pour aller du château de Versailles à Saint-Cyr. Il y a des atouts extraordinaires à mettre en valeur », estime l’architecte. Au bout de la perspective centrale et empiétant sur l’aérodrome, un parc d’activités devrait s’ériger dans quelques années, mais la vitrine du quartier sera constituée par les logements en accession autour du parc du lycée. Reste à négocier avec l’armée l’ouverture

de ce jardin au public…

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