Actualité

Les Français sur le plus grand chantier d’Europe

Mots clés : Entreprise du BTP - Produits et matériaux - Second oeuvre

-Berlin, qui redeviendra capitale de l’Allemagne en 1999, compte aujourd’hui 4,5 millions d’habitants. -Un marché énorme, exigeant rapidité et souplesse. -L’occasion de souligner le bon niveau des technologies françaises.

-« Dans les Länder de l’ancienne Allemagne de l’Est, le BTP a largement bénéficié de l’aventure de la réunification, rapporte Bernard Crozes, conseiller commercial au PEE (poste d’expansion économique) de l’ambassade de France à Berlin. Ils représentent un tiers de l’activité allemande du BTP, alors qu’ils ne contribuent qu’à 11 % du produit intérieur brut national ! »

Le renversement de la conjoncture s’est produit en 1995, et si les perspectives après l’an 2000 sont moroses, le nombre de chantiers qui animent la future capitale illustre encore bien cette frénésie : de Potsdamer Platz au Reichstag, du méandre de la Spree à Pariser Platz (devant la porte de Brandenburg), Berlin est hérissée de grues. Placés pour la plupart sur l’ancienne ligne de démarcation, les chantiers visent à redonner une unité à une ville toujours coupée en deux, au moins dans l’esprit de ses habitants, avant l’arrivée des parlementaires et du gouvernement, reportée à la fin de l’année 1999. « Malgré le recentrage des grands groupes allemands sur leur marché domestique, certaines entreprises françaises ont su tirer leur épingle du jeu, explique Robert Böhm, attaché BTP au PEE. Elles interviennent par le biais de rachats des sociétés issues des combinats de l’ex-RDA, ou à travers des « chantiers-commandos ». En effet, la capacité de prise de risque des Français est plus importante que celle des Allemands, ce qui est fondamental pour des marchés de travaux qui démarrent alors que les études ne sont pas terminées ! L’improvisation est une valeur courue par les maîtres d’ouvrages à Berlin ».

Savoir-faire français et prise de risque

Solétanche, par exemple, abandonne peu à peu la logique du « chantier commando », et s’apprête à faire fusionner ses deux filiales Solétanche GmbH et Eurosond GmbH : « Nous souhaitons accrocher le marché de proximité, en prospectant dans l’ex-RDA à partir de Berlin, précise Sylvain Dadure, chef d’antenne. Nos atouts ? un savoir-faire reconnu en Allemagne depuis les années 60, pour les fouilles clé en main, les parois moulées, les fonds étanches et le jet grouting. Nous avons couvert 30% du marché des fonds étanches berlinois de 1990 à 1995 et nous nous plaçons au deuxième rang, en Allemagne, pour le jet grouting.»

De même, Spie Batignolles intervient aujourd’hui par ses filiales Spie Batignolles GmbH et Spezialtief Bau. « Les projets inhérents à la réunification font l’objet d’appels d’offres lancés sur la base d’études préliminaires limitées, estime Henri Berthier, gérant de Spie Batignolles GmbH. Notre réussite est due à notre réactivité face à la demande et à notre souplesse à l’égard de révisions inévitables. Français et Allemands travaillent de concert, même si la mise en adéquation des modes de pensée entre l’est et l’ouest demande et demandera encore beaucoup de temps. » L’entreprise met en oeuvre ses compétences techniques sur deux grands chantiers de TP (voir carte).

Après la déroute de CBC et les doutes pesant sur la rentabilité des Galeries Lafayette de Jean Nouvel, la SGE mène des opérations plus modestes depuis son siège local flambant neuf. Le secteur du bâtiment revient à Campenon Bernard SGE qui a acquis trois PME est-allemandes, et les travaux routiers échoient à VBU, filiale de Cochery-Bourdin-Chaussé. « Le Lindencorso de Friedrichstrasse achevé, nous continuons de réaliser des bureaux, des commerces et des logements, indique Benoît Zilliox, directeur d’exploitation de la SGE. Nos avantages sont dus à un rodage précoce à la crise : les entreprises françaises travaillent plus vite, grâce à une vision moins contractuelle des chantiers. Nous sommes aussi connus pour le système du forfait, couplé à une prise de risques plus importante. »

De nombreux contrats ont donc été décrochés par les majors français, qui les font participer à la renaissance d’une ville de 4,5 millions d’habitants ; sans compter les interventions de PME en sous-traitance, et par conséquent difficilement identifiables. –

ENCADRE

Maintenir le niveau de la nappe phréatique

Marque singulière des chantiers berlinois : une multitude de tuyaux colorés enjambe les rues du centre. Ils servent à réalimenter la nappe phréatique dont le niveau ( – 3 m) baisse à cause des pompages dans les fouilles des différents chantiers. Le Sénat de Berlin impose aux entreprises le renvoi de l’eau dans le sol afin de ménager les racines superficielles des arbres des nombreux parcs de la ville.

ENCADRE

Localisation des chantiers du centre-ville-

-Réalisations : Galeries Lafayette, Lindencorso, quartier 206, studios de Babelsberg, Kudamm-101.

-Chantiers en cours : Potsdamer Platz (Sony, Daimler-Benz, A + T, ABB, Hertie), Reichstag – notre photo – (Parlement et quartiers gouvernementaux : chancellerie, ministères);

pour Spie Batignolles : Spreebogen (liaison nord-sud Berlin 2000 – fouilles et tunnels -, autoroute B96, rail, métro U5 et gare gouvernementale Lehrter Bahnhof), Stadtbahn Sanierung (quatre « RER » et grandes lignes);

pour Soletanche : Bewagtunnel (galerie technique – électricité), Checkpoint-Charlie (bureaux et commerces), quartier 108, siège de ZDF (télévision), Landsberger Allee;

pour SGE : Luisenhof, Rheinlandstrasse, Branitzer Platz, Friedenstrasse, Wohnpark, quartier Karow, Reinhardtstrasse (assainissement et routes), Marzahn (démolition et désamiantage).

-Projets : Pariser Platz (ambassades de France, des Etats-Unis et de Grande-Bretagne), aéroport de Schönefeld, ligne ferroviaire Berlin-Hambourg (sustentation magnétique).

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X