Dossier

Les établissements pénitentiaires en quête d’humanisation

Mots clés : Établissements pénitentiaires et judiciaires

Lieu de privation de liberté, une prison fonctionne comme une microsociété, avec ses quartiers d’hébergement, ses espaces dédiés à l’accueil des détenus, à la formation, au travail et au sport, son centre de soins, ses parloirs pour les visites… Cette hétérogénéité d’usages induit une organisation d’autant plus complexe que s’y greffe un millefeuille de règles et dispositifs très contraignants pour assurer sa sûreté. Et celui-ci n’a fait que s’amplifier depuis les années 1980, finissant par éclipser la place de l’architecture – et le rôle de l’architecte – de ce programme.

Pourtant l’architecture carcérale française compte un ensemble d’édifices qui ont marqué l’histoire, Mazas, la Petite Roquette, Fresnes, la Santé… « Elle naît à la Révolution française, lorsque la peine privative de liberté, fondée sur l’amendement moral, remplace le châtiment corporel, nécessitant, de fait, une véritable politique immobilière pénitentiaire », rappelle l’historienne Caroline Soppelsa.

Dans l’urgence, les premières prisons s’approprient les bâtiments nationaux et les biens confisqués au clergé, dont l’architecture se prête bien à cette reconversion : conciergeries, dépôts de mendicité, tours, abbayes… Deux systèmes d’encellulement importés des États-Unis, correspondant chacun à une philosophie différente, sont adoptés, parfois en les mixant dans un même établissement. Le système dit « auburnien », un encellulement individuel la nuit et un enfermement en commun le jour, se fonde sur un régime axé sur le travail comme valeur moralisatrice. Le détenu n’est pas complètement désocialisé, contrairement au système « pennsylvanien », marqué par un isolement continu de jour comme de nuit. La prison trouve par ailleurs sa forme idéale dans le Panoptique dessiné par Jeremy Bentham en 1791, qui allie la fonction utilitariste de la peine et un modèle de bâtiment, un anneau de cellules autour d’une tour centrale. Dans les faits, ce principe de surveillance sera surtout transposé aux circulations.

Un laboratoire d’innovations

Au XIXe siècle, ce programme constitue aussi un laboratoire d’innovations qu’on ne s’autorise pas encore dans l’habitat collectif, au nombre desquelles le chauffage central, le tout- à-l’égout, l’éclairage au gaz. En cours de restructuration, la maison d’arrêt de la Santé à Paris (p. 62) concentre à sa construction, en 1867, toutes ces avancées techniques. L’encellulement strict qui est institué par la loi de 1875, toujours en vigueur aujourd’hui, voit ses derniers perfectionnements dans les centres pénitenciers de Fresnes et des Baumettes à Marseille, respectivement livrés en 1898 et 1939.

Au fil de l’histoire, le sens que l’on donne à la peine a évolué. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion de Paul Amor, premier directeur de l’Administration pénitentiaire française, une réforme est engagée, axée sur la réinsertion du détenu et l’individualisation de la peine. On reconnaît le droit au travail, à la formation, aux loisirs. Des espaces de vie sociale sont créés. Ces nouvelles orientations se concrétisent entre 1960 et 1980, où onze établissements totalisant 6 500 places environ sortent de terre, dont la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Construite...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 246 du 13/11/2015
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X