Enjeux

Les entreprises réclament un prix du carbone fiable

Pour sécuriser leurs investissements, elles voudraient des mécanismes de prix mondiaux.

Et si les entreprises assumaient enfin leur responsabilité dans le dérèglement climatique ? Le retentissement du sommet international Business & Climate, organisé à Paris en mai, le montre : elles semblent enfin vouloir prendre leur part dans l’action en faveur du climat. Longtemps attentiste, le secteur privé fait maintenant preuve de volontarisme. Il compte bien profiter de la COP21 pour faire entendre sa voix.

« Les entreprises industrielles ont toujours été considérées comme le problème. Ce qu’on veut démontrer aujourd’hui, c’est qu’elles sont la solution », défend Pierre-André de Chalendar, P-DG de Saint-Gobain et président sortant de l’association Entreprises pour l’environnement (EpE). Au-delà du simple engagement sociétal, les entreprises, notamment multinationales, ont surtout intégré le nouveau risque sur leur activité que représente le dérèglement climatique. Leur inaction pourrait coûter à la production annuelle mondiale un total de 28 000 milliards de dollars d’ici à 2050.
« La COP21 va offrir aux entreprises une tribune pour porter leurs revendications », analyse Claire Tutenuit, déléguée générale d’EpE. Parmi celles-ci, la principale concerne l’introduction de mécanismes de prix du carbone. Actuellement, il existe des taxes carbone dans 54 pays, 15 provinces ou Etats et 7 villes. En France, elle passe par la contribution climat-énergie, qui sera de 22 euros la tonne en 2016, 56 euros la tonne en 2020 et 100 euros la tonne en 2030. Dans le projet de loi de finances en débat au Parlement, il est prévu de la faire monter à 30,50 euros la tonne dès 2017.

Taxe interne

Or, ce que les grandes entreprises implantées à l’international demandent, c’est un prix du carbone dans chaque région du monde. « Nous attendons un signal fort pendant la COP. C’est indispensable parce que, si l’on me dit que, dans dix ans, le carbone coûtera 100 euros la tonne, je ne vais pas réaliser mes investissements industriels ainsi qu’en recherche et développement de la même manière », explique le patron de Saint-Gobain. Une position également défendue par Jean-Pascal Tricoire, P-DG de Schneider Electric et président de l’association Global Compact France, qui estime qu’un prix du carbone permet d’intégrer le coût réel des investissements réalisés par les entreprises pour lutter contre le réchauffement climatique.

« Il n’y aura pas de décision lors de la COP, anticipe Claire Tutenuit. Mais les entreprises peuvent peser pour faire en sorte que l’accord signé à Paris encourage l’introduction de mécanismes de prix du carbone. » En attendant, certains industriels et acteurs du BTP comme Altarea Cogedim, Gecina, Bouygues, Saint-Gobain, EDF et Engie ont pris les devants en s’imposant une taxe carbone interne, dont le prix reste la plupart du temps confidentiel. Legrand, Icade, Schneider Electric, Lafarge et Nexity ont récemment déclaré projeter de mettre en place un prix du carbone interne dans les deux ans.

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