Architecture Technique Façades

Les élévations végétalisées à l’épreuve du temps

Mots clés : Aménagement paysager

Trois procédés de jardins verticaux sont mis en œuvre par les façadiers et les paysagistes.

Apparus au début des années 2000, les jardins verticaux sont une catégorie de bardage particulière. Pour rester en bonne santé, cette peau plantée réclame un savoir-faire en conception, montage et entretien.

Côté mise en œuvre, il n’existe pas de règles précises. Certaines entreprises appliquent le DTU 55.2, dédié aux parements de façades attachés en pierre mince, en attendant que l’Association française des toitures et façades végétales (Adivet) produise un document spécifique. L’Union nationale des 28 600 entreprises du paysage (Unep) publie en ce mois de mars 2016 un recueil des règles professionnelles de « conception, réalisation et entretien des solutions de végétalisation de façades ». Il fait suite au très utile « Guide des bonnes pratiques des enveloppes végétalisées », édité avec l’association Le Vivant et la Ville en 2014.
Côté durabilité, le support subit de nombreuses agressions : il se corrode et s’abîme à cause des racines des plantes et de l’arrosage enrichi d’engrais et de pesticides. Sa durée de vie sera donc limitée, généralement entre vingt et trente ans.
Techniquement, ces « dispositifs constitués de plantes pérennes enracinées sur un support assurant l’alimentation en eau et en nutriments » présentent de nombreux atouts. Les plantes retiennent les poussières, piègent le CO2 et libèrent de l’oxygène. Les plans locaux d’urbanisme (PLU) des grandes villes (comme Paris, Lyon ou Brest) ne s’y sont pas trompés, intégrant un coefficient de végétalisation sur les bâtiments. Le jardin vertical est aussi un bon isolant phonique et un régulateur thermique amortissant les variations de température et d’humidité. Il protège du rayonnement solaire direct et réduit la température d’une paroi sud de 10 à 15 °C. Enfin, il résiste au feu (classe M1) et aux ondes sismiques. Naturellement antigraffiti, il est recyclable et peut traiter des eaux grises.

Trois procédés.

Trois techniques sont généralement pratiquées : le montage sur feutre, l’empilement de gabions ou de caissettes, l’agencement de bacs supports. La première a été inventée et brevetée dès 1988 par Patrick Blanc, botaniste et chercheur au CNRS. Elle réclame un savoir-faire de façadier pour réaliser des tableaux de grande surface. Le procédé est peu épais : des équerres métalliques sont fixées sur le bâti pour ménager une lame d’air (5 à 8 cm) avec le mur. Elles portent des plaques étanches et jointives de PVC expansé de 10 mm d’épaisseur, sur lesquelles sont agrafées deux ou trois couches de feutre polyamide à fort pouvoir de diffusion et de rétention d’eau. Sur ce feutre, des poches (10 à 20 par m²) de 10 à 20 cm de profondeur sont cousues pour abriter les racines des plantes.

La technique par gabion ou caissette, inventée par l’architecte Jean-François Daures, réclame moins de technicité. Citéflor, Greenwall System, Le Prieuré, Les Jardins de Babylone, PNG, Soprema ou Tracer en sont les spécialistes. Elle consiste à empiler sur un porteur, via des équerres ou des rails pour maintenir une lame d’air arrière, des parallélépipèdes rectangles de 50 à 100 cm de longueur, 40 à 100 de largeur et 10 à 16 cm d’épaisseur. Ils sont composés d’un fil métallique enfermant un substrat ouvert (sphaigne, polyester) ou une enveloppe fermée (feutre ou polyester) remplie de terreau allégé. Un film arrière étanche assure une protection côté mur. Les végétaux sont cultivés en caissette avant la pose, ou plantés dans les gabions après montage. C’est à partir de cette technique que les Jardins Ile-de-France viennent d’innover avec Verticale, un nouveau procédé autoportant d’élévation végétalisée, à base de tubes adaptables à l’infini.
Plus résistant, le troisième système met en œuvre des modules rigides, jardinières ou bacs en plastique étanches. C’est ce que proposent le français Novintiss avec Vertiss et le portugais Modulogreen. Le substrat est de la terre ou du terreau allégé, qui devra être périodiquement changé à cause du tassement. Le procédé intègre un réseau de répartition pour l’arrosage et peut couvrir des façades entières. Sa conception, qui reprend celle des jardinières classiques, réclame un entretien plus connu des paysagistes.

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10 000 m² de murs végétaux réalisés par an.
1988 Première technique brevetée par Patrick Blanc.
250 à 1 000 €/m² coût réalisation.

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« Un complément architectural pour verdir des zones difficiles »

« Un jardin vertical est un mur vivant. Il ne fonctionne pas de la même façon au nord ou au sud, en altitude, en bord de mer ou en ville. C’est une réponse pour les lieux nécessitant une haute amélioration de la qualité de vie environnementale, mais aussi pour isoler phoniquement ou résoudre des problèmes liés aux îlots de chaleur. Il complète l’architecture ou requalifie des zones difficiles. Dans l’habitat social, les espaces verts traditionnels – hors-sol ou partagés – peuvent être remplacés en vertical en exploitant les espaces résiduaires ou interbalcons, par exemple, avec des colonnes végétales isolées ou des façades décorées. La plupart occupent une surface de 10 à 50 m², et cela reste un micromarché évalué à 8 000 m² par an en 2012. »

Xavier Laureau, président de l’association Le Vivant et la Ville

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Gabion - La végétalisation comme isolant acoustique

Le jardin vertical est un moyen d’isoler du bruit. C’est à cette fin qu’en 2012, la cour de récréation de l’école Germaine‑Tillion, à Lyon, située au bord d’une voie ferrée, a été habillée. « L’effet de non-réverbération phonique est attesté par le Centre scientifique et technique du bâtiment (classe A4), qui a mesuré une absorption de18 dBA », confirme Arne Mehdorn, directeur de Greenwall Systems.
En six semaines, l’entreprise y a assemblé 314 m² de gabions « Greenbox ». Ces caissons de 50 x 40 x 12 cm, en treillis de fils d’acier galvanisé remplis de sphaigne, sont posés de bas en haut, suspendus par des crochets sur un treillis horizontal en fil d’Inox, lui-même fixé sur des cornières verticales chevillées au mur. Chaque élément peut être posé, déplacé et remplacé indépendamment des autres. Le réseau de goutteurs est inséré, au fur et à mesure de l’installation, au-dessus de chaque gabion.
Un tel ouvrage coûte de 600 à 800 €/m², arrosage, substrat et plantations inclus. Exception rare : ce sont les équipes de la direction des espaces verts de la Ville qui en assurent l’entretien, en prenant souvent conseil auprès de Greenwall Systems.

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Bacs supports - Un bardage fleuri face aux embruns

201 Forest Avenue est un espace ludique touristique privé en front de mer, édifié en 2010 sur 2 500 m², à Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée). Id Verde Atlantique Sud a installé un bardage végétal vertical de 200 m² entourant le bâtiment sur 8 m de haut, avec le système de modules/bacs Vertiss de Novintiss. Fixés sur les murs extérieurs en béton, des rails Inox servent de support à une structure, aussi en Inox, qui porte les bacs en polypropylène expansé haute densité. La lame d’air de 8 cm protège de l’humidité. Le coût posé est inférieur à 250 €/m².
Plantée à 50 m de la plage, la végétation est exposée aux vents de sable, embruns et tempêtes hivernales. Entretenue par Id Verde Atlantique Sud, l’étanchéité de la structure ne pose pas de problème : même attaquée et montrant des dépôts de rouille, elle résiste bien. La difficulté est plutôt liée au maintien des plantations, du substrat et de l’arrosage. « Le principe du bac facilite le travail, mais il faut mettre au point la formule de substrat et de végétaux adaptée aux embruns et au dessèchement », confirme Tony Micheneau, conducteur de travaux chez Id Verde. Il assure une surveillance tous les quinze jours pour optimiser l’arrosage, et une taille trimestrielle, pour 50 €/m².an.

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Feutre tendu - Un tableau vivant suivi préventivement

Le jardin vertical de Patrick Blanc fait partie de l’image du musée du quai Branly, conçu par l’architecte Jean Nouvel. Depuis quinze ans, ce tableau vivant de 800 m² a pris sa place dans le paysage parisien, et les visiteurs viennent nombreux pour l’admirer. Il est composé de plaques de PVC jointives, recouvertes d’un feutre agrafé servant de substrat. La technique revient de 600 €/m² à 1 000 €/m², selon la complexité de la façade. L’entretien courant (taille, renouvellement des plantes, nettoyage) est aujourd’hui assuré par la société Mugo Paysage, pour un budget annuel de 40 €/m². Le dernier suivi-diagnostic annuel a été effectué par le groupe Sato.
Aujourd’hui, Blandine Sorbe, directrice générale déléguée adjointe du musée du quai Branly, en charge de l’entretien du bâtiment, n’est pas inquiète au sujet de la structure du mur. « A titre préventif, précise-t-elle, et après avoir sollicité l’avis de Patrick Blanc, nous préparons une rénovation complète de la structure, d’ici fin 2016 ou début 2017. » Avec le temps, des plaques de PVC ont bougé, les supports se sont corrodés et le feutre a vieilli. L’opération pourrait consister à déposer l’ensemble de la structure, démonter les plaques de PVC et remplacer les équerres d’accrochage. La technique ayant évolué, il s’agit d’utiliser de nouveaux matériaux – mais toujours selon le même principe de plaques en PVC à joints étanches – avec un système d’accrochage rénové, notamment pour se mettre en conformité avec l’état de l’art et les techniques actuelles mises en œuvre par Patrick Blanc.

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