Architecture Technique Aménagement

Les écoquartiers occupent le terrain

Mots clés : Aménagement paysager

Les projets d’urbanisme vertueux sont désormais légion. Des initiatives plus ou moins poussées mais toujours louables.

Foi de bureau d’études, dans les appels d’offres d’aménagement, « le terme écoquartier apparaît maintenant quasiment systématiquement ». Les collectivités territoriales semblent avoir pris le pli de l’urbanisme vertueux. Il y a sûrement, chez certains maîtres d’ouvrage, une part de greenwashing, cette tendance marketing qui consiste à repeindre les projets en vert. Par ailleurs, si les sujets environnementaux de l’énergie, de l’eau et des déchets sont souvent bien intégrés dans les projets, il y a encore de grands progrès à accomplir sur les autres piliers du développement durable, moins techniques mais plus humains. Enfin, il y a écoquartier et EcoQuartier. N’ont droit aux majuscules que les aménagements adoubés par le ministère du Logement, via notamment son label créé en 2012. Réservé à des projets quasi achevés, il a déjà validé la pertinence de 32 opérations, ce qui représente 40 800 logements réalisés pour une population totale de 101 000 âmes. Et, à ce jour, 85 autres projets sont engagés dans ce processus national.

Mais cela ne préjuge en rien de la réelle valeur des aménagements que le ministère n’a pas eu à examiner. D’autant que certaines communes ne font pas le choix d’une labellisation qui demande apparemment des démarches conséquentes. L’effort général a été, ces dernières années, incontestable et il porte désormais ses fruits. « Récemment encore, on ne citait en exemple que Bedzed au Royaume-Uni ou Fribourg en Allemagne. Désormais on a de véritables références en France », estime-t-on au ministère du Logement. Certains quartiers, comme Fréquel-Fontarabie à Paris (voir ci-contre), reçoivent d’ailleurs nombre de délégations. Le temps où dire « J’aménage un écoquartier » sera un pléonasme n’est peut-être pas si lointain.

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Paris XXe Le faubourg réinventé sur une friche industrielle

Difficile de développer le versant humain d’un projet de nouvel écoquartier quand ses habitants, par la force des choses, n’existent pas. Mais si le secteur Fréquel-Fontarabie n’était, il y a encore quelques années, qu’un terrain vague, son voisinage était, lui, bien réel. Et très motivé. « Le tissu associatif s’est beaucoup mobilisé pour empêcher la densification de cette friche. Quand j’ai été désignée pour son aménagement, la Siemp (Société immobilière d’économie mixte de la Ville de Paris) m’a demandé de ne pas faire de plan-masse mais de rencontrer les associations », raconte l’architecte Eva Samuel.
Cette opération d’un hectare, aujourd’hui quasi achevée, a été inaugurée en juin dernier. Et, en 2013, elle a fait partie de la première salve de labellisation EcoQuartier lancée par le ministère du Logement, une distinction venue souligner la justesse du chantier mené là. Mais avant d’en arriver là, donc, il a fallu « des centaines d’heures de réunions avec les riverains, les élus, les maîtres d’ouvrage… Mais ce furent des heures heureuses. Le projet a été vraiment pionnier, jusque dans cette gouvernance fondée sur un urbanisme négocié », poursuit l’architecte. Car, à Fréquel-Fontarabie, tout a été discuté, parcelle par parcelle : où démolir, où rénover, où construire… Et où ne rien faire du tout pour ménager de l’espace public. « Cette concertation a eu une forte dimension pédagogique », souligne Roland Pellerin, qui a été chef du projet pour la Siemp.

Dépenses énergétiques contrôlées.

Un plan-masse a fini par être dessiné. En partant du caractère composite de ce secteur fait d’anciennes maisons maraîchères ou de bâtiments industriels, il a réinventé un morceau de faubourg parisien, mêlant une centaine de logements, neufs et réhabilités, une crèche et quelques locaux d’activités, au cœur desquels se nichent une petite place et un jardin.
Ecoquartier au sens social, Fréquel-Fontarabie l’est aussi en termes de dépense énergétique. Les bâtiments ont été conçus pour atteindre l’objectif de 50 kWhep/m².an dans le neuf et de 80 kWhep/m².an dans les réhabilitations. Chargé des prescriptions pour le projet, le bureau d’études Terre Eco mène aujourd’hui un suivi de l’exploitation qui permettra prochainement d’analyser les consommations réelles.

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Maîtrise d’ouvrage : Paris Habitat, Siemp et Ville de Paris. Maîtrise d’œuvre : Eva Samuel Architectes et Associés, architecte coordonnateur. BET : Terre Eco (environnement), OGI (VRD). Surface : 1 ha. Calendrier : livraisons de programmes de 2010 à 2015.

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Landes Un ancien quartier de barres se met au vert

L’opération de rénovation urbaine du Peyrouat n’était pas programmée, à l’origine, pour créer le premier écoquartier de Mont-de-Marsan (Landes). Mais cet ex-quartier de barres avait des atouts à faire fructifier. « Il existait déjà un forage de géothermie profonde, qui alimente notamment la base aérienne voisine, explique la maire de la Ville, Geneviève Darrieussecq. Le réseau ne demandait qu’à être étendu. Par ailleurs, le secteur profite de la proximité du parc Lacaze. » Mais, jusqu’ici, le quartier tournait le dos à ce poumon vert. L’un des objectifs de l’agence Denerier Martzolf Pascarel (DMP), en charge de l’urbanisme du Peyrouat et de l’aménagement de ses espaces publics, a donc été de retourner cette situation.

Absorption des eaux de pluie.

« Nous avons créé des accès au parc et avons fait en sorte que la végétation s’infiltre vers le nord », explique l’architecte-urbaniste Maud Martzolf. Cette colonisation verte a un autre avantage. Au Peyrouat, où les barres ont été démolies, le sol était noyé sous un revêtement de béton et donc très imperméable. Dans les nouveaux espaces publics inaugurés en mai dernier, les surfaces minérales ont été réduites au maximum, permettant une meilleure absorption des eaux de pluie tandis que le végétal participe à abaisser le phénomène d’îlots de chaleur urbains. Si la mairie ne cherche pas à engager une procédure de labellisation, l’opération est, à entendre Maud Martzolf, une somme de dispositions de bon sens.

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Maîtrise d’œuvre : Ville de Mont-de-Marsan. Maîtrise d’œuvre : DMP, architectes urbanistes, mandataires ; Atelier Giet, architectes ; Physalis, paysagistes ; Seba SO, BET VRD ; Enerco Conseils, développement durable ; IdB acoustique, acousticien. Périmètre : 17, 5 ha. Calendrier : concours en 2010, espaces publics livrés en avril 2015.

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Ille-et-Vilaine Un bourg réinterprète le lotissement

Premier écolotissement français, « Les Courtils » à Hédé-Bazouges, bourg de 2 000 habitants à une vingtaine de kilomètres au nord de Rennes (Ille-et-Vilaine), compte parmi les 13 opérations labellisées EcoQuartier en 2013. A cette date, ce lotissement de 22 lots libres et 10 logements sociaux est livré depuis plusieurs années. Une 2e tranche lancée en 2010 vient d’être terminée. Cherchant à accueillir des habitants, la commune s’est d’abord associée à un lotisseur en 2001 avant de choisir, en 2002, une équipe de maîtrise d’œuvre plus en phase avec ses exigences écologiques. 0bjectif : mettre en place un modèle singulier d’urbanisme en milieu rural. S’inspirant d’exemples allemands, Bernard Menguy et Georges Le Garzic ont proposé une alternative aux lotissements classiques, uniformes et dévoreurs d’espaces. La forme « en lanière » des parcelles orientées sud/sud-ouest permet un décalage des constructions qui optimise l’apport solaire passif et évite l’effet d’alignement. Enfin, une chaussée à sens unique réduit l’impact des voitures qui stationnent dans des garages groupés en bois, à l’écart des habitations.

Parpaings et PVC interdits.

Avec la commune, les concepteurs ont élaboré un cahier des charges strict pour l’époque : chauffe-eau solaire et récupération des eaux pluviales obligatoires, parpaings et PVC interdits… En revanche, la liberté architecturale est totale. Aujourd’hui, cette grande diversité de formes d’habitat est rendue cohérente grâce à la trame très structurée des espaces publics.

« Les frontières du lotissement ont disparu et cette façon d’habiter essaime dans tout le bourg », se réjouit l’architecte Bernard Menguy. Devenu un modèle d’urbanisme rural, ce lotissement est visité par des professionnels et des élus de toute la France. Le magazine spécialisé « La maison écologique » y a, un temps, installé son siège et, depuis 2009, Hédé-Bazouges organise chaque année un forum sur l’éco-habitat afin d’encourager cette dynamique.

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Maîtrise d’ouvrage : commune de Hédé-Bazouges. Maîtrise d’œuvre : Bernard Menguy et Georges Le Garzic (architectes), Betali Géodica (géomètres, BE VRD), Guy Fayolle (ingénieur paysagiste). Périmètre : 3,5 ha (dont 2,5 ha urbanisés en greffe de bourg). Calendrier : 2002-2008 (deuxième tranche de 13 lots en cours).

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« Mieux prendre en compte les usages »

« L’effort pour développer les écoquartiers a été réel et on peut apprécier leur succès. Néanmoins on touche aux limites du modèle. Ces projets se sont d’abord concentrés sur les questions environnementales, à commencer par la consommation énergétique, et on entend désormais les élargir à d’autres thématiques, notamment sociales. Dans les faits néanmoins, rares sont ceux qui parviennent à avoir cette approche globale. Les habitants ou, quand il n’y en a pas, les riverains de ces quartiers sont trop peu associés. De même, les usages ne sont pas assez pris en compte. Les projets sont souvent dotés d’équipements très technologiques. Or, si les systèmes sont trop complexes, en matière thermique par exemple, les gens n’auront de cesse de les contourner. Il faut inventer des dispositifs plus amicaux, penser les projets davantage à partir des besoins humains. »

Bruno Lhoste, président d’Inddigo, bureau d’études en développement durable.

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