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Les drones, des outils bientôt incontournables

Carrières. Les carriers sont de plus en plus nombreux à avoir recours à des drones pour mesurer leurs stocks. À terme, l’ensemble des possibilités offertes par ces machines promet de révolutionner un secteur qui s’achemine doucement mais sûrement vers le tout-connecté.

On connaissait l’usage des drones dans le domaine militaire ou dans les missions de surveillance. Voici qu’aujourd’hui ces machines volantes s’invitent dans les carrières. Leur mission ? Mesurer les stocks, mettre à jour des cartographies, évaluer la progression des extractions… Le métier de géomètre en carrières vit une révolution. Et cela ne fait que commencer ! « Sur les deux dernières années, des centaines de sociétés spécialisées ont vu le jour, témoigne Benoît Houdry, géomètre expert du cabinet éponyme. Il nous a fallu choisir. Soit nous regardions passer le train, soit nous montions dedans… »

Le drone, plus fiable que l’homme

Redbird, fournisseur de drones civils, fait partie de ces nouveaux acteurs de la collecte de données par les airs et du traitement d’images. En décembre dernier, le premier constructeur mondial d’engins de chantier, Caterpillar, annonçait un accord de commercialisation avec la start-up française pour promouvoir des solutions de collecte et d’analyse d’images à destination de ses distributeurs et de ses clients partout en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. De fait, les géomètres ne sont pas les seuls à voir leur métier bousculé. Chez les exploitants de carrières, le sujet est tabou. Si certains, comme les Carrières du Boulonnais ou Vicat, n’ont pas attendu pour ouvrir leur espace aérien aux drones, d’autres comme Lafarge ou Fulchiron se disent encore en phase de test. « Difficile de ne pas admettre que les drones sont aujourd’hui techniquement fiables, défend Benjamin Bouly, cofondateur de BM Drone, société spécialisée dans la prise de vue aérienne. Ces machines sont non seulement beaucoup plus précises, mais aussi bien plus rapides que l’homme. » Vicat n’a pas été difficile à convaincre. Il fait même partie des précurseurs puisque cela fait cinq ans qu’il a recours à ces engins. Plus précis et plus rapides, les drones offrent aussi plus de sécurité. Car, une fois que leur plan de vol a été programmé, ils sont autonomes, ce qui permet d’éviter les situations à risques pour le géomètre.

Vers des carrières connectées

Plus besoin de monter sur les stocks ou à proximité des fronts, ni d’évoluer au milieu des engins. « Désormais, le géomètre ne se déplace qu’une fois afin de repérer les cibles à programmer, et c’est tout ! » précise Benjamin Bouly. Un monde idéal ? Presque… Il arrive néanmoins que, dans certaines conditions, les machines soient clouées au sol. C’est le cas lorsqu’il pleut ou que le vent se déchaîne. Un drone ne sert pas à grand-chose non plus lorsqu’il s’agit d’établir des relevés sur un terrain caché par les arbres. Les géomètres n’ont pas dit leur dernier mot mais ils doivent s’adapter. Et vite ! « Les drones ne sont qu’un aspect de la révolution en cours. On se dirige vers la carrière connectée », anticipe Benjamin Hugonnet, cofondateur de Redbird.

Des gisements d’améliorations

Des relevés en trois dimensions, interactifs, facilement mis à jour, permettent de dessiner des pistes virtuelles, de simuler des plans de tir… Si Caterpillar s’y intéresse, c’est pour coupler ces informations avec celles envoyées par ses machines. « Ces données sont complémentaires et peuvent se croiser. La télématique va nous apprendre, par exemple, que les tombereaux ralentissent à intervalles réguliers. Les relevés en trois dimensions nous permettront de repérer la portion de la piste qui en est responsable, et de chercher une solution », imagine Grégoire Arranz, directeur général de Sitech France, une filiale de Bergerat Monnoyeur. Les possibilités semblent infinies. Tellement infinies que d’aucuns se mettent même à imaginer que, demain, certains groupes n’auront plus qu’un seul responsable d’exploitation chargé de surveiller, depuis ses écrans d’ordinateur, plusieurs sites de production. « Ces solutions ouvrent des gisements d’améliorations, avance Grégoire Arranz. Quand les temps sont durs, comme aujourd’hui, elles sont efficaces pour réduire les coûts. Quand l’activité bat son plein, elles permettent d’exploiter à fond ses moyens de production. » Dans les deux cas, le carrier est gagnant, ce qui permet à Grégoire Arranz de conclure : « Toutes les carrières vont passer à la gestion connectée. Ce n’est pas une utopie, c’est une évidence. »

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« Un nouveau métier est en train d'apparaître »

Grégoire Arranz, directeur général de Sitech France

« Ces nouvelles technologies sont en train de donner naissance à un nouveau métier. Une personne très qualifiée analysera les données envoyées par les drones, les recoupera avec les informations fournies par les machines, avec les relevés météorologiques, les paramètres de tir, etc. Il en tirera des conclusions pour améliorer la production. Cette personne sera soit interne à l’entreprise, soit externe et agira à la manière d’un consultant. Bergerat Monnoyeur est déjà prêt à proposer ce service. »

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Retour d'expérience - Vicat a franchi le pas

C’est devenu un rituel. Chaque mois, plusieurs sites de Vicat reçoivent la visite d’un drone. Le ballet aérien de ces drôles de machines dure deux heures en moyenne. Deux heures de survol durant lesquelles elles se chargent de photographier les stocks sous toutes les coutures. « Avec un géomètre, il fallait bien compter une journée sur site, plus quatre à cinq jours de traitement, alors que maintenant nous recevons nos relevés topographiques en moins de vingt-quatre heures!» s’enthousiasme Jean-Luc Martin, directeur régional granulats chez Vicat. Le gain de temps est considérable. Ce n’est cependant pas le seul argument qui a encouragé la direction du groupe à franchir le pas. « Avant, les géomètres étaient obligés de monter sur les tas, de s’approcher des bacs à boues et d’évoluer parmi les tombereaux, chargeuses, pelles en activité, avec des problèmes évidents de sécurité », poursuit Jean-Luc Martin. Aujourd’hui, encore, les géomètres se déplacent. Mais une fois seulement. Leur mission: programmer le plan de vol des machines et, donc, repérer les cibles que les drones auront à photographier avec une précision difficile à égaler. Car, là où un géomètre prend un point, un drone, lui, peut en prendre cinquante sur le même endroit! « Ce niveau de précision est loin d’être anecdotique, défend Jean-Luc Martin. Si un stock est sous-estimé, cela passe encore, mais si les volumes sont surestimés, l’incidence surle bilan comptable est beaucoup plus gênante. » Vicat dispose d’une équipe de cinq géomètres intégrés. Ces derniers ont eu du mal à se laisser convaincre.Au moins au début. Aujourd’hui, les drones leur permettent de dégager du temps pour dautres tâches comme lextension de carrières, par exemple. À terme, les drones pourraient même faire partie de leurs outils de travail si le groupe décide comme il y réfléchirait actuellement de faire l’acquisition de plusieurs de ces nouveaux outils dont le prix baisse spectaculairement.

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« L’acquisition de données n’est qu’un aspect »

Benjamin Hugonnet, cofondateur de Redbird

« Nous sommes opérateurs de drones, et cette stricte acquisition de données n’est qu’un aspect de nos missions. Bientôt, les carriers auront eux-mêmes leurs drones et feront facilement leurs propres relevés quand ils le veulent. C’est le traitement de ces données qui va être le point clef. Avec notre plateforme Cardinal, nous récupérons ces données brutes et nous restituons un relevé en trois dimensions sous forme d’un plan interactif très facilement exploitable, sur lequel il est possible de simuler les plans de tir, de déplacer les stocks ou de redessiner les pistes. »

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Retour d'expérience - Passer d'un relevé par an à un par mois

Il y a les cabinets de géomètres qui considèrent que les drones sont en train de tuer le métier, et il y a ceux qui trouvent que le recours à ces machines s’inscrit dans une suite logique. Le cabinet Houdry fait partie de cette seconde catégorie. Cette société d’exercice libéral à responsabilité limitée (Selarl) s’est équipée de deux machines, et il lui arrive même d’en louer lorsqu’il y a des pics d’activité. « Grâce aux drones, certains de mes clients sont passés dun ou deux relevés topographiques par an à un par mois », détaille Benoît Houdry, à la tête du cabinet éponyme. Certes, le métier a évolué mais, pour lui, l’utilisation des drones est loin de remettre en cause l’expertise des géomètres. « Le drone n’est qu’un outil parmi d’autres. Et, si les données récupérées sont impressionnantes, encore faut-il savoir les analyser et les rendre intelligibles. » Une manière de rappeler qu’il ne suffit pas d’acheter un drone pour s’improviser géomètre… Sans compter que l’investissement ne se réduit pas à la seule acquisition des machines. « Lorsque nous nous sommes équipés, nous avons aussi acquis les logiciels et de nouveaux ordinateurs afin de traiter les données. » Ces dernières sont dix à cent fois plus nombreuses qu’avec un relevé GPS classique! «Grâce aux drones, nous livrons des plans en 3D ultraprécis et très réalistes, poursuit Benoît Houdry. C’est une vraie plus-value! » Le cabinet Houdry fait partie de ces agences de géomètre experts qui ont choisi de prendre le train plutôt que de le regarder passer. Qu’on le veuille ou non, les drones existent. Il fallait s’attendre à les voir décoller. Aujourd’hui, ces machines permettent d’embarquer des appareils photos de 300 à 400g, avec une résolution de 24millions de pixels! Pourquoi faudrait-il s’en passer?

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