Autres Construction bois

Les derniers verrous à faire sauter

Mots clés : Bois

La filière bois a déjà remporté des batailles techniques et réglementaires. Reste encore quelques résistances à vaincre pour s’imposer durablement.

«Nous venons de finir l’épreuve de figure imposée. Nous sommes maintenant dans le programme libre. » C’est ainsi que Frédéric Staat, directeur du pôle industries bois construction à l’institut technique FCBA, résume la situation du bois dans la construction. « Sur le plan réglementaire, nous sommes aujourd’hui à égalité avec les autres matériaux », affirme, de son côté, Jean-Marc Desmedt, de la Capeb. Aujourd’hui, 11 % des maisons individuelles et 5 % des logements collectifs construits sont en bois. Pour autant, si le bois veut poursuivre sa progression, il doit encore relever plusieurs défis.

Faire naître des champions.

Tout d’abord, il va falloir s’atteler à résoudre le problème endémique de la trop forte atomisation du tissu d’entreprises. « Quels sont les acteurs qui pourront saisir les gros marchés ? », s’interroge Frédéric Staat. Mieux structurer la filière est l’un des objectifs principaux du comité stratégique de la filière bois (CSF), placé sous la responsabilité de Luc Charmasson (lire ci-dessous). « La banque publique d’investissement s’est s’engagée à créer un fonds bois de 40 millions d’euros, relève-t-il. Cet argent servira, entre autres, à structurer la filière. Il nous faut constituer des groupes plus importants, encourager le regroupement d’entreprises, soutenir des investissements de modernisation… »

Stimuler les circuits courts.

« Le développement du bois comme système constructif se heurte à l’organisation des filières locales », explique Christophe Boucaux, directeur de la maîtrise d’ouvrage et des politiques patrimoniales de l’Union sociale pour l’habitat (USH). Filières locales qui auraient, entre autres vertus, la possibilité de faire du bois un matériau pas plus cher qu’un autre. Marie Schweitzer (lire ci-dessous), architecte à Paris et spécialiste du bois, va plus loin. « Dans les meilleurs des cas, en restant franco-français, un projet bois peut s’autofinancer, explique-t-elle. C’est ce que j’appelle la banque forestière. » Les circuits courts, toutefois, ne résoudront pas tous les problèmes. « Aujourd’hui, les clients veulent du bois qui dure. Or, ce sont les bois exotiques qui vieillissent le mieux », rappelle un chef d’entreprise du secteur qui souhaite rester anonyme.

Redécouvrir les savoir-faire.

Un autre frein au développement de la filière est la méconnaissance technique générale entourant le bois. « A la moindre erreur, le bois pourrit », rappelle Marie Schweitzer. Et qui dit bois pourri, surtout en façade, dit mauvaise image du bois. « C’est un matériau épouvantablement difficile à maîtriser, confirme un menuisier chevronné. Du haut de mes trente ans d’expérience, il m’arrive encore de commettre des erreurs. » « Le bois doit être utilisé intelligemment, ajoute Frédéric Staat. Dans sa mise en œuvre, il faut lui mettre bottes et chapeau, car il n’aime pas l’eau. » La méconnaissance du bois peut aussi avoir pour effet de gêner le bon déroulement des projets. « Certains bureaux de contrôle qui ne connaissent pas le bois nous ennuient encore sur la réglementation anti-incendie », déplore Loïc de Saint-Quentin, secrétaire général du syndicat Afcobois. « Le savoir-faire français dans le bois reviendra, mais cela prendra quelques décennies », pronostique un entrepreneur du secteur.

S’attirer les faveurs du public.

« La meilleure amorce pour dynamiser le marché, ce sera la demande », estime François Lierrmann, architecte à Strasbourg. Et, pour cela, il faudra mieux communiquer auprès du grand public. « Les gens font souvent le lien avec la déforestation de la forêt amazonienne », regrette Jean-Marc Desmedt. Pourtant, comme le remarque Christophe Boucaux, « le bois peut favoriser la transition énergétique, notamment en contribuant à diminuer l’empreinte carbone d’un bâtiment ». Et il a toutes les chances d’être mis à l’honneur lors de la Cop 21, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Paris fin 2015. « C’est un matériau exemplaire en matière d’économie circulaire », rappelle Luc Charmasson.

La construction d’un immeuble de grande hauteur(IGH) en bois, dans le cadre du CSF, est également un moyen de rassurer l’ensemble des acteurs sur le sujet. « Cela représente pour nous l’équivalent de la formule 1 pour un constructeur automobile », illustre Frédéric Staat. Toutefois, rappelle Christophe Boucaux, c’est le facteur coût qui, en dernière analyse, jouera : « Les solutions bois devront correspondre au pouvoir d’achat des ménages. »

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

La charpente en pole position

Si la maison individuelle en bois est médiatisée, le chiffre d’affaires qu’elle génère ne représente que 10 % des 2,16 milliards d’euros du total de l’activité bois. Les travaux de charpente pèsent bien plus, à 42 %.

ENCADRE

L’ossature bois, technique favoritede la filière

L’ossature boisest le système constructifle plus utilisé– et de très loin – dans la construction de maisonsen bois (73 %),et ce quelle quesoit la régionde France.

ENCADRE

« Ce matériau est mal connu en France »

« Je suis inquiète pour l’avenir, car de nombreux clients ne veulent pas entretenir le bois sur leurs façades. Celles-ci vont se griser, et l’impact sur l’image de ce matériau sera négatif. Le problème, c’est qu’il y a très peu de bonnes constructions bois. Ce matériau est mal connu des acteurs de la construction en France. Pourtant, le bois est le premier matériau que l’on devrait enseigner dans les écoles d’architectes. Personnellement, je ne l’utilise que quand je suis sûre que chacun des partenaires, client, entreprise, bureau d’études, détient ce savoir spécifique. »

Marie Schweitzer, architecte (Paris).

ENCADRE

« On peut tout faire avec le bois »

« En décembre dernier, le comité stratégique de la filière bois [CSF] a enfanté d’un contrat signé par les professionnels du secteur et quatre ministères. Ce contrat, qui engage l’Etat, est composé de 33 actions réparties en quatre défis, dont celui de développer l’usage du bois dans la construction. Nous devons parvenir à toucher le moyen de gamme et le bas coût, car le marché est là. Mais aussi développer le marché des solutions mixtes bois-béton, très porteur, notamment les murs-manteaux. Enfin, la construction d’un IGH permettra de montrer que l’on peut tout faire avec le bois. »

Luc Charmasson, vice-président du CSF bois.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X