Enjeux

Les départements new-look

Mots clés : Entreprise du BTP

Acteurs majeurs pour le BTP, les départements subissent, depuis plus d’un an, pas mal de tempêtes : compétences, élections, finances. 2015 sera une année charnière.

Pour retrouver une croissance durable, il faut « de l’investissement, de l’investissement, de l’investissement », dixit Michel Sapin, ministre des Finances, le 2 avril. Au soir des élections départementales, le Premier ministre Manuel Valls annonçait de nouvelles mesures pour l’investissement public et privé. Les derniers chiffres du déficit public ont confirmé que les investissements des collectivités locales avaient chuté de 8 % en 2014. Aujourd’hui, les dépenses d’investissement des départements s’élèvent à 11 milliards d’euros (sur un budget de 71 milliards d’euros). La situation est tendue. Et pourrait s’aggraver.

Selon une étude du cabinet Klopfer, spécialisé en finances locales, presque deux tiers des départements pourraient risquer la mise sous tutelle d’ici deux ou trois ans, principalement en raison de l’explosion des dépenses sociales. « Leur situation va proportionnellement plus se dégrader que pour les autres collectivités, prévoit le consultant Michel Klopfer. Environ 57 départements pourraient se retrouver avec un double déficit de fonctionnement et d’investissement. » Pour les entreprises de BTP, les trois années à venir seront donc « difficiles, sauf si l’Etat prend des mesures en matière d’investissement ». Tout n’est pas si sombre : « Si la croissance revient, l’investissement privé se substituera à l’investissement public », ajoute le consultant. Si les départements ne sont pas sauvés sur le plan financier, ils ont cependant retrouvé la forme sur le plan institutionnel.

Maintien des compétences collèges et routes.

Il y a un an, Manuel Valls voulait les supprimer. Or les départements sont toujours là et ont été confortés. Ils restent un échelon de proximité et un acteur réactif face aux super-régions. La réforme territoriale n’est pas achevée, mais le compromis trouvé à l’issue de la première lecture au Parlement du projet de loi semble bien acquis. Les départements devraient conserver les collèges et les routes, deux secteurs importants pour le BTP, un temps passé dans le giron des régions pendant les débats. « L’hiver 2014 – avec un fort enneigement des routes – a peut-être joué conjoncturellement, se réjouit Claudy Lebreton, président de l’Assemblée des départements de France jusqu’en mai. Et la gestion des collèges par les départements coûte 20 % de moins que celle des lycées par les régions. » « Les départements sont mieux préparés pour gérer ces compétences », acquiesce le président du groupe UMP au Sénat, Bruno Retailleau.

Suite aux élections, les départements devraient, en revanche, connaître un certain flottement, le temps pour les nouveaux élus de prendre leurs marques. Les assemblées départementales ont été renouvelées dans leur intégralité et non plus par moitié comme auparavant. Deux tiers des 4 108 conseillers élus sont des nouveaux entrants. La couleur politique de 28 départements a changé. Et la plupart des nouvelles équipes réalisent des audits de gestion. Pendant ce temps, le BTP attend…

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« Un geste pour l’investissement public »

« 2015 ne sera pas une année blanche en matière d’investissement. Les départements sont de grosses collectivités avec des administrations bien rodées. Les nouvelles équipes voteront des budgets modificatifs cet été. Les élections départementales n’ont pas le même effet de ralentissement que les élections municipales. La prise des départements par la droite aura peut-être un effet : les majorités seront plus naturellement tentées de faire un geste pour l’investissement public. La limite, c’est l’étranglement financier des départements. Trouver une solution pérenne sur le financement du RSA serait une bouffée d’oxygène. »

Claudy Lebreton, président (PS) de l’Assemblée des départements de France

ENCADRE

« Des départements risquent la tutelle »

« Si les règles du jeu ne changent pas, nous courrons à la catastrophe. Les ressources des départements diminuent en raison de la crise ; leurs dépenses, qui sont contra-cycliques notamment avec le financement du RSA (+ 10 % en 2014), s’envolent. C’est l’effet ciseau. Le gouvernement bloque des projets avec une grande brutalité : A831, Notre-Dame-des-Landes, Sivens. D’ici à 2017, la situation financière de certains départements pourrait leur échapper. Ils risquent d’être mis sous tutelle. Ils tailleront dans les dépenses d’investissement, ce qui aggravera la crise. En 2015, avec les élections, c’est au moins six mois de perdu. »

Bruno Retailleau, sénateur (UMP) et président sortant du conseil général de Vendée

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