Enjeux

Les défis 2016 de l’ingénierie publique territoriale

Mots clés : Conception - Etat et collectivités locales - Maîtrise d'ouvrage

Les ingénieurs des collectivités, qui incarnent la maîtrise d’ouvrage locale, sont confrontés à d’importantes réformes.

Une maîtrise d’ouvrage forte demeure une nécessité dans les collectivités locales. Mais l’ingénierie publique territoriale, qui l’incarne, doit faire face cette année à de nombreux défis : réforme territoriale, raréfaction des ressources financières, retrait des services de l’Etat, réforme du statut des ingénieurs des collectivités, révision des règles de la commande publique…

La fusion des régions, la montée en puissance des métropoles et des intercommunalités, les mutualisations conduisent à des réorganisations dans les effectifs. Pour les ingénieurs des collectivités, qui assurent les fonctions d’encadrement dans la filière technique – et parfois de direction administrative de certaines collectivités -, ces mutations se traduisent essentiellement par des départs à la retraite, car beaucoup en ont l’âge. « La maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre reposent aujourd’hui sur un nombre plus réduit de personnes », affirme Patrick Berger, président de l’Association des ingénieurs territoriaux de France (AITF). Par ricochet, la pression liée à la charge de travail augmente sur ceux qui restent.
Or les ingénieurs territoriaux sont parmi les porteurs d’innovation, met en avant l’association. Mais pour innover, il faut déjà être heureux dans son travail, estime-t-elle. Lors des prochaines Rencontres nationales de l’ingénierie publique (les 19 et 20 mai, à Saint-Etienne) qu’elle organise, l’AITF présentera les résultats d’une enquête sur le bonheur au travail et consacrera plusieurs débats au thème de l’innovation dans les territoires, signe des temps… Les bouleversements territoriaux ont un impact déstabilisant sur les ingénieurs car ils génèrent de l’incertitude : dans les grandes régions qui ont fusionné, certains cadres ne savent pas où ils vont aller travailler…

Question d’attractivité

. Le déroulement de carrière des ingénieurs territoriaux est l’autre grand changement intervenu cette année. La réforme de leur statut au sein de la fonction publique – qu’ils appelaient de leurs vœux depuis des années – a enfin été adoptée. Elle assure une meilleure reconnaissance aux ingénieurs les plus gradés dans les collectivités par rapport aux autres fonctionnaires de la filière administrative, mais aussi par rapport aux ingénieurs de l’Etat.
Si elle était une « nécessité » pour l’AITF, cette réforme a également beaucoup déçu. « La réforme aurait pu mettre plus en avant les spécificités techniques », explique Patrick Berger. Certains ingénieurs territoriaux vont rester bloqués dans leur avancement, alors que les ingénieurs de l’Etat sont davantage favorisés. « Cela crée une grande frustration chez nos membres car peu pourront bénéficier de la réforme », craint-il. Le concours de recrutement constitue une autre source de déception : les jurys chargés d’évaluer les candidats comporteront moins de la moitié d’ingénieurs. Même chose pour la formation, dont l’organisation reste peu adaptée. A cela s’ajoute la question de la rémunération, qui reste peu attractive pour des candidats issus du privé ou des jeunes.
La digestion de toutes ces réformes prendra un peu de temps. Mais l’AITF est optimiste. Une fois cette étape franchie, les collectivités auront besoin de se doter d’une ingénierie technique, juridique, financière pour conforter la maîtrise d’ouvrage et maîtriser les dépenses. Leur taille permettra de le faire et d’adapter ces moyens. Cela créera des opportunités

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18 000 ingénieurs territoriaux, tous grades confondus, dans les collectivités.
1 758 euros brut mensuels. C’est la rémunération (hors primes) d’un ingénieur territorial débutant.

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« La commande publique sera plus qualitative »

« Les ingénieurs territoriaux doivent aujourd’hui intervenir sur des territoires étendus, sur plus d’équipements et répondre aux sollicitations plus nombreuses d’élus et de citoyens. Il faut faire aussi bien, voire mieux, avec moins de ressources. La maîtrise d’ouvrage publique va s’en trouver renforcée, car nous allons nous interroger plus fortement sur l’opportunité des projets, mieux les ficeler, dialoguer davantage avec les citoyens pour réellement co-construire. La commande publique sera plus qualitative, plus durable. Nous nous appuierons sur des technologies, comme le BIM, pour mieux planifier et gérer notre patrimoine. »

Patrick Berger, président de l’Association des ingénieurs territoriaux de France (AITF).

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