Territoires Grand Est

Les corridors européens passent chez les voisins

Faut-il s’en réjouir ou le déplorer ? Les trains européens du futur ne feront sans doute que frôler le Grand Est, sans le traverser. Pendant que les projets français s’enlisent dans les gels budgétaires, ceux du Luxembourg et de l’Allemagne limitrophes avancent à bon pas. Au Grand-Duché, la construction d’un nouveau terminal intermodal de 33 hectares sur la zone Eurohub sud de Bettembourg-Dudelange constitue le plus grand chantier de l’année dans le pays : 221 millions d’euros. Il étend le terminus nord de l’autoroute de fret ferroviaire conduisant à Perpignan. Le site connecté au réseau routier international quadruple sa capacité d’ici à mi-2017. A sa proximité, le doublement jusqu’en 2020 de 7 km de voies entre Bettembourg et Luxembourg-ville – 292 millions d’euros d’investissements – « soulagera le flux quotidien de travailleurs frontaliers lorrains dans notre pays [85 000 personnes, NDLR] », ajoute Camille Gira, secrétaire d’Etat aux Infrastructures et au Développement durable du Luxembourg.

La voie d’entrée du Gothard.

Côté allemand, la « Rheintalbahn » (ligne de la vallée du Rhin) Karlsruhe-Bâle a franchi, le 25 mai, l’étape du début de percement de son second plus long tunnel, celui de Rastatt. Le groupement Züblin-Hochtief construit les 4,27 km pour 312 millions d’euros, pour une mise en service en 2022. Coïncidence de calendrier, l’événement a précédé d’une semaine l’inauguration du mégatunnel suisse du Gothard (57 km) dont Karlsruhe-Bâle entend devenir l’incontournable voie d’accès nord, le long du corridor européen de fret entre Rotterdam et Gênes. Pour cela, l’Allemagne investit la bagatelle de 7 milliards d’euros depuis les années 1990 et jusqu’en 2035, sans lésiner sur les surcoûts contre le bruit et pour la protection de l’environnement.

Sur les 182 km de ligne à moderniser ou à créer, 72 sont en chantier ou en service, dont le tunnel principal de 9,4 km du Katzenberg. Les tronçons restant à lancer figurent dans le peloton de tête de la récente révision du Bundesverkehrswegeplan, l’équivalent allemand du Snit (Schéma national des infrastructures de transport). Les prochains lancements de travaux interviendront en 2018-2019 dans la portion sud, avec le lot 9.0 de 200 millions d’euros pour 6 km de ligne. Suivront les 45 km autour de Fribourg-en-Brisgau : planifications à partir de 2017 pour des travaux de 2022 à 2030. Sur la dernière grande portion entre Offenbourg et Fribourg, un premier appel d’offres européen de maîtrise d’œuvre sera lancé au printemps prochain.
Les liaisons transfrontalières du Luxembourg seraient encore optimisées par un doublement de ligne entre Rodange et Longwy en Lorraine. Quant à la Rheintalbahn, « seul son prolongement par le tunnel du Wisenberg dans le Jura suisse lui donnera son plein effet européen », plaide le réseau des CCI (chambres de commerce et d’industrie) du Rhin supérieur. Mais ces coûteux projets – près de 2 milliards d’euros pour le Wisenberg – sont reportés aux calendes grecques. La réalité budgétaire finit même par rattraper nos riches voisins.

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