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« Les collectivités ont intérêt à lancer leurs travaux routiers maintenant »

Mots clés : Etat et collectivités locales - Travaux publics

Questions à Jacques Tavernier, président de l’Union des syndicats de l’industrie routière française (Usirf).

Un an après son élection à la présidence de l’Usirf, Jacques Tavernier fait le point sur les préoccupations des entreprises routières, en première ligne de la crise d’investissement des collectivités locales.

Dans quel climat évoluent les entreprises routières?

La situation est catastrophique. Nous subissons les effets cumulés de la crise de financement des collectivités locales, de l’attentisme généralisé lié aux échéances électorales successives et du projet de réforme territoriale. Nous avons perdu 30 % d’activité et 20 000 emplois en cinq ans, et nous devrions finir l’année sur une nouvelle chute de 10 % par rapport à 2014. Le plus inquiétant est que – sauf réaction des pouvoirs publics – le creux de la vague ne sera pas atteint avant 2017.

Existe-t-il néanmoins des perspectives ?

Oui, certains éléments sont positifs. Grâce aux taux d’intérêts modiques et au prix bas du bitume et des produits pétroliers, le pouvoir d’achat « routier » des collectivités locales a augmenté de 30 % en deux ans. Ces dernières ont donc tout intérêt à faire les travaux maintenant, quitte à s’endetter à peu de frais. Certaines l’ont compris, comme la Haute-Saône, l’Isère ou la Charente-Maritime, qui ont engagé des plans de relance qui soutiennent l’activité. Nous attendons aussi avec impatience les appels d’offres du plan de relance autoroutier et du Grand Paris, qui nous donneront du travail.

Y a-t-il d’autres raisons d’espérer ?

Le ministère des Transports a récemment donné un signal positif en décidant de flécher 100 millions d’euros supplémentaires vers l’entretien et la rénovation du réseau routier national, ce qui représente tout de même plus de la moitié des 180 millions d’euros habituellement investis. Par ailleurs, le mécanisme de remboursement anticipé de la TVA pour les collectivités qui investissent a été lancé le 16 juin par la Caisse des dépôts. C’est une bonne chose, d’autant que le mode d’emploi semble simple. Enfin, la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, a évoqué un possible retour de l’écotaxe dans certaines régions… La raison devrait finir par l’emporter, car les infrastructures ont plus que jamais besoin de financements pérennes.

Mais l’entretien routier est bien souvent devenu, hélas, une variable d’ajustement…

C’est ce contre quoi nous nous battons ! Il ne faudrait pas que nos routes subissent le même sort que le réseau ferroviaire : à force d’avoir reporté les opérations d’entretien, le gestionnaire doit aujourd’hui dépenser des milliards pour le remettre à niveau. Le problème est que nous n’avons actuellement aucun moyen objectif de connaître l’état structurel de nos routes.

Comment est-ce possible ?

Il n’existe tout simplement pas, en France, d’indicateurs publics de la qualité du réseau. Ou, plus exactement, les gestionnaires de réseaux (Etat, départements…) en possèdent, mais n’en divulguent pas les résultats. Cette situation n’est pas saine, aussi nous leur demandons de manière très officielle de les rendre publics. Nous militons aussi pour la création d’un observatoire national, qui permettrait de faire un état des lieux objectif de l’état du patrimoine et d’en suivre l’évolution au cours du temps. Mais une chose est sûre : les dégradations de chaussées sont globalement très nombreuses et fréquentes, et nos routes sont dans un moins bon état que nos décideurs publics veulent bien l’admettre. La France, qui était jusqu’il y a quelques années reconnue comme la première nation mondiale en termes de qualité de ses routes, est désormais à la cinquième place du classement… et la rétrogradation est très rapide !

Portfolio et vidéosur www.lemoniteur.fr/tavernier www.lemoniteur.fr/tavernier

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