Enjeux SPÉCIAL MARCHÉS PUBLICS

Les collectivités misent sur les acheteurs issus du privé

Mots clés : Etat et collectivités locales

Sourcing, négociation, analyse économique… Les compétences acquises grâce à une première expérience en entreprise sont plébiscitées.

Les professionnels rompus aux pratiques de l’achat privé sont de plus en plus nombreux à rejoindre le secteur public. « Les collectivités locales, confrontées à des recettes en diminution et à des dépenses nouvelles liées à la descente de compétences de l’Etat vers les régions, sont contraintes d’introduire une culture du résultat et de la performance globale », analyse Fabrice Picardi, qui a intégré en janvier dernier le conseil régional du Centre-Val de Loire en tant que directeur des achats et des services juridiques, après une première partie de carrière en entreprise.

Ces nouveaux acheteurs publics arrivent avec, dans leurs bagages, une panoplie d’outils pour négocier, ou encore pour effectuer le sourcing des fournisseurs (lire p.10). « A l’origine, le métier n’existait pas dans la fonction publique », rappelle Denis Galliano, directeur de la commande publique de la Ville de Lyon. La collectivité s’est dotée, dès le début des années 2000, d’une direction « achats » constituée en grande partie de personnel issu du secteur privé. En matière d’organisation, chaque entité publique retient la solution la mieux adaptée à son cas. Le conseil départemental des Hauts-de-Seine, a par exemple, opté pour la fusion des fonctions d’acheteur et de juriste (lire encadré ci-dessous) .

La Ville de Lyon, elle, a fait le choix inverse. Une direction de la commande publique, créée en 2011, regroupe ainsi deux services dévolus respectivement aux marchés publics et aux achats. « Les acheteurs peuvent, de la sorte, mener leur réflexion jusqu’au bout, sans se censurer par la prise en compte d’aspects réglementaires, quitte à atteindre la limite de la légalité », confie Denis Galliano. A charge pour la direction des achats d’arbitrer, le cas échéant.

Créativité et innovation. Se familiariser avec les règles de la commande publique n’est, en effet, pas toujours une tâche aisée pour les transfuges du privé. « D’autant qu’à trop vouloir jouer sur la transparence et la pleine concurrence, le législateur a introduit une rigidité, alors que le marché a besoin de souplesse, considère Fabrice Picardi. On y perd également en rapidité. » Le défi, pour l’acheteur, n’en demeure pas moins d’adapter des pratiques de l’entreprise aux processus des marchés publics. « Dans la mesure où il ne s’agit pas de dupliquer ces méthodes, nous devons identifier les outils qui vont apporter le plus de valeur ajoutée. En somme, l’exercice du métier requiert une certaine créativité, afin d’apporter de l’innovation. » De leur côté, les acheteurs trouvent leur compte à plusieurs titres dans la fonction publique. Certes, les rémunérations sont plus basses. « Nous ne proposons pas les mêmes fourchettes que dans le privé », reconnaît Denis Galliano. Ce qui peut parfois représenter un frein au recrutement. Mais après plusieurs années en entreprise, de nombreux professionnels aspirent avant tout à redonner du sens à leur activité. Ce que leur offre la participation à des projets relevant de missions de service public. « Œuvrer pour un service rendu au citoyen change le quotidien, qui s’enrichit également avec la découverte d’une culture de travail différente », s’enthousiasme Fabrice Picardi. Les nouveaux acheteurs publics gagnent aussi, bien souvent, en qualité de vie au travail, et jouissent d’un meilleur équilibre entre les sphères professionnelle et personnelle.

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ENCADRE

« L'acheteur privé apporte une valeur ajoutée à nos techniques de négociation »

« Nous avons créé, en 2014, une direction de la commande publique qui fusionne les services achats et juridique, et ainsi fait le pari de la double compétence. Cela consiste à former nos acheteurs issus du privé aux marchés publics, et à faire monter nos juristes en compétences sur les achats.

Ainsi, dès le début, l’acheteur juriste a en tête les règles à respecter, ce qui garantit la pertinence de l’achat. Un collaborateur ayant fait ses armes dans le privé nous apporte son prisme de vision de l’achat, qui n’est pas seulement un acte juridique mais a un impact sur le tissu économique. Ces professionnels apportent notamment une valeur ajoutée à nos méthodes en matière de techniques de négociation et d’analyse économique de segments d’achats déterminés. »

ENCADRE

« La réglementation est une boîte à outils dans laquelle il faut aller piocher »

« J’ai rejoint la Ville de Lyon en 2016, après quatre ans d’expérience dans le secteur privé.

Intégrer une collectivité m’a apporté des connaissances complémentaires, et permis de découvrir les différentes typologies d’achats publics.

La casquette d’acheteur formé dans le privé m’offre une certaine assise pour me positionner en interne, vis-à-vis des directions opérationnelles, et davantage d’ouverture dans mes préconisations. Il en va de même avec les fournisseurs rencontrés dans le cadre du sourcing : le dialogue s’installe plus aisément. Si la réglementation des marchés publics apparaît, aux yeux des acheteurs privés, comme manquant de flexibilité, elle représente à mon sens une boîte à outils où aller piocher en fonction de nos besoins. Les textes ouvrent de nombreuses possibilités, mais il faut s’en donner les moyens. »

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