Autres Ressources humaines

Les clés pour préserver l’emploi

Mots clés : Management

Les entreprises de construction touchées par la crise actionnent différents leviers pour maintenir leurs effectifs. Avec, en dernier recours, le chômage partiel.

Face à une baisse de leur carnet de commandes, les employeurs de la construction ont tout intérêt à tenter de conserver leurs effectifs. L’enjeu : garder sa main-d’œuvre qualifiée pour être en mesure de rebondir en cas de signe de reprise. Il s’agit de privilégier, dans la mesure du possible, les solutions permettant de maintenir la rémunération des salariés en CDI. La première variable d’ajustement à la crise est l’emploi précaire. Le baromètre Prism’Emploi de mars 2015 pointe à ce titre une chute de l’intérim dans le BTP de 18,6 % sur un an. L’entreprise d’électricité Prunevieille (Seine-Saint-Denis, 150 salariés) a ainsi freiné le recours aux contrats précaires début 2014. « Nous utilisions le dispositif de façon variable, et dans une grande mesure en fin d’année, développe Isabelle Bailly, directeur administratif et financier. Depuis, nous nous contentons d’embaucher de temps à autre un volant de deux ou trois intérimaires. »

Renforcer les compétences des salariés

. L’employeur peut aussi optimiser les heures non travaillées en mobilisant les outils de la formation. L’entreprise Dubrac TP (Seine-Saint-Denis, 300 salariés), spécialisée dans l’entretien et l’aménagement de voiries, a par exemple profité de la période hivernale pour proposer à ses salariés une mise à jour sur la réglementation amiante. « Nous parvenons à conserver un niveau de formation très élevé », témoigne, de son côté, Mohamad Atoui, P-DG de l’entreprise de travaux publics ETPO (Loire-Atlantique, 320 salariés). Signe de temps plus difficiles : le dirigeant ne constate plus d’absences lors des sessions, « quand il n’était pas rare, auparavant, que des salariés retenus pour terminer un chantier manquent la formation ». Mais aménager les plannings en fonction des périodes de creux d’activité n’est pas toujours aisé. « Le montage de modules s’anticipe, notamment l’élaboration du contenu pédagogique, il faut identifier l’organisme de formation et s’assurer de sa disponibilité, nuance Estelle Renaud, responsable des RH de Rabot Dutilleul Construction. Cela ne nous offre pas toujours la réactivité suffisante pour pallier une baisse d’activité. »

Faire jouer la mobilité.

Autre outil : le prêt de main-d’œuvre, qui consiste pour une entreprise à mettre des salariés, dont elle reste l’employeur, à la disposition d’une autre structure utilisatrice pendant une durée déterminée. Certaines coopératives du BTP d’une même région qui exercent la même activité s’efforcent d’y recourir. « Sur le terrain, les entreprises aménagent aussi le temps de travail en fonction des variations d’activité, rapporte Jean-Michel Gillet, secrétaire national travaux publics à la FNCB CFDT. Quand leur taille le permet, elles encouragent aussi la mobilité géographique ou la mobilité “métier“, c’est-à-dire d’une activité à une autre. » Une tendance qui s’est renforcée ces dernières années dans le secteur. Une autre solution consiste à inviter les salariés à prendre leurs jours de repos (congés payés, JRTT…) pendant les creux d’activité. De quoi tenir au moins quelques semaines. Mais quand ces mesures ne suffisent plus, reste la méthode, plus drastique, du chômage partiel, récemment rebaptisé « activité partielle ». Elle compense la perte de revenus occasionnée dans la limite de 1 000 heures par an et par salarié. Les intéressés perçoivent alors 70 % de leur salaire brut et, au minimum, le montant mensuel du Smic net. « Lors de périodes difficiles dans certaines de nos activités, la question d’un éventuel recours au dispositif a pu être soulevée, raconte Stéphanie Madinier, DRH du groupe francilien Balas. Mais il peut, dans certains cas, constituer une solution de facilité. Pour l’éviter, nous préférons ne pas embaucher massivement pour les besoins de certains gros chantiers, afin de garantir la pérennité des emplois. » Pour pallier la sous-activité, Balas envoie en outre ses salariés en formation, et recourt à l’aménagement du temps de travail. « Nous ne sommes néanmoins pas à l’abri : il peut ainsi être intéressant d’avoir l’activité partielle dans sa boîte à outils. »

Inflation du chômage partiel

. De plus en plus d’entreprises sont en effet concernées par ce dispositif. C’est notamment le cas des majors du secteur, qui y recourent dans certaines de leurs agences. « On sent une nette évolution depuis un an, alors que le BTP l’utilisait peu », note Pascal Barbey, secrétaire national bâtiment à la FNCB CFDT. Dans les Pays de la Loire, le nombre d’heures d’activité partielle autorisées dans la construction est ainsi passé de 271 000 au dernier trimestre 2014 à 1 800 000 un an plus tard (+ 564 %). Et le seul département du Rhône a récemment dépassé le million d’heures demandées à ce titre depuis la fin 2014 par les entreprises du BTP. « Mais le bâtiment est beaucoup moins concerné que les travaux publics », reprend Pascal Barbey. Le domaine des infrastructures, en particulier l’industrie routière qui vit sur des cycles courts, est particulièrement touché. Sur l’année 2015, 70 % des entreprises de TP du Nord-Pas-de-Calais avaient déjà obtenu une autorisation d’activité partielle dès le mois de février. « Cela concerne environ 12 % des effectifs globaux de la région, soit 1 900 emplois équivalent temps plein », précise Alain Sur, président de la FRTP. Et près de la moitié de ces entreprises ont activé le dispositif. Jusqu’ici, Mohamad Atoui (ETPO) s’est efforcé de préserver l’emploi dans son entreprise en stoppant les embauches et l’intérim, mais aussi en transférant des équipes d’un secteur à l’autre et d’une agence à l’autre. Mais il commence à songer au chômage partiel. « Si la situation ne s’améliore pas, nous déposerons une demande en mai, pour une mise en œuvre en septembre. Au sein du groupe, certaines filiales ont déjà procédé à des licenciements économiques. » Une « issue dramatique » qu’Alain Sur craint de voir se multiplier dans sa région. « Depuis janvier, 350 salariés du Nord-Pas-de-Calais ont perdu leur emploi dans ces conditions. » Un nombre qui pourrait monter à 1 500 d’ici à la fin de l’année « si la situation sur le volume d’affaires n’évolue pas. La profession tiendra jusqu’à l’été, mais après ? Nous avons besoin de visibilité. »

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Activité partielle, mode d’emploi

L’activité partielle concerne les entreprises confrontées à des difficultés économiques entraînant une réduction de la durée du temps de travail de l’établissement, ou une fermeture temporaire de tout ou partie de ce dernier.
Lorsqu’elle compte jusqu’à 250 salariés, l’entreprise percevra 7,74 euros par heure chômée par salarié, et 7,23 euros au-delà de cet effectif. Elle doit faire l’avance des allocations, qui sont versées chaque mois sur justificatif. Dans le BTP, les allocations d’activité partielle ne sont pas cumulables avec le chômage intempéries, sauf circonstances climatiques exceptionnelles.
Les montants d’indemnisation peuvent être estimés sur le site www.simulateurap.emploi.gouv.fr.
L’employeur doit faire sa demande en ligne (https://activitepartielle.emploi.gouv.fr). A défaut de réponse dans les quinze jours, celle-ci est réputée acceptée. L’entreprise ne doit pas démarrer la procédure sans avoir fait sa demande d’autorisation. En revanche, elle n’a pas à attendre la réponse de l’administration, même si c’est plus prudent.
Il est indispensable de bien anticiper et de mettre en œuvre le dispositif au bon moment afin de ne pas risquer d’être en défaut de paiement des salaires.

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« Réduire le recours à l’intérim de 25 % »

« A la mi-décembre 2014, nous disposions d’un carnet de commandes très faible pour le mois de janvier. Nous avons ainsi déposé une demande d’activité partielle pour six mois. Mais notre carnet de commandes s’est garni au jour le jour. Aussi devrions-nous parvenir à ne pas mettre en œuvre le dispositif d’ici à la fin juin, d’autant que les congés à solder au mois de mai tombent à point nommé. Mais nous manquons de visibilité pour la suite. Nous avons certes réduit notre volant d’intérim, qui était très important, mais seulement de 25 % : nous travaillons sur une activité si variable que nous devons faire preuve de réactivité pour répondre à nos clients. »

Bertrand Fortineau, président de TNS BTP.

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« Miser sur le prêt de main-d’œuvre »

« Nous n’avons mis en œuvre l’activité partielle qu’à une reprise, pour trois chefs de chantier, et pour moins d’un mois. Nous tentons d’utiliser au maximum les compteurs de congés payés et de RTT selon les besoins des chantiers. L’activité de notre agence en Ile-de-France nous permet par ailleurs d’y envoyer certains salariés du Nord en grand déplacement. Nous faisons aussi jouer la mobilité fonctionnelle, qui répond de surcroît à l’évolution des métiers. Nous recourons enfin au prêt de main-d’œuvre au sein du groupe Rabot Dutilleul, ou, de façon ponctuelle, auprès de certains de nos homologues. »

Estelle Renaud, responsable des RH de Rabot Dutilleul Construction.

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