Architecture Technique Aménagement

Les centres-bourgs, des cœurs à reconquérir

Trop longtemps négligé, l’urbanisme des villages bénéficie de projets neufs.

Depuis des décennies, l’urbanisme apparaît comme le privilège exclusif des villes. Et ailleurs ? Ce qui est hors des métropoles ne serait donc que le « reste » de la France. Ces terres négligées semblent toutefois faire l’objet d’une prise de conscience, ne serait-ce que parce qu’« un peu plus de la moitié des Français habitent en “ situation rurale », comme le note l’architecte et urbaniste Frédéric Bonnet au début d’un rapport que lui a commandé Sylvia Pinel, la ministre du Logement, de l’Egalité des territoires et de la Ruralité. Peut-être parce qu’elle-même est issue de ces territoires, la ministre a en effet mis la question de la ruralité à l’ordre du jour, et en particulier le sujet des centres-bourgs. Désormais, un programme national est dédié à leur revitalisation.

Les maux des villages anciens sont nombreux : les logements vieillissants sont difficiles à adapter aux critères de confort actuels. On leur préfère souvent les maisons standardisées de lotissements, tandis que les réorganisations administratives et le développement des zones commerciales de périphérie font disparaître services et magasins. Hormis la désertification des petits centres, sont en jeu les phénomènes de l’étalement urbain, de l’allongement des trajets et de la précarisation des populations. La tendance est si lourde qu’elle sera sûrement longue à inverser. Mais « tout ce qui permettra de faire évoluer les centres-bourgs, et d’y développer une meilleure qualité de vie, est structurant pour l’ensemble du territoire », souligne l’entourage de la ministre.

Volontarisme

. Les acteurs de terrain n’ont pas attendu l’initiative actuelle pour se mobiliser. C’est le cas du Parc naturel régional Livradois-Forez, en Auvergne, avec le programme « Habiter autrement les centres-bourgs » engagé en 2011 ou de l’Etablissement public foncier de Bretagne qui, trois ans seulement après sa création, a lancé en 2012 sa propre expérimentation. Les conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) se montrent également impliqués, comme en atteste le concours d’idées récemment organisé dans l’Aude (voir p. 54). Enfin, des opérations menées ici et là – dont quelques-unes sont présentées dans ce dossier – prouvent le volontarisme de certaines collectivités territoriales.
Quant au programme national piloté par le Commissariat général à l’égalité des territoires, il a été l’occasion d’un appel à manifestation d’intérêt, en 2014, qui a permis d’identifier 54 communes de moins de 10 000 habitants. Doté de 230 millions d’euros sur six ans, il permet notamment d’accompagner techniquement le montage d’initiatives futures. Une nouvelle enveloppe de 300 millions d’euros, gérée cette fois par les préfets de région, doit permettre en 2016 de soutenir des projets supplémentaires. Si Sylvia Pinel se prépare, selon son souhait, à quitter prochainement le gouvernement, le dossier est sur la table.

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Bouzy - Des maisons pour quatre familles

Bouzy (Marne) n’est pas un village en déclin. Sur la Montagne de Reims, la commune de 1 000 habitants vit de la production viticole et s’enorgueillit de produire un vin célèbre, le bouzy rouge. Mais elle doit faire face à un manque de logements. « Notre parc locatif est plein, note la maire Rachel Paillard. Il nous est difficile de répondre aux demandes des jeunes du village et d’accueillir des familles. Nous risquions la fermeture d’une classe de l’école. » En 2015, l’offre locative s’est enrichie grâce à quatre maisons réalisées par l’agence Swan Architectes pour l’office HLM Châlons-en-Champagne Habitat. Ces pavillons ont été construits sur un terre-plein en pelouse de 1 800 m² environ, à la jonction du vieux village et ses chais et d’un lotissement des années 1970. « Avec notre foncier contraint, nous devons tirer parti des dents creuses et des possibilités de densification », estime la maire, qui table également sur de futurs projets. Alors que le PLU est en préparation, l’élue espère pouvoir développer d’autres constructions neuves en libérant des emprises du bourg occupées par du bâti ancien et en menant une « extension mesurée » sur des terrains attenants.

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Maîtrise d’ouvrage : Châlons-en-Champagne Habitat. Maîtrise d’œuvre : Swan (architectes). BET : Ascia Ingénierie (structure) ; Elfimm conseil (fluides et HQE). Surface : 380 m² SP ; jardin public : 1 250 m². Coût : 512 000 € HT (maisons) + 93 000 € HT (jardin public).

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Saint-Aignan de Grand Lieu - La culture, arme anti-désertion

« Espace vie locale » : la mission est affichée en façade. L’équipement livré en 2015 par l’agence d’architecture Berranger-Vincent a été pensé comme un élément indispensable de vitalité, au centre de Saint-Aignan de Grand Lieu (Loire-Atlantique). Ses volumes simples abritent l’école de musique municipale ainsi que des espaces d’activité ou d’exposition dédiés aux quelque 80 structures associatives de la commune. L’ancienne mairie, édifice typique du XIXe siècle, accueille désormais aussi des locaux associatifs, et cet ensemble vient compléter la médiathèque attenante, réalisée par l’architecte Hélène Houpert et inaugurée en 2011. « Quasiment tous les jours et à toute heure, il s’y passe quelque chose. Le site est devenu le passage obligé des habitants », assure le maire Jean-Claude Lemasson. Façon de dire que sa commune a en partie remporté le pari de la lutte contre la désertification. En effet, la proximité de l’aéroport de Nantes-Atlantique interdit la construction de logements dans le bourg. « Du coup, on n’y recense que 7 à 8 % des 3 800 habitants de la commune », note l’élu. Dès les années 1990, la mairie avait donc agi, d’abord en y regroupant divers services puis en faisant, plus récemment, le choix de la culture.

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Maîtrise d’ouvrage : mairie de Saint-Aignan de Grand Lieu. Maîtrise d’œuvre : Berranger-Vincent (architecte) ; Alice Broillard (paysagiste). BET : PLBI (structure) ; Albdo (fluides) ; Acoustibel (acoustique). Surface : 1 292 m² Shon. Coût des travaux : 2,2 M€ HT.

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Chaliers - Une revalorisation en bonne voie

A Chaliers (Cantal), le bourg compte 40 habitants, sur les 200 de la commune. On y trouve la mairie et l’église, mais aucun commerce. La maire, Bernadette Resche, est lucide : « ça n’est pas demain qu’il s’en créera un. » En revanche, avec ses édifices inscrits, le village est charmant et il surplombe le paysage splendide de la vallée de la Truyère. « Au moins peut-on inciter les gens à venir s’y promener », estime l’élue. Alors que des travaux d’assainissement étaient indispensables, la commune, soutenue par le CAUE du Cantal, a entrepris de revoir ses espaces publics. A savoir l’aménagement de l’unique rue du bourg. Désigné sur procédure adaptée, l’architecte Simon Teyssou a redessiné cette voie en la ponctuant de haltes devant la mairie, l’église et le presbytère. « Nous avons organisé trois placettes, assez polyvalentes car l’espace ne doit pas être surdéterminé », explique l’architecte. Ces « micro-lieux » font office de parvis, de points de vue ou de parking… et des locaux pour les poubelles y ont été habilement disposés. Le groupement des CAUE d’Auvergne a récompensé en 2015 cet aménagement sobre et soigné par le prix Valeurs d’exemples, catégorie espaces publics.

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Maîtrise d’ouvrage : commune de Chaliers. Maîtrise d’œuvre : Atelier du Rouget Simon Teyssou et Associés (architecte) ; Claveirole et Coudon (géomètres). Surface : 3 935 m². Coût des travaux : 499 441 € HT. Livraison : octobre 2014.

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Brétignolles-sur-Mer - Un centre vivant, 365 jours par an

Sur la côte vendéenne, la population de Brétignolles-sur-Mer s’élève à 4 500 habitants… et à 45 000 en été. Mais hors saison, quand les plages sont vides, le centre-bourg avait jusqu’alors tendance à baisser le rideau. Au début des années 2000, la mairie a entrepris d’améliorer la qualité de vie à l’année, notamment en installant une offre commerciale permanente. Dans cette commune très étalée, il s’agissait aussi de créer du logement plus central, destiné en particulier à des retraités soucieux de limiter leurs déplacements. Grâce à la relocalisation d’une école et à la démolition de quelques bâtiments, un terrain de 5 900 m² a été libéré en cœur de bourg. L’opération, dont la maîtrise d’œuvre a été confiée à l’architecte Sophie Blanchet, a permis de livrer entre 2012 et 2013 une halle de marché et des commerces, une médiathèque et 18 logements. Dans le même temps, du foncier a été cédé à un supermarché existant pour qu’il puisse s’étendre sans avoir à se délocaliser en périphérie de la commune. En 2014, le projet a été récompensé par le prix Revitalisation de centre-bourg du CAUE de la Vendée.

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Maîtrise d’ouvrage : mairie de Brétignolles-sur-Mer. Maîtrise d’œuvre : Sophie Blanchet (urbaniste et architecte, mandataire) ; Magnum (architecte associé). BET : Ates (structure) ; ITF (fluides) ; A2i Infra (VRD) ; Atmosphère (HQE). Surface : 3 334 m² Shon. Coût chantier : 7,33 M HT.

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« Lopérec rachète les maisons du bourg, une par une »

Jean-Yves Crenn, maire depuis 1983 de ce village du Centre-Finistère.

Comment avez-vous empêché Lopérec de s’éteindre ?

Dans ce bourg autrefois vivant, les commerces et les maisons se vidaient dans les années 1970, tandis que les gens partaient faire construire ailleurs. Ici, les bâtiments étaient en piteux état et beaucoup disaient qu’il fallait les démolir. Mais si ces maisons du XIXe siècle ne sont pas classées, l’ensemble qu’elles forment donne son caractère à Lopérec. Quand je suis devenu maire, la commune a commencé à les racheter, une par une. Elles n’intéressaient personne et n’étaient pas très chères. A ce jour, 18 bâtiments ont été achetés et nous projetons d’en acquérir deux autres, en passant désormais par l’Etablissement public foncier de Bretagne, qui s’est créé depuis.

Que sont devenues ces maisons ?

Nous ne savions pas au préalable ce que nous allions en faire. Nous commencions par les consolider, puis leur choisissions une destination. Au gré des rencontres, j’ai trouvé une coiffeuse, des infirmières et un médecin intéressés pour s’y installer. Pour eux, nous avons retapé les maisons et leur avons octroyé des facilités de loyer. Un restaurant, un nouveau bar ou encore une maison d’édition ont aussi été créés et nous avons donné un terrain à un garagiste. Au départ, nous avions aussi donné des bâtiments à un office HLM pour qu’il y crée des logements mais aujourd’hui ce type de rénovation n’intéresse plus ces organismes.

Quel est le bilan de cette action ?

Le nombre d’habitants est passé de 670 en 1983 à environ 850 aujourd’hui. Le bourg a retrouvé sa vitalité et nous sommes labellisés Commune du patrimoine rural de Bretagne. Et on vient à Lopérec de l’extérieur pour profiter de ses commerces et de ses services.

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