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« Les artisans prêts à affronter la nouvelle économie » Patrick Liébus, président de la Capeb, veut ancrer l’artisanat dans la modernité.

Mots clés : Artisanat

La numérisation croissante de l’économie n’épargne pas le bâtiment. Avec l’arrivée de nouveaux acteurs et leurs plates-formes de mise en relation, c’est un nouveau défi que doivent relever les artisans. La Capeb, qui fête ses soixante-dix ans, entend s’adapter aux bouleversements de l’ubérisation. Son président veut rester connecté.

Depuis la création de la Capeb, en 1946, quels ont été les grands changements pour les artisans du bâtiment ?

En soixante-dix ans, nous avons connu de grandes avancées notamment sociales – pendant longtemps nous n’avons pas eu les mêmes droits qu’un assuré classique – et dans nos approches métiers. Nous avons aussi obtenu la TVA à 5,5 % pour les travaux de rénovation, ce qui nous a permis de sauver une partie de nos entreprises. Cependant, si les progrès ont été indéniables, des mesures sont venues déstabiliser notre fonctionnement : le RSI, les 35 heures, et dans les dernières années, le travail détaché, le compte pénibilité. Et bien sûr, le régime de l’auto-entrepreneur.

La loi Noé d’Emmanuel Macron poussait le régime de l’auto-entrepreneur. N’est-il pas vain d’essayer de contrer ce statut ?

On a une vision raccourcie des choses. On laisse tout le monde s’installer, mais au final, les gens sont précarisés pendant et après leur activité. Ils n’acquièrent pas de droits et, en cas d’insuccès, ils n’ont plus rien. Ce sont donc des mesures d’affichage. Heureusement, des mesures de la loi Sapin ont remis du bon sens : le seuil de chiffre d’affaires permettant de bénéficier du régime des microentreprises ne sera finalement pas triplé et le niveau de qualification minimum pour exercer dans les métiers du bâtiment sera conservé.

Que pensez-vous du projet de loi El Khomri ?

Entre la première version en février et la deuxième mouture en mars, le gouvernement a fait marche arrière. Toutes les mesures bénéfiques aux petites entreprises ont été ôtées : temps de travail, apprentissage. Les artisans sont lésés. Nous ne décolérons pas sur l’article 20 qui change les règles de calcul de la représentativité patronale. Alors que la loi Sapin définissait un critère d’audience basé sur « une entreprise égale une voix », le projet de loi El Khomri revient sur cette mesure en prenant en compte à 80 % le nombre de salariés et à 20 % le nombre d’entreprises adhérentes. Nous demandons donc que ce projet soit supprimé, quitte à déposer un amendement devant le Parlement.

Les plates-formes de mise en relation se développent rapidement. Peuvent-elles transformer l’artisanat ?

Oui. Il ne faut pas négliger cette évolution, d’abord parce qu’à l’heure du tout numérique, elle peut être une réponse aux attentes des clients. Si nous l’ignorons, nous risquons de priver les artisans de nouveaux marchés. Pour autant, les plates-formes mettent l’artisan au service du client, mais sous conditions, avec des règles particulières. Les notations, par exemple, constituent un leurre puisqu’on peut les modifier comme on veut.

Etes-vous préparés à affronter cette nouvelle économie ?

Mieux que préparés, nous y sommes prêts puisque nous testons actuellement dans certains départements Bati-Devis, un modèle de plate-forme de devis en ligne. L’idée est d’apporter à nos adhérents sur leur smartphone des projets, préalablement qualifiés. Concrètement, les demandes de devis déposées par des particuliers sont vérifiées en interne pour estimer le sérieux de la demande, puis sélectionnées selon l’activité et la zone d’intervention de l’artisan et envoyées par SMS ou courriel. Plutôt qu’une notation de la prestation par le client, nous préférons le système de questionnaire de satisfaction. Quant à la rémunération de la plate-forme, pas de commissions prises sur les travaux réalisés, l’artisan achète un nombre de projets qu’il veut recevoir. Les Journées de la construction, qui se tiendront du 13 au 15 avril à Paris, reviendront largement sur ce thème.

Retrouvez l’intégralité sur www.lemoniteur.fr/liebus

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