Enjeux

Les aménageurs privés face aux nouvelles règles du jeu

La multiplication des appels à projets ou à candidatures change profondément la manière de travailler.

Bien que la consultation de l’appel à projets « Inventons la métropole » ne soit lancée qu’à la fin de l’année, « le mercato a déjà commencé et nous éprouvons des difficultés à constituer l’équipe qui y répondra », lance Nicolas Gravit, directeur d’Eiffage Aménagement lors d’un débat organisé durant le 16e Forum des projets urbains à Paris. En cause, selon lui, « le nombre trop élevé d’appels à projets publiés en même temps ». Il faut dire que les collectivités locales s’appuient toujours plus sur l’ingénierie des sociétés privées pour co-concevoir des morceaux de ville. « C’est là où se trouve l’innovation », argue Pascal Gauthier, directeur général de l’EPA Eco-Vallée Plaine du Var, qui vient de lancer un appel à projets sur un macrolot de 70 000 m².

« Les collectivités cherchent l’offre qui leur laissera le plus de marge de manœuvre. » Stéphane Keïta , P-DG de la Scet

« Comportement opportuniste ». Si la puissance publique a davantage recours au privé que par le passé, c’est aussi parce que « les projets d’aménagement deviennent plus complexes, juge Stéphane Keïta, P-DG de la Scet, filiale de la Caisse des dépôts. De fait, les collectivités locales ont relevé leur niveau d’exigences ». Et d’ajouter : « Elles adoptent un comportement opportuniste et cherchent la meilleure offre. Celle qui leur laissera le plus de marge de manœuvre, jusqu’à obtenir des entreprises qu’elles travaillent gratuitement, du moins en partie. Pour les donneurs d’ordre, cela s’apparente à un geste commercial. » Un point de vue contesté par Pascal Gauthier : « Les entreprises sont indemnisées pour les frais engagés lors de la consultation. A ceux qui disent que c’est insuffisant, je leur répondrai que c’est la loi des concours et des consultations publiques, cela a un prix. » Si l’EPA Eco-Vallée Plaine du Var a privilégié l’appel à projets à un appel d’offres classique, c’est pour « éviter que certaines équipes ne soient hors su-jet. Nous allons ainsi organiser des ateliers permettant d’instaurer un dialogue collaboratif ». La posture est intéressante à condition de mettre en place les éléments pour faire émerger les bonnes idées. « Si je veux devenir un porteur d’innovation, je l’assume et j’accepte un budget à risque, estime Fadia Karam, directrice générale d’Espaces Ferroviaires, qui a lancé un appel à opérateurs en juin sur le site Ordener, à Paris, pour créer le premier quartier bas carbone de la capitale. Les aménageurs ne doivent pas aller trop vite afin de laisser le temps aux équipes de dérouler leur projet. » Si la puissance publique change sa façon de travailler, le privé n’est pas en reste. « Nous assistons à “ l’archipellisation ” des expertises qui pousse l’opérateur à s’entourer pour répondre à un marché », décrypte Stéphane Keïta. Tout en cherchant les connaissances en externe, les sociétés s’organisent en interne. « Nous avons créé un plateau dédié aux grands projets urbains transverses pour permettre à toutes les équipes d’analyser les appels d’offres et de monter des partenariats adaptés, y compris avec des concurrents », indique Frédérique Monjanel, directeur du développement immobilier de Vinci Construction France (Adim). La société a aussi créé un « lab » interne, constitué dans le cadre d’une démarche de design thinking , pour recueillir les bonnes idées.

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