Autres Recrutement

Les affaires reprennent

Mots clés : Monde du Travail

Après deux ans de repli, le secteur renoue avec une dynamique d’embauches. Tous les profils ont leur chance : les confirmés comme les jeunes diplômés.

L’horizon s’éclaircit. « Après avoir atteint le point bas en 2014 et en 2015, le marché du recrutement reprend dans le BTP cette année, avec des besoins des entreprises et des bureaux d’études en hausse », observe Céline Bagur, manager au sein du cabinet Fed Construction. Car les perspectives sont bien là, et les carnets de commandes se regarnissent. « Le volume des projets en phase études offre de bonnes raisons d’être confiant quant à l’atteinte des objectifs de prise de commandes jusqu’à la fin 2016, et au-delà », confirme Mathieu Vilain, chargé de mission RH chez Rabot Dutilleul Construction (Nord, 650 salariés). Une quarantaine de nouveaux collaborateurs devraient ainsi rejoindre l’entreprise en CDI avant la fin de l’année, soit près du double des effectifs recrutés en 2015. De la même manière, les cadres, moins scrupuleux à l’idée de quitter leur poste, s’enhardissent.

Le contexte ne se prête pour autant pas à l’euphorie des années privilégiées d’avant-crise. « Nous traversons une phase de croissance des effectifs bien réelle, même s’il convient de rester prudent : nous sommes donc en veille active sur les équipes travaux en bâtiment, infrastructures et génie civil », commente Jacques Perrin, DRH de Demathieu Bard (Moselle, 3 000 salariés), qui entrevoit un avenir « sans commune mesure avec celui que nous imaginions fin 2015 ».
On observe en outre des disparités entre les secteurs d’activité ou les zones géographiques. Le groupe ETPO (Loire-Atlantique, 320 salariés) a ainsi dû se résoudre à recourir à l’activité partielle pour certains de ses salariés, tandis que la croissance de ses activités sur le secteur de l’Ile-de-France a généré une dizaine de recrutements cette année. « Nous connaissons une situation contrastée, confie de son côté Bruno Pavie, DRH du groupe NGE. L’activité du terrassement n’est pas vraiment repartie, tandis que nous avons des besoins importants dans les domaines du génie civil, de la fibre optique et des travaux souterrains. » A la faveur des perspectives ouvertes par le Grand Paris, ces derniers reviennent en effet à l’ordre du jour. « De manière générale, la branche des transports connaît un fort développement : elle représente la moitié de mes recherches en matière de recrutement », complète Denis Cassat, chargé de recrutement pour SNC-Lavalin Europe.

Renforcer le suivi de travaux.

Parmi les facteurs favorables aux embauches : le développement de l’international. C’est le cas chez Egis. « L’internationalisation du groupe croît : nous finissons ainsi l’année avec moins de 40 % de notre chiffre d’affaires réalisé en France, détaille Frédéric Périn, son DRH. Nous avons par exemple gagné cette année de grands projets : métros de Birmingham, de Mumbai et de Nagpur en Inde, la conception de la première smart city en Inde, mais également la maîtrise d’œuvre de la grande mosquée d’Alger et de deux stades dans cette ville. » Ces projets génèrent de nombreux emplois locaux, mais créent aussi des besoins en France. Egis aura accueilli entre 300 et 350 nouveaux salariés en 2016 en France. Chez les constructeurs, les recrutements visent avant tout à renforcer l’encadrement de chantier et les études de prix. A l’image du groupe Legendre (1 527 salariés). « 80 % de nos recrutements concernent des ingénieurs travaux, des chefs de projets et des techniciens d’études de prix, pour moitié en Ile-de-France et pour moitié sur le Grand Ouest », chiffre Guillaume Beghin, DRH. Le groupe devrait ainsi intégrer, au total, quelque 150 nouvelles recrues avant la fin de l’année (+ 60 % par rapport à 2015). « Les recruteurs recherchent également des dessinateurs projeteurs, des métreurs et des ingénieurs méthode », liste Céline Bagur. Du côté de l’ingénierie, chez Artelia, « les profils recherchés quels que soient les secteurs sont les mêmes, à commencer par des directeurs de grands projets et des chefs de projet confirmés avec 10 à 15 ans d’expérience en maîtrise d’œuvre ou en assistance à maîtrise d’ouvrage », détaille Christine Grevé, responsable RH du groupe. Une demande qui reste forte en génie civil, en hydraulique et en bâtiment. « Nous sommes également en quête de profils à Bac + 2, en particulier des projeteurs, dont un nombre de plus en plus important sera appelé à travailler sur le BIM (Building Information Modeling). » La maquette numérique continue en effet à générer quelques embauches, notamment sur des postes d’experts. « Certains jeunes l’appréhendent encore uniquement comme un métier à part entière, alors qu’il s’agit avant tout d’un outil à intégrer, rapporte Stéphanie Mellot, responsable développement RH du groupe Setec. Tels le développement durable ou la qualité à leur époque, la maquette numérique s’impose aujourd’hui comme un élément incontournable dans l’environnement familier de nos ingénieurs d’études. »

Coller à l’évolution des métiers.

Si l’immense majorité des recruteurs tient toujours à intégrer en nombre des profils confirmés, le contexte redevient plus favorable pour les juniors. Les enjeux sont multiples. « Il faut avoir en perspective, au-delà du renouvellement de la pyramide des âges, les évolutions significatives de nos métiers, relève Gérard Charbonnier, directeur emploi et compétences chez Spie Batignolles. A cet égard, les cycles d’alternance permettent d’accompagner les développements de l’entreprise et de fidéliser les collaborateurs dans la durée. » Après avoir marqué un léger recul en 2015, le groupe francilien Balas a repris son rythme de croisière habituel avec, en cette rentrée, 8 % de son effectif en apprentissage. Cette année, l’entreprise d’électricité Prunevieille (Seine-Saint-Denis, 150 salariés), confrontée à l’avancée en âge de ses salariés, mise même sur l’apprentissage comme unique canal d’embauches. « Entreprise familiale attachée à la promotion interne, nous recrutons pour l’avenir », expose Isabelle Bailly, directrice administrative et financière. Chez Colas, 60 % des recrutements concernent les débutants. « Nous avions déjà anticipé la mutation des processus de sourcing vers les réseaux sociaux et le mobile pour capter la cible jeunes cadres, se félicite Cédric Mendes, chef du service recrutement et relations écoles. Nous nous efforçons désormais d’y rendre notre marque employeur plus attractive, notamment en y intégrant la dimension liée à l’innovation. »

Parmi les autres tendances cette année : des délais parfois courts pour recruter par rapport au démarrage des chantiers. Il n’est dès lors pas toujours simple d’être en phase avec les besoins du marché. Avec un carnet de commandes plutôt bien fourni au titre de 2017, l’entreprise Hervé SA (Yvelines, 260 salariés) vient de décrocher un projet pour la construction d’un hôtel quatre étoiles Marriott à Issy-les-Moulineaux. « Nous sommes donc en période de recrutement intensif pour trouver jusqu’à une dizaine de conducteurs de travaux d’ici à la fin de l’année », évoque Nathalie Turon-Lagau, DRH. La tâche est d’autant moins aisée, pour les recruteurs, que certains profils demeurent difficiles à dénicher. Ainsi des ingénieurs études de prix aguerris, ou encore des dessinateurs projeteurs. « Il y a toujours autant de difficultés à recruter sur les études d’exécution et les études de projet et, pour les opérationnels, sur les chefs de projet », pointe en outre Stéphanie Madinier, DRH de Balas. « La tension est montée d’un cran cette année sur le marché de l’encadrement de travaux », note pour sa part Jérôme Pavillard, DRH de Razel-Bec (Fayat), qui envisage « une vive compétition entre les acteurs de la construction » sur le sujet dans les mois à venir. Un constat partagé par Anaïs Mathy, manager exécutif immobilier construction chez Michael Page. « On retrouve, sur ce type de fonctions, des difficultés à recruter dès que l’activité repart. » Dans ce cadre, les sociétés d’ingénierie demandent un nombre important de postes sur la maîtrise d’œuvre d’exécution. « Nous recevons souvent à ce titre des profils de collaborateurs d’entreprises générales avec cinq ans d’expérience en suivi de travaux exprimant leur souhait de se réorienter. Aussi, la voie de l’entreprise générale reste attractive, mais fait face à une forte pénurie de candidats. » Pour identifier des talents, le groupe Colas lance un nouveau processus permettant aux candidats de se présenter sous forme de vidéo. De quoi ainsi « réhabiliter la candidature spontanée, qui tend à tomber en désuétude », envisage Cédric Mendes.
La suite ? Une majorité de recruteurs entend bien rester sur la même lancée pour 2017. S’ils n’osent encore le dire tout haut, nombre d’entre eux sont résolument optimistes. « Du reste, reprend Jacques Perrin, la difficulté à trouver des compétences continuera à attester, pour partie, de la reprise du marché. »

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ENCADRE

« Le marché de l’emploi lié au Grand Paris est en ébullition. »

« Certains de nos métiers, comme le terrassement, manquent d’activité, tandis que ceux du génie civil et des travaux souterrains, en lien avec les projets du Grand Paris qui vont alimenter la profession pendant cinq à huit ans, sont en tension. Nous redoublons d’efforts pour pallier d’importants besoins dans l’encadrement de chantier, les études de prix et les méthodes. Nous sommes en outre en quête, sur une population plus réduite, de directeurs de projets internationaux de bon niveau. Le marché de l’emploi lié au Grand Paris est en ébullition : il attire aujourd’hui des sociétés étrangères ou des acteurs nouveaux, qui viennent renforcer cette tension sur le marché du travail en Ile-de-France. D’où l’enjeu de construire une proposition attractive pour attirer des nouveaux collaborateurs et pour fidéliser notre encadrement. »

Jérôme Pavillard, DRH de Razel Bec (Fayat), 5 500 salariés

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« L’encadrant de travaux demeure le profil phare »

« Sur 2016, nous aurons recruté environ 250 personnes, aussi bien pour accompagner le développement de nouvelles entités dans les domaines du nucléaire, du génie civil en lien avec le Grand Paris, et de la réhabilitation sociale en milieu occupé, que sur notre activité d’entreprise générale. Nous avons besoin, pour cette dernière, d’ingénieurs travaux, un profil phare où l’on recrute à tous les niveaux, du jeune au directeur travaux. Nous recherchons ainsi des professionnels capables de gérer toutes les phases du projet, et qui sont polyvalents : à la fois gestionnaires, commerciaux, ou encore directeurs techniques. Ils doivent être de bons managers, une qualité nécessaire pour fédérer. Des compétences en informatique et la capacité à aller chercher de nouveaux outils, de nouvelles idées au quotidien – nous avons créé un secteur innovation -, nous intéressent également. »

Pauline Azoug, correspondante RH chez Léon Grosse (2 400 salariés)

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Les « plus » qui séduisent les recruteurs

Agilité intellectuelle. « Nous intervenons sur des projets de plus en plus complexes, avec la nécessité de travailler un territoire dans une dimension 3D, c’est-à-dire en ayant à l’esprit la façon dont les différents éléments d’un projet (aménagement urbain, transports, bâtiment…) interagissent entre eux. Une certaine mobilité intellectuelle s’impose ainsi pour passer d’un type de projet à un autre, d’un secteur d’activité à un autre… » (Christine Grevé, responsable recrutement du groupe Artelia)Double cursus. « Etre titulaire d’un double diplôme – ingénieur-architecte, ingénieur-management -, constitue un avantage pour le candidat. Le double cursus est également un atout pour des sociétés d’ingénierie comme Ingérop qui recherchent des collaborateurs de culture et d’origine différentes. Ce n’est pas un critère de recrutement prioritaire, mais nous y sommes sensibles. » (Biljana Kostic, responsable RH chez Ingerop)Capacité à innover. « Nous sommes en quête de collaborateurs qui, au-delà de leurs compétences techniques, s’adaptent aux nouvelles technologies et aux enjeux de la digitalisation, et pourront ainsi nous aider à innover. En somme, nous cherchons surtout des têtes bien faites ! » (Jean-Manuel Soussan, DRH de Bouygues Construction)Deuxième langue étrangère. « La géométrie du groupe évolue, l’anglais est souvent un prérequis et de plus en plus d’entités demandent la maîtrise d’une deuxième langue. En particulier l’espagnol, car l’Amérique latine est une zone de fort développement » (Claire Schnoering, directrice du développement RH de Vinci Construction)Ouverture. « Il est intéressant qu’un candidat soit ouvert à des sujets connexes. Au-delà des carrières classiques, nous pouvons proposer des parcours sur mesure, avec une évolution des travaux vers les études ou vers l’immobilier. » (Céline Pomathiod, directrice générale, groupe Floriot)

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