Architecture et urbanisme Rénovation

Le zoo de Vincennes achève sa mue

Mots clés : Réglementation - Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples

Quatre-vingts ans après son inauguration, le parc zoologique de Paris se réinvente. Fermé depuis 2008, le site rouvrira le 12 avril. Les vingt-sept mois de chantier, menés dans le cadre d’un partenariat public-privé, ont sauvé cette institution dont le décor architectural de 1934 menaçait ruine… et sauvegardé un peu de son esprit d’origine.

Différent, il est pourtant, toujours là. A son grand rocher, le public reconnaîtra ce zoo de Vincennes qu’il ne fréquentait plus depuis sa fermeture, fin 2008. Mais au jour de son inauguration, le 12 avril, le parc animalier situé dans le bois parisien laissera paraître l’ampleur de sa métamorphose. Là où lions, babouins ou loutres étaient autrefois isolés par espèces, juchés sur leur piédestal de faux rochers, les animaux se mêleront désormais, par affinités, dans le paysage de cinq biozones, des milieux naturels reconstitués. Et une sixième zone pourrait voir le jour d’ici huit à dix ans.

Une renaissance pour un zoo qui, depuis son ouverture en 1934, s’était usé jusqu’à l’armature métallique de ses montagnes factices. « Devenu impropre à l’exploitation, il devait être rénové, rappelle Thomas Grenon, le directeur général du Muséum national d’histoire naturelle, son propriétaire. Ce qui nous a offert l’opportunité de le repenser intégralement. » Refaire le zoo à l’identique était de toute façon impensable tant il ne correspondait plus aux goûts du public ni aux exigences légales. L’espace, ainsi, était devenu une question cruciale. « Désormais, les girafes évolueront dans un enclos trois fois plus vaste, souligne Sophie Ferreira Le Morvan, directrice du parc. A l’inverse, nous n’accueillerons plus d’éléphants qui demandent trop de surface. » Au total, 180 espèces vivront dans le zoo réinventé.
Le chantier, lancé en 2011, devait répondre aux exigences tant des vétérinaires et des soigneurs que des conducteurs de travaux et des financiers du partenariat public-privé conclu avec Chrysalis. « Il nous a fallu trouver un langage commun », remarque Véronique Descharrières, associée de l’agence Bernard Tschumi urbanistes Architectes (BTuA).

Un chantier de compromis

Cette rénovation serait donc le résultat d’une intelligente somme de compromis. Toutefois la sécurité et le bien-être des espèces ont primé sur la sélection des plantes ou le choix des matériaux. L’enclos des babouins, par exemple, devait être exempt de vis car ces singes sont capables de les desserrer. Le chantier « soulevait parfois des points si spécifiques, que nous avons sans arrêt mené des tests et même réétudié la conception de certaines parties techniques des ouvrages », explique Thibaut Vieillard, le directeur du projet pour Bouygues Bâtiment Ile-de-France. Dans ce lieu, où les paysages conçus par l’Atelier Jacqueline Osty et les nouvelles architectures de BTuA forment un tout, l’animal pourra vivre, se reproduire et avoir même le loisir de se cacher. Le zoo du XXI e siècle n’est plus un lieu de consommation mais d’exploration.

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Un partenariat adapté pour une institution d’exception

La transformation du zoo a fait l’objet d’un partenariat public-privé (PPP) signé en 2010 avec Chrysalis. Ce groupement de circonstance réunit le FIDEPPP, fonds d’investissement des caisses d’épargne, la Caisse des dépôts et Icade, et le groupe Bouygues Construction, dont Bouygues Bâtiment Ile-de-France qui a mené le chantier. Sur les 167 millions d’euros HT d’investissement, Chrysalis en a financé 127 et l’Etat, 30 dans le cadre du PPP. S’y ajoutent les 10 millions apportés, hors PPP, par le Muséum. Pendant vingt-cinq ans, Chrysalis, via Bouygues Energies & Services, assurera l’entretien du site. Mais, en raison des compétences spécifiques requises par l’établissement, le Muséum restera chargé de la gestion animalière et de la billetterie. Une redevance annuelle d’environ 14 millions, tirée des recettes propres du zoo, sera versée à Chrysalis.

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JACQUELINE OSTY, paysagiste, chargée de la conception paysagère du site - « Le parc zoologique paraît plus grand qu’il n’est »

« L’organisation des espaces a tenu compte de l’héritage, notamment des aménagements du bois de Vincennes menés sous la direction de l’ingénieur Alphand au XIX e siècle. Les boisements existants ont joué aussi sur la composition scénographique. Ensuite, les bâtiments ont été disposés à la périphérie du site pour dégager un maximum d’espace effectif. Mais le parc devait aussi paraître plus grand qu’il n’est. Nous avons donc dessiné une succession de lanières, des bandes de végétaux ou de textures de sol différentes. Cette partition donne de la profondeur aux paysages. Paradoxalement, nous devions effacer les limites dans un lieu qui n’est fait que d’enclos dotés de barrières ou de fossés. Il fallait également isoler les biozones les unes des autres, pour évoquer des milieux naturels différents. Nous y sommes parvenus, par exemple, en modelant la topographie par des terrassements ce terrain qui était plat. Néanmoins, il se dégage du parc une vision d’ensemble cohérente. »

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BERNARD TSCHUMI, architecte, concepteur des nouveaux bâtiments avec Véronique Descharrières - « L’architecture, toile de fond du paysage »

« L’architecture est, ici, au service du paysage et de son unité. Elle forme une toile de fond. Comme pour le MuséoParc d’Alésia et les Zénith de Rouen et Limoges, certains des bâtiments tirent parti du principe de la double enveloppe : à l’intérieur, un acier laqué noir habille les fonctions et, à l’extérieur, des assemblages irréguliers de madriers de mélèze expriment une image non formelle. Ils créent l’arrière-plan recherché d’autant qu’ils vont se fondre dans l’environnement. Ce bois, qui grise rapidement, a, par endroits, déjà pris une teinte proche de celle des rochers. La grande serre n’a pas plus vocation à être un objet architectural isolé. Ce projet est à l’inverse des folies du parc de la Villette qui étaient pensées comme des points de repère. Ici, il s’agit justement de supprimer les repères. Enfin, il fallait mettre hommes et animaux sur un pied d’égalité. Un vocabulaire architectural identique est donc employé pour les enclos et les bâtiments des visiteurs. »

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L'expert Eric Plouzeau, zoologue consultant, société Biozones - « Nous avons basculé d’une attitude consumériste à un objectif de protection »

Le principe des zoos n’est-il pas archaïque ?

Non. Nous avons en effet basculé d’une attitude consumériste, quand le public venait voir des animaux exposés, à un objectif de protection. Dans les années 1980, devant la dégradation accélérée des équilibres écologiques, les zoos ont senti qu’ils avaient un rôle à jouer dans la sauvegarde des espèces. Des programmes d’élevage ont été créés. Et d’ailleurs, certaines espèces sont désormais mieux représentées en captivité que dans la nature. Etablissements de recherche scientifique, les zoos ont enfin, avec les millions de visiteurs qu’ils reçoivent, une mission pédagogique essentielle.

Si bien que leur conception s’en est trouvée bouleversée…

Auparavant l’animal dans sa fosse était dominé par le visiteur. Il s’agit maintenant d’établir un rapport plus respectueux. De plus, en installant les espèces dans des biozones, c’est-à-dire des évocations de leur milieu d’origine, on rappelle qu’elles sont des êtres vivants constitutifs d’un écosystème. Le visiteur prend alors conscience des conséquences que peut avoir la destruction des sites naturels et, par exemple, des effets de l’exploitation des bois exotiques. Ces nouveaux aménagements, de plus, participent au bien-être de l’animal, élément primordial de leur conservation.

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Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Chrysalis. Commanditaire : Muséum national d’histoire naturelle. Maîtres d’œuvre : Atelier Jacqueline Osty et Associés, paysagistes urbanistes, conception paysagère ; Bernard Tschumi urbanistes Architectes avec Véronique Descharrières, conception nouveaux bâtiments ; Synthèse Architecture avec Bernard Hemery, bâtiments techniques et rénovations ; El Hassani et Keller, scénographie vivariums et signalétique ; Setec Bâtiment, lots techniques fluides hors bassins ; Bouygues Bâtiment Ile-de-France, autres lots techniques. Entreprise générale : Bouygues Bâtiment Ile-de-France. Principaux sous-traitants : Marchegay (serre), Atelier artistique du béton (faux rochers), DTP terrassement (VRD), Vertdéco (plantations serre), Agrigex (plantations hors serre), Hervé Thermique (traitement des eaux), Boscher (signalétique), Bouygues Energies & Services (maintenance). Calendrier : fermeture du zoo : novembre 2008 ; chantier : septembre 2011 ; livraison du dernier bâtiment : février 2014.

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