Territoires Côtes-d’Armor

Le village, l’école et la designeuse

Dans la cour du groupe scolaire du bourg de Trébédan, près de Dinan (Côtes-d’Armor), de hautes structures de jeux en bois interpellent le regard. Greffés au bâti, ces polygones aux allures de montgolfières sont signés par Matali Crasset. Des « extensions de générosité » dans le langage imagé de l’artiste. Aussi improbable que cela puisse paraître, la designeuse vient d’achever la requalification de l’école rurale Le Blé en herbe où sont scolarisés une soixantaine d’enfants. L’architecte Mathieu Le Barzic a piloté le volet opérationnel.

L’aventure a commencé il y a huit ans sous l’impulsion de la directrice de l’école Nolwenn Guillou et de sa collègue enseignante, Valérie Ronsoux. « Les locaux vétustes et exigus n’étaient plus adaptés pour accueillir une nouvelle population d’enfants », se souvient la jeune femme. Par l’intermédiaire du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) des Côtes-d’Armor, les enseignantes se saisissent du protocole des Nouveaux commanditaires. Initié par la Fondation de France en 1993, ce dispositif permet à tout un chacun de passer une commande à un artiste. « Le choix s’est porté sur l’univers créatif de Matali Crasset car il faisait sens avec le monde de l’enfance et de la transmission », note Eric Foucault d’Eternal Network, une association qui a joué un rôle de médiateur.

« Un outil modulable qui puisse servir à tous ».

Outre le soutien financier de la Fondation de France, la commune a bénéficié d’une dotation de l’Etat, du fonds européen Feder, du conseil départemental et d’une aide de la fondation Carasso. « Au vu des investissements importants – 1 million d’euros -, nous avons privilégié un outil modulable qui puisse servir à tous », remarque Matali Crasset. La mise en commun des espaces n’a pas qu’une seule vocation économique. « Ce projet matérialise quelque chose à l’œuvre ici, à Trébédan. Un goût du vivre ensemble. L’école en est le pivot. C’est un réservoir d’optimisme qu’il fallait mettre à profit », poursuit la designeuse.

La mixité des usages se manifeste dans l’organisation des espaces, notamment au niveau de l’extension prévue pour accueillir la cantine et la salle de motricité. Ce nouveau volume en béton largement vitré servira aussi de salle de partage, ouverte à tous les habitants. L’autre volume neuf qui lui répond de l’autre côté de la cour, abrite la troisième salle de classe et un dortoir grand luxe, équipé de lits capsules imaginés par Matali Crasset. Entre ces deux ailes, le corps du bâtiment initial et ses deux salles de classe ont été rénovés sur le principe de l’inclusion d’une boîte autonome en ossature bois dans la maçonnerie du bâti traditionnel. Une option qui a permis d’atteindre les objectifs de performance thermique proche du passif souhaité.
Tout au long du projet, Nolwenn Guillou et Valérie Ronsoux ont associé les parents, les habitants et les élèves autour de ce chantier « habité ». Grâce à ces énergies locales, le rêve d’école s’est concrétisé.

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