Territoires Loire-Atlantique

« Le transfert de l’aéroport est vital pour nos communes »

Mots clés : Gares, aéroports

Questions à Dominique Duclos, conseiller municipal de Bouguenais chargé des questions métropolitaines de Nantes Métropole, et Jean-Claude Lemasson, maire de Saint-Aignan-de Grand-Lieu et vice-président de Nantes Métropole.

Le débat autour du transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique se concentre surtout sur l’avenir du bocage de Notre-Dame-des-Landes et de ses terres agricoles. Mais quel sera l’avenir des installations de l’actuelle plate-forme située sur les communes de Bouguenais et de Saint-Aignan-de-Grand-Lieu en cas de victoire du « oui », ou du « non », lors de la consultation du 26 juin prochain ?

Si le « oui » l’emporte, ce que vous souhaitez, en quoi est-ce important pour les communes de Bouguenais et Saint-Aignan-de-Grand-Lieu. C’est tout de même le départ d’un grand équipement ?

Dominique Duclos : si l’aéroport déménage, nous pourrons utiliser une partie du foncier pour accueillir des entreprises. Il s’agit des parkings et de l’aérogare car la piste sera conservée pour les besoins de l’usine Airbus voisine. Ces installations sont déjà convoitées par des industriels locaux qui souhaitent disposer de 80 hectares supplémentaires. A Bouguenais, nous avons aussi besoin d’environ 200 logements tous les ans. Aujourd’hui, nous sommes contraints de construire sur la partie ouest, là où il y a moins de transports structurants, car la partie est de la ville, où se trouve le tramway, est placée sous le plan d’exposition au bruit (PEB).
Jean-Claude Lemasson : les usages futurs du site tourneront autour des besoins d’Airbus et du développement de la filière des matériaux composites et des énergies marines renouvelables avec l’Insitut de recherche technologique (IRT) Jules-Verne. A l’horizon 2025, avec l’aéroport transféré, cela représentera environ 12 500 emplois contre 7 500 aujourd’hui. Et puis, j’aimerais ajouter un élément que tout le monde oublie : une partie du site est vouée à rentrer dans le périmètre de la forêt urbaine. A la demande de Nantes Métropole, l’aéroport a d’ailleurs commencé à boiser à l’extrême ouest.

Concernant la piste qui serait réservée à Airbus, le récent rapport du conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) commandé par Ségolène Royal, préconise plutôt une offre de transport fluvial en liaison avec l’aéroport de Saint-Nazaire.

Dominique Duclos : on travaille sur cette question mais c’est un horizon plus lointain. Le problème du barging sur la Loire est sa rentabilité économique. Aujourd’hui, il n’y a que Airbus qui l’utilise et il faut trouver d’autres partenaires pour créer des trains de trois ou quatre barges.
Jean-Claude Lemasson : Airbus souhaite développer davantage le barging, mais il désire aussi garder la solution de transport aérien qui peut bénéficier à d’autres entreprises comme Daher-Socata. Dans tous les cas, cela ne représente qu’une centaine de vols non commerciaux par an et permettrait de lever le plan d’exposition au bruit.

Si le « non » l’emporte le 26 juin, quelles seront les conséquences pour vos communes ?

Dominique Duclos : un plan B est bien évidemment dans les cartons. Dans cette hypothèse, nous serions obligés d’obérer une partie de notre espace agricole qu’on a toujours voulu sanctuariser car on ne va pas laisser filer quelque 5 000 emplois.
Jean-Claude Lemasson : en revanche, à Saint-Aignan-Grand-de-Lieu, il n’y a pas de plan B. La commune est couverte à 100 % par la loi littoral en raison du lac de Grand-Lieu et on ne peut construire que dans le centre-bourg, survolé aujourd’hui par des avions à 85 mètres de haut. Je rappelle d’ailleurs que le dernier accident remonte à 1979. Au décollage, un Beechcraft [avion d’affaires 12 places, NDLR] s’est crashé à la limite du cimetière et du terrain de football. Si l’aéroport reste, je ne sais pas comment cela sera possible d’agrandir la piste qui présente un dénivelé de 12 mètres au sud, mais il est prévu que, à l’horizon 2025, la zone B du PEB aille au-delà du bourg, ce qui sous-entend qu’il deviendra inconstructible. On ne sera même pas autorisé à réhabiliter les bâtiments. En clair, la commune serait donc vouée à disparaître.

Comment expliquer que vous soyez aussi peu entendus ?

Jean-Claude Lemasson : sur les questions environnementales par exemple, il y a balle au centre. Ce que l’on consomme à Notre-Dame-des-Landes, on ne le consommera pas ici. Et inversement. Or, une certaine forme de presse considère que ce qui sort de la bouche d’un écologiste est forcément vrai. Concernant l’écologie, il y a ceux qui en parlent et d’autres qui la pratiquent. J’ai le sentiment de la pratiquer de manière régulière en tant qu’élu et dans mon métier puisque, depuis vingt-cinq ans, je suis ingénieur en énergies renouvelables et en constructions à faible impact environnemental. Pourtant, quand j’entends dire que l’on a recensé 120 espèces protégées à Notre-Dame-des-Landes et que je réponds qu’il y en a 240 à Grand-Lieu, zone Natura 2000, ma voix doit moins porter car je suis pour ce transfert.

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