Autres

Le Tétrodon un habitat mobile en liberté

Mots clés : Architecture - Architecture intérieure - Béton - Matériel - Equipement de chantier - Produits et matériaux

Conçu au sein de l’Atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA) par Jacques Berce, Henri Ciriani et Annie Tribel entre 1970 et 1972 et produit par le groupe industriel Barbot à partir de 1973, le Tétrodon partageait avec le poisson-coffre éponyme la faculté de doubler son volume initial en gonflant des dents latérales. Le principe de cet habitat léger était simple : un conteneur métallique aux gabarits de transports internationaux, augmenté de modules fonctionnels sous forme de doubles coques plastiques rétractables, alternées avec des panneaux vitrés ou pleins. Les Tétrodon se transportaient, coques rentrées, par camion ou par bateau pour être levés ensuite par grue et posés sur des plots de béton sur leurs terrains d’accueil. Contrarié par la hausse des prix du plastique dès 1973, le développement de ce « produit » se limita à un petit millier d’exemplaires. Depuis la fin des années 1990 des initiatives de sauvegarde, de patrimonialisation et de restauration ont permis aux jeunes générations de redécouvrir l’ingéniosité de cet objet, aux frontières de l’architecture et du design.

Au visiteur qui découvrira cet automne à la Cité de l’architecture et du patrimoine l’importante rétrospective consacrée à la production architecturale et urbaine de l’AUA (lire p.14), le Tétrodon pourrait d’abord paraître marginal. Parmi le vaste corpus brutaliste des équipements et des logements sociaux construits par l’AUA entre 1960 et 1986, ce petit « produit » de loisirs – aux lignes pop, tout en métal et plastique, promu dans les centres commerciaux de la région parisienne au mitan des années 1970 – témoigne en réalité de la pluralité des approches et des compétences qui permirent à l’Atelier de s’inscrire dans les problématiques et les formes de son temps.

Dans les années 1960, entre la fin des ZUP et le démarrage des villes nouvelles, les programmes liés aux vacances constituent pour les jeunes architectes français un foyer de commande opportun et un nouveau terrain d’expression des doctrines architecturales et urbaines. Relogés et équipés du confort moderne, les Français peuvent désormais penser à profiter de leurs congés payés, et le tourisme est inscrit par l’État à son IVe Plan en 1961 comme un enjeu majeur pour l’aménagement du territoire national. Tandis que la Datar consacre ses premières grandes missions au développement « équilibré » de la montagne et des littoraux aquitain et languedocien, les promoteurs privés construisent marinas et stations, et les milieux syndicaux ou progressistes financent et programment colonies et villages de vacances. L’AUA obtient rapidement deux commandes importantes liées au tourisme social (1) : un VVF à Grasse (1965-1967, Jean Deroche et Valentin Fabre) et un centre de vacances pour le comité d’entreprise d’Air France à Gassin (1966-1970, Jean Deroche et Paul Chemetov). Sur les pentes méditerranéennes, ces deux premiers projets de béton et de brique s’inscrivent dans une filiation moderne et dans un brutalisme assumés.

À l’Atelier, Jacques Berce (diplômé des Arts Décoratifs, associé de Valentin Fabre et membre de l’AUA depuis 1960) s’intéresse aussi à la question du tourisme social.

Mais plus précisément, il cherche à la corréler aux problématiques du design et de l’industrialisation. Féru de voile, Jacques Berce est aussi fasciné par les conteneurs du port du Havre qu’il rêve, depuis un moment, de réinterpréter en habitat léger de loisirs.

De l’idée au produit

Un jour de 1970, abordant le sujet avec Henri Ciriani, ce dernier lui aurait suggéré (2) de préserver la neutralité intérieure du volume métallique pour déporter toutes les fonctions spécifiques à sa périphérie. Dissocier les espaces servants de cet habitacle d’une quarantaine de mètres carrés en autant d’extensions interchangeables permettrait de proposer différentes options à choisir sur catalogue.

Tout en peaufinant son projet – dont il dépose le brevet en 1971 avec Henri Ciriani – ,Jacques Berce s’est rapproché de l’entreprise industrielle Barbot, spécialisée depuis l’après-guerre dans les ouvrages de charpente métallique et les containers. En 1972, un premier prototype est financé par Barbot qui le fabrique dans son usine de Descartes et en organise ensuite l’exposition dans la cour du Louvre à Paris. Relayée par Paris Match, l’opération attire l’attention de la Sonacotra, à la recherche d’habitats légers provisoires pour loger des...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 246 du 13/11/2015
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X