Urbanisme Ecosystème

Le tertiaire passe au vert

Les techniques s’affinent afin de privilégier les espèces locales et la variété des plantes.

Quatre sites certifiés en 2014, dix en 2015 et huit l’an dernier. Soit un total de 22 ensembles tertiaires qui ont obtenu le label BiodiverCity depuis sa création fin 2013 (lire p. 79). « Cette année, déjà 21 opérations ont demandé à l’obtenir, ce qui témoigne d’un réel engouement pour la végétalisation », estime Christophe Boutavant, ingénieur paysage, environnement et développement au bureau d’études De Gally. Cette montée en puissance de la nature dans le tertiaire s’accompagne logiquement d’une évolution des savoir-faire et des techniques (lire p . 77 et 78) .

Pour autant, la distinction entre végétalisation extensive, semi-intensive et intensive demeure. Une solution extensive signifie que le substrat est de faible épaisseur (inférieur à 10 cm) afin d’obtenir un poids limité (entre 60 à 180 kg/m²) et d’éviter de surcharger une structure existante. « Cette technique est bien adaptée en rénovation, mais limite la palette végétale aux sédums, des plantes grasses, qui ne nécessitent ni arrosage, ni entretien », précise Véronique Brillant, chef de projet environnement chez Egis Environnement. Lorsque le maître d’ouvrage inclut la dimension environnementale dès le début de son projet, et que la structure peut donc supporter davantage de charges, les systèmes intensifs ou semi-intensifs autorisent une plus grande diversité de végétaux. Le substrat installé sur des terrasses ne se cantonne plus aux toitures et atteint alors 30 cm d’épaisseur pour un poids compris entre 150 et 350 kg/m² avec du semi-intensif. Dans un système intensif, il est encore plus épais et son poids peut dépasser les 600 kg/m².

Choisir des plantes adaptées à la situation géographique du site.

Amélioration du confort thermique. En plus des questions liées à la capacité structurelle des bâtiments, différents programmes de recherche ont permis d’évaluer l’incidence des toitures végétalisées sur les consommations énergétiques des constructions. Ainsi, le programme Agrobat (1), mené par l’université de La Rochelle entre 2010 et 2013, a mis en évidence un confort thermique corrigé de 2 °C en été, grâce à la végétalisation. Autre bénéfice, les plantes réduisent l’effet d’îlot de chaleur urbain, notamment grâce à l’évapotranspiration. La reconnaissance de ces bienfaits permet d’être plus ambitieux sur le plan écologique avec une palette végétale plus vaste, qui comprend même des arbres. Véronique Brillant préconise donc de choisir les plantes en fonction de la zone géographique : « En région lyonnaise, par exemple, nous recommandons un mélange d’espèces rustiques et locales avec des vivaces résistantes. Cela limite la nécessité de replanter – à l’inverse des plantes annuelles – et cette diversité favorise l’installation des insectes. »

Le choix des espèces doit aussi tenir compte de leur entretien pour limiter les frais. Avec le changement climatique, il est très difficile d’anticiper les apports pluviométriques de chaque saison. Les surcoûts sont donc fréquents pour l’arrosage, mais pas seulement ! Dans le cas du Campus d’Eiffage (lire en cadré ci-contre) à Vélizy-Villacoublay (Yvelines), la priorité donnée aux espèces endémiques et la décision de ne pas utiliser de produit phytosanitaire ont eu deux conséquences : il a d’abord été nécessaire d’organiser des ateliers pédagogiques destinés aux occupants du site. Ces derniers ont en effet été surpris par l’aspect inhabituel des jardins, où une flore spontanée s’était installée. Autre impact : l’entretien est réalisé manuellement afin de préserver tout l’écosystème. Un surcoût qui n’avait pas été prévu au départ.

( 1 ) « Le Moniteur » n ° 5738 du 15 novembre 2013 , p. 52.

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Espaces verts - Une végétalisation exemplaire

Pour son siège social à Vélizy-Villacoublay (Yvelines), Eiffage voulait un site exemplaire en matière d’écologie. Pour tenir compte du plan local d’urbanisme qui limite la hauteur des édifices du fait de la proximité avec l’aérodrome, ces derniers ont été décaissés sur 4 m de profondeur, ce qui a créé des talus à forte pente. Autre défi, la friche existante de 600 m² devait être conservée. Le projet du paysagiste, très ornemental à l’origine, a dû évoluer pour tenir compte de ces points. Ainsi, la palette végétale, qui comprenait initialement des arbres aux écorces remarquables de Chine et d’Amérique du Nord, a été remplacée par des espèces locales. Et la friche existante, qui ne pouvait être conservée en pleine terre pour des raisons esthétiques, a été transférée en toiture, sur 2 400 m². « Nous avons choisi un substrat minéral afin de favoriser les plantes de prairies, sans arrosage », précise Christophe Boutavant, ingénieur paysage et environnement du BET De Gally.

Entretenir les « mauvaises herbes ». L’ensemble, qui a été livré en août 2015, ne ressemblait pas aux espaces verts classiques. L’entreprise les jardins de Gally forme donc les personnels à l’entretien des « mauvaises herbes ». Chaque semaine, deux personnes passent sur le site afin de tailler les arbres et procéder à l’arrosage. L’entretien, sans aucun produit phytosanitaire, représente un coût supérieur au budget prévisionnel, qui reste confidentiel.

Maîtrise d’ouvrage :Eiffage. Maîtrise d’œuvre : Wilmotte et Associés (architectes) et Neveux Rouyer (paysagiste). AMO : bureau d’études De Gally. Entreprise : Jardins de Gally. Budget (création des espaces verts) : 800 000 euros TTC. Livraison : août 2015.

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Installation - Créer un relais de biodiversité

Afin de réaliser les 1 200 m² d’espaces verts de l’immeuble Thaïs à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), Foncière des Régions (FDR) a dû combiner impératifs techniques et obligations réglementaires. « De l’immeuble existant en R + 4, nous n’avons conservé que les fondations pour ériger un édifice de sept étages, soit 5 600 m², en structure métallique », indique Roxane Maillard, chef de projet à FDR. Un matériau léger qui a autorisé la végétalisation de l’immeuble. Côté réglementation, le plan local d’urbanisme imposait un retrait de 18 m par rapport à la rue, avec obligation de végétaliser. Même situation en fond de parcelle, où il était impératif d’installer plantes et arbustes. Au final, la moitié de la parcelle est aujourd’hui recouverte de végétation en pleine terre.

Maîtriser les charges. Le maître d’ouvrage tenait à aller au-delà des obligations et a végétalisé plusieurs terrasses (R + 2, R + 5 et R + 7) avec des plantes locales, qui nécessitent peu d’eau et d’entretien afin de maîtriser les charges. « Or, la palette végétale d’Ile-de-France est très restrictive, rappelle Cerise Rolin, gérante de Terabilis & Développement, en charge de la végétalisation du site. Les arbres persistants sont rares parmi les espèces endémiques, et les plantes à feuilles caduques impliquent de l’entretien. »

Trois types de végétation ont pu être choisis en fonction des zones : des arbustes pour la pleine terre, avec des Malus toringo, « des pommiers ornementaux, dont les fruits attirent les oiseaux et constituent ainsi un relais de biodiversité », précise Cerise Rolin. Et des Acer campestre, de la famille des érables, endémique en Ile-de-France. Sur les terrasses, ce sont des Clematis vitalba ainsi que des Lonicera caprifolium, des espèces à la floraison dense et à petits fruits, qui ont été introduites. Enfin, en toiture, plusieurs sédums ont été choisis pour leurs capacités à s’adapter au climat sec et à recevoir beaucoup de soleil. L’ensemble vient d’être livré.

Maîtrise d’ouvrage :Foncière des Régions. Maîtrise d’œuvre : Terabilis & Développement. Entreprise : Lachaux Paysage. Budget espaces verts : 500 000 euros HT. Livraison : avril 2017.

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« La nature est indispensable à notre bien-être »

M. Qu’est-ce qu’un écologue ?

L’écologue est un scientifique qui étudie la structure et l’organisation des systèmes vivants.

En ville, il intègre les interactions entre l’homme et la biodiversité à différentes échelles.

Nous connaissons bien la faune, la flore et les écosystèmes, mais aussi les services qu’ils procurent.

M. Comment travaillez-vous avec les maîtres d’ouvrage ?

En France, le travail se limite trop souvent à la végétalisation. En réalité, notre expertise est plus vaste. Il s’agit de créer des biotopes qui vont s’interconnecter à l’échelle de la ville. Dans le cadre d’une trame biologique, par exemple, une toiture végétalisée constituera un relais de biodiversité pour les insectes et les oiseaux. Et un lieu éducatif sur l’importance de fleurs et des insectes utiles, comme les bourdons, par exemple. Nos missions consistent de plus en plus à relier l’homme à la nature, qui est indispensable à notre bien-être. C’est la biophilie.

M. Qu’est-ce que la biophilie ?

Elle fait référence à l’attrait inné des hommes pour les autres formes de vivant. Cette notion revient en force aujourd’hui avec les études qui mettent en évidence des liens entre productivité et bien-être au travail.

Ainsi, l’étude du cabinet GoodWill Management montre qu’une personne qui a accès à la nature sur son lieu de travail sera 3 % plus productive qu’une autre qui, à conditions de travail similaires, n’a pas de contact avec du végétal, l’air extérieur ou les saisons.

M. Vous avez participé à la création du label BiodiverCity. Quel était votre objectif ?

Puisque la nature est indispensable au bien-être, il est nécessaire de l’amener dans les milieux minéraux et technologiques que sont les villes. C’est bien afin de valoriser la proximité avec la nature que j’ai participé techniquement à la définition du label BiodiverCity, lancé fin 2013. Il s’articule autour de quatre axes : l’engagement du maître d’ouvrage, sa traduction par le maître d’œuvre dans le projet, le potentiel écologique de la parcelle et les usages offerts par le vivant. Il est délivré lors de la conception du bâtiment et confirmé à sa livraison.

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