Architecture Chambres à part 5/6

Le temps retrouvé de Souto de Moura

Mots clés : Architecte - Hôtels et pensions de famille

Au Portugal, un domaine agricole s’est mué en hôtel de luxe sous la baguette de l’architecte Pritzker 2011.

Cela fait deux siècles que les ancêtres de Jose Antonio Uva ont bâti cette exploitation agricole de Monsaraz, dans la région d’Alentejo (Portugal), « épargnée par la mondialisation et l’urbanisation », comme il le souligne. Lorsque, en 2002, cet ancien employé d’une banque d’investissement londonienne retourne vivre sur les terres familiales, le domaine, qui avait été nationalisé lors la révolution des Œillets puis abandonné, est délabré. Mais l’homme a un projet et c’est à Eduardo Souto de Moura qu’il fait appel en 2008 pour reconvertir cette ferme en hôtel étoilé. « Je n’avais pas pour intention d’utiliser le nom d’un architecte comme une marque, assure-t-il. J’ai choisi Souto de Moura car personne ne connaît aussi bien que lui l’architecture populaire du Portugal. » Lors de la première réunion, celui qui décrochera le prix Pritzker 2011 informe d’emblée son client qu’il s’emploiera à travailler à l’ancienne, sans recours à une écriture et des matériaux contemporains. Peut-être le maître a-t-il ressenti une émotion face à cette petite organisation urbaine, où cohabitaient grands propriétaires terriens et ouvriers, au milieu des animaux, des récoltes et des machines agricoles.

Règles de l’art originelles. Le désir de retrouver l’état originel est tel que le chantier a duré jusqu’en 2016. Les méthodes de fabrication des matériaux et leur mise en œuvre ont suivi les règles de l’art… d’il y a deux cents ans. Les briques ont été cuites au four pendant vingt-quatre heures, avec la même essence de bois qu’autrefois, pour obtenir une texture spécifique. Pour refaire les toitures, une équipe dédiée s’est attelée pendant trois ans à prélever les tuiles sur les vieilles maisons de la région, leurs propriétaires y trouvant le change en se faisant financer une nouvelle couverture. « La patine fait toute la différence », résume en une formule lapidaire Jose Antonio Uva. Entre les murs se sont glissés 22 chambres, 16 appartements, deux suites, un restaurant, un bar, un spa… là où il y avait logements de maître, d’ouvriers, écuries, étables, pressoir à huile, silos à céréales, etc. L’architecte a réparti le programme selon les potentialités spatiales : le restaurant dans le chenil, les chambres standards dans les logements ouvriers, d’autres plus grandes dans les étables… Il a trouvé de belles proportions, restauré les voûtes, les sols, etc.

Une fois cet humble et patient travail de revalorisation accompli, un décorateur a empli l’espace d’une multitude d’objets vintage, comme autant de signaux destinés à convaincre l’hôte qu’à tout instant, il se trouve dans un autre siècle. Souto de Moura – pour qui « un hôtel est un espace vide » – avait, pour sa part, déjà quitté le site. Le paysagiste portugais le plus renommé, João Gomes da Silva, a réalisé le master plan de ce domaine de 780 ha, en faisant apparaître les limites entre les zones habitée, cultivée, naturelle ou encore la partie archéologique et ses menhirs. L’hôtel São Lourenço do Barrocal désormais terminé, Jose Antonio Uva a un autre projet d’hôtellerie, avec un – ou une – autre « starchitecte » dont, pour l’instant, il veut taire le nom.

Maîtrise d’ouvrage : São Lourenço de Barrocal. Maîtrise d’œuvre : Eduardo Souto de Moura, architecte ; Global Arquitectura Paisagista, paysagiste ; Anahory Almeida, décorateur ; Afaconsult, BET TCE. Surface : 37 175 m². Montant des travaux : NC.

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