Architecture Technique Transports

Le téléphérique, de la montagne à la ville

Les transports par câble, une nouvelle solution en milieu urbain.

Les transports urbains entrent dans la « troisième dimension » : l’aérien ! Encouragées par quelques exemples emblématiques à l’étranger – comme Medellín en Colombie ou Rio de Janeiro au Brésil -, plusieurs agglomérations françaises songent sérieusement à se doter, ou se dotent déjà, de moyens de transport collectifs par câble. Ainsi, après le tramway ces dernières années, le téléphérique a aujourd’hui le vent en poupe. Brest mettra en service le premier téléphérique urbain hexagonal l’été prochain (lire page 68) et Paris, Bordeaux, Toulouse, Créteil, Grenoble, Orléans, Chambéry, parmi d’autres villes, affichent leur propre projet… plus ou moins avancé. Une vingtaine sont à l’étude à l’heure actuelle.

Sujet politique s’il en est – la loi de transition énergétique pour la croissance verte, votée en août dernier, cherche à développer les transports « propres » -, les transports urbains par câble posent en outre quelques questions techniques. Le projet de R & D Interconnexions transports en commun & technologies câbles (I2TC), lancé en janvier 2015, vise précisément à adapter ces systèmes aux contraintes et aux besoins de la ville moderne. « Deux grandes problématiques sont notamment considérées : la conception des gares et l’intégration des pylônes dans le contexte urbain. Les premières doivent être les plus compactes et fonctionnelles possibles. Les seconds pourraient voir leurs usages se diversifier, en abritant des services, par exemple », suggère Nicolas Moronval, directeur du projet.

Transport hybride.

D’autres pistes de réflexion, plus innovantes et ambitieuses, sont également étudiées par le consortium (1) d’I2TC, comme le transport de marchandises, l’une des causes de la congestion des villes. « La logistique du dernier kilomètre est un véritable enjeu de mutualisation de l’infrastructure. Nous pourrions utiliser des cabines, de nuit par exemple, pour transporter des colis chez les particuliers et dans les commerces de proximité, avance Nicolas Moronval. Nous avions un temps envisagé le transport de déchets, mais cette option présente actuellement trop de contraintes. » Autre perspective esquissée : assurer une continuité de service entre le téléphérique et un réseau de transport terrestre existant, comme le tramway, par exemple, sans que l’usager ne subisse la rupture de charge. « La cabine pourrait se décrocher pour être ensuite tractée par une motrice », indique le responsable.

Avant d’y parvenir toutefois, d’autres « détails » techniques, plus terre à terre, sont à résoudre. Si le téléphérique s’accommode bien d’un tracé en ligne droite, il peine, en revanche, avec les infrastructures actuelles, à évoluer sur des réseaux sinueux. « La prise d’angle est un point bloquant. C’est pourquoi nous cherchons à développer un système, le plus léger possible, qui permette aux cabines de tourner, hors station », précise Nicolas Moronval. Une illustration parmi d’autres des livrables d’I2TC, attendus pour 2018.

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27,8 % des émissions de gaz à effet de serre françaises sont dues au transport.
20 000 téléphériques dans le monde, dont la majorité en montagne.

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« Le câble en ville se justifie dès lors qu’il faut franchir un obstacle »

« Le transport par câble n’est pas à proprement parler un moyen de locomotion révolutionnaire. Il a depuis longtemps fait ses preuves en montagne. Son apparition en ville, en complément des réseaux de transport traditionnels (bus, métro, tramway…), est en revanche un phénomène nouveau. Après le marché des stations de sports d’hiver, arrivé à maturité, le câble se présente aujourd’hui comme une solution économique et écologique, pour répondre aux enjeux actuels de mobilité en milieu urbain. Il revient, en effet, en moyenne, de 30 à 50 % moins cher qu’une infrastructure de type tramway, par exemple, tout en consommant de huit à dix fois moins d’énergie et en émettant donc, corollairement, moins de gaz à effet de serre. Un projet de transport urbain par câble se justifie dès lors qu’il s’agit de franchir un obstacle (des terrains en forte déclivité, une autoroute, une voie ferrée, un cours d’eau, etc.). L’un des principaux atouts du câble, outre qu’il satisfait aux critères du développement durable, est qu’il impacte peu le foncier urbain, dans la mesure où son emprise au sol, qui se résume aux gares et à quelques appuis ponctuels, est extrêmement limitée. Il s’agit en outre d’un système réversible, facile à démonter si besoin. Si les transports par câble en ville reposent sur les mêmes techniques constructives qu’en montagne, ils doivent, en revanche, offrir un niveau de service plus élevé aux usagers, notamment en termes de fiabilité, de sécurité, de confort, d’accessibilité, de capacité… »

Pascal Roux, président de MDP Consulting

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Chantier Un saut-de-mouton à câble à Brest

Dans quelques mois, la Ville de Brest (Finistère) accueillera le premier téléphérique urbain de France. Construit, depuis l’été 2015, par un groupement d’entreprises mené par Bouygues Travaux publics Régions France (BTPRF), ce dernier s’insère dans le vaste projet de réaménagement du quartier des Capucins. Il permettra aux futurs usagers de rallier les deux rives de la Penfeld, distantes de 450 m, en survolant la base navale. Pour ce faire, deux nouvelles stations sont réalisées : l’une, en surface sur la rue de Siam et en balcon, à la cote 26 NGF, et l’autre dans un bâtiment existant (les Ateliers des Capucins), à la cote 34 NGF. Un pylône métallique de 75 m, permettant de dégager un gabarit maritime de 50 m et capable de résister à des vents de 108 km/h, est également érigé. « Nous construisons un saut-de-mouton à câble, c’est-à-dire un système entièrement automatique, avec deux cabines fonctionnant en va-et-vient, et se croisant l’une au-dessus de l’autre en survolant la Penfeld. C’est une première mondiale », indique Frédéric Godin, directeur commercial de BTPRF. Le montant des travaux, programmés sur une vingtaine de mois – études comprises -, s’élève à 13 millions d’euros HT.

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Projet Toulouse franchit le pas

En 2020, Toulouse se dotera, à son tour, d’un téléphérique urbain. Longue de 2,9 km, cette nouvelle ligne de transport téléporté (jusqu’à 7 000 passagers sont attendus chaque jour) desservira trois stations – l’université Paul-Sabatier, le centre hospitalier universitaire (CHU) Rangueil et l’Oncopôle -, toutes trois construites ex-nihilo, au sud de l’agglomération. « Le téléphérique nous permet de franchir deux obstacles majeurs, la Garonne et les coteaux de Pech-David, caractérisés par un sol instable – sur une longueur de 700 m, avec un dénivelé d’une centaine de mètres, et ce sans appui ponctuel. Ce projet s’avère plus simple et plus économique qu’un projet routier, qui aurait nécessité la réalisation d’un pont et d’un tunnel », indique Cyril Ladier, chef de projet chez Tisséo-SMTC.
Les travaux de construction doivent débuter fin 2018, pour une durée comprise entre quinze et dix-huit mois. « Ce projet, monté en conception/réalisation/maintenance et estimé, pour l’heure, entre 44 et 63 millions d’euros, est une première étape. Nous entendons, en effet, poursuivre la ligne en direction de l’est et de l’ouest de l’agglomération, au cours des années suivantes », conclut le responsable.

(1) Eiffage, Poma, RATP, Cdvia, The Vibrant Project, Ecole Centrale Lyon, Ensta Paris Tech et Paris I-La Sorbonne.

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