Enjeux

Le renouvellement urbain passe-t-il nécessairement par la démolition de logements sociaux ?

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Logement social - Urbanisme - aménagement urbain

Après les 150 000 destructions réalisées avec l’Anru 1, plus de 10 000 habitations sont encore concernées par la déconstruction dans le cadre de l’Anru 2. Une approche qui fait débat.

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« Oui, la démolition est adaptée pour les immeubles très dégradés »

« La démolition se justifie dans trois cas. D’abord dans les quartiers anciens et très dégradés où elle peut permettre de recomposer un bâti dense, insalubre ou massivement indigne, et donc améliorer le cadre de vie. Elle peut également être une solution dans les territoires en décroissance, marqués par une forte vacance du parc immobilier privé et social. Ces espaces perdent de manière structurelle des emplois et des habitants depuis des décennies et cela remet en cause la santé économique des bailleurs sociaux. Là-bas, la destruction d’immeubles et la reconstruction partielle de l’offre permettraient des formes urbaines plus adaptées à la demande, par exemple en direction des seniors et des jeunes ménages. Enfin, la démolition est adaptée pour des immeubles collectifs, sociaux ou non, qui présentent des formes urbaines très dégradées et dysfonctionnelles. Toutefois, cet acte est critiquable lorsqu’il est mis en œuvre pour régler une problématique de peuplement, de gros entretiens ou de grosses réparations, comme cela a souvent été le cas dans le cadre de l’Anru 1. Cet acte est d’autant plus contestable qu’il a eu pour effet de détruire une offre de logements peu coûteuse qui permettait de loger les plus modestes. D’ailleurs, des villes ont réussi à transformer l’image d’un quartier, à améliorer la qualité de ses espaces publics et à accroître leur mixité sociale en ne démolissant que ponctuellement, à l’exemple du Nouveau Mons à Mons-en-Barœul (Nord) ou du quartier Croix-Rouge à Reims (Marne). »

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« Non, toutes les surfaces construites sont capables de transformation »

« Il s’agit de ne jamais démolir, mais d’augmenter et d’actualiser les bénéfices de l’existant. Je me bats depuis plus de vingt ans, aux côtés des architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, contre les démolitions. Toutes les situations urbaines, toutes les surfaces construites sont capables de transformation. L’Anru ne regarde pas la qualité des logements de ces immeubles des années 1960-1980. Elle décrit ce qui ne va pas – thermique, enclavement, etc. – plutôt que ce qui va bien. Il faut remettre à plat ces pratiques obsolètes et absurdes. Nous avons démontré avec la tour Bois-Le-Prêtre (Paris XVIIe , Equerre d’argent 2011) que la transformation de l’existant coûte bien moins cher qu’une démolition-reconstruction, aberrante aux plans économique, écologique et social. Nous n’avons jamais été démentis ! Nous venons de finaliser une étude à nos frais sur le développement possible de Paris, sa capacité à proposer de meilleurs logements, de meilleurs usages, à se densifier doucement, à actualiser son habitabilité. Il s’agissait de mettre en évidence l’immense réservoir de matériel architectural et urbain dont la ville dispose pour cela.

A la lumière des 164 sites étudiés, à partir de 1 648 situations inventoriées, nous démontrons que 450 000 logements existants – occupés – peuvent retrouver un niveau de confort contemporain.

Et que 135 000 logements de qualité peuvent être créés, sur un territoire déjà viabilisé ! La même étude pointe que l’Anru, au 31 décembre 2014, avait investi 21,13 Mds d’euros pour un solde négatif de 24 081 logements… »

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