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LE REFUGE DE LA NORMALISATION

Mots clés : Architecture - Démarche environnementale - Développement durable - Energie renouvelable - Manifestations culturelles - Normalisation - Marquage CE - Rénovation urbaine

A la suite de son intervention lors du colloque Urbanisme durable qui s’est tenu à l’ESA le 3 octobre dernier, Frédéric Bonnet de l’agence Obras fait part de ses réflexions sur le sujet.

Il y a quelques semaines encore, la ville durable était sur toutes les langues. La crise financière a eu tôt fait de ravaler les ambitions au rang de prudentes précautions oratoires, en limitant la qualité environnementale au choix d’un mode de chauffage à peine plus économe. Cette propension à opposer sans cesse l’efficience économique et la qualité environnementale, l’équité sociale et les réalités du marché, la qualité de vie aux nécessités du développement montre bien à quel point la notion de durable, est ambiguë, et à quel point le projet d’une ville à la fois plus écologique, économe et solidaire est un projet fragile (1).

L’exigence de la durabilité semble venir d’abord de l’expertise : au rythme de croissance actuel, les ressources de la planète étant limitées, nous irions vers une impasse de développement, ceci démontré par la science, chiffres à l’appui. Il faudrait donc corriger le tir, par une série de mesures, essentiellement techniques. C’est en tout cas le principal message politique – Grenelle en tête ; il tend à en faire oublier les autres conditions, les dimensions sociales, économiques, philosophiques, culturelles et politiques. La croissance et la technocratie qui l’accompagne demeurent le dogme. Nicolas Hulot reprend le « principe de responsabilité » (2), mais les mesures proposées malgré lui sont des usines à gaz technocratiques qui reportent la régulation de l’effet de serre sur la loi du marché – dont la fiabilité est aujourd’hui particulièrement évidente – et un outillage technique pléthorique.

Sur le territoire, les écoquartiers labellisés risquent de privilégier un système technocratique sans que les mesures territoriales, l’efficience des mobilités, la qualité des modes de vie, les systèmes de ressources, les dimensions culturelles ou sociales ne soient prises en compte. Les premiers écoquartiers européens ne sont ni solidaires ni totalement exemplaires à l’échelle territoriale. La tendance est grande de substituer à une réflexion de projet, expérimentale et interactive, une expertise réglementaire (3). Notre rapport à la technique est parvenu à un point critique : s’il est légitime de préconiser des technologies plus économes en énergie, plus saines et plus respectueuses des ressources naturelles, ne devons-nous pas réactiver des équilibres plus fondamentaux, qui assurent peut-être mieux une durabilité des aménagements ? Cela suppose de réveiller notre amnésie culturelle. L’histoire de l’architecture est fondée depuis au moins la Renaissance sur un principe d’optimisation des ressources, sur l’obsession de la juste mesure entre l’effort produit et l’effet obtenu. Ce sont bien sûr les mots d’Alberti (4) et de ceux qui suivent jusqu’au début du xixesiècle, mais encore certaines déclarations des « modernes ». La charte d’Athènes a bon dos lorsqu’il s’agit d’en dénoncer ses supposés travers urbanistiques, mais elle exprime pourtant avec une clairvoyance étonnante la nécessité des cohérences territoriales (la ville-région et ses ressources), les impératifs d’une bonne gouvernance, les équilibres sociaux sans lequel le durable n’est qu’une idée pour riches délicats.

Expérimentation permanente

Cette vision transversale et généreuse est aujourd’hui difficile à renouveler. Nous avons en quelque sorte fait le deuil du rêve retranscrit dans la loi de 1977 sur l’architecture, lui donnant un horizon culturel de première importance. Le refuge de la normalisation, souvent résultat de compromis a minima, est peut-être plus aisé. Comment reconsidérer notre relation à la technique, tirer pleinement profit des innovations, les promouvoir même, sans réduire nos réflexions de concepteurs à ces améliorations quantitatives ? Aux antipodes de la technoculture, qui toujours sépare, le projet architectural et territorial constitue une expérimentation permanente qui est seule garante de la...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 183 du 01/11/2008
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