Architecture Technique Aménagement extérieur

Le recyclage sur la bonne voie

Mots clés : Aménagements extérieurs

Broyats de caoutchouc, bris de miroirs… Les produits recyclés envahissent la voirie publique.

Aires de jeux, sols sportifs, écrans acoustiques, gazons synthétiques, éclisses de tramway… La valorisation des pneus usagés dans le cadre de projets d’aménagement – ou de réaménagement – urbain est une pratique aujourd’hui courante, qui fait l’objet d’améliorations continues. Sur les 300 000 tonnes de pneus collectés chaque année, en moyenne, par l’éco-organisme Aliapur, près de 42 % partent en valorisation matière. Les 58 % restants sont, soit valorisés énergétiquement dans des fours industriels (42 % des pneus collectés), soit réutilisés sous forme de pneus rechapés ou d’occasion (16 %). « Le caoutchouc est une matière première secondaire qui peut être réemployée avec des applications de plus en plus diverses, comme dans les projets d’aménagement extérieur. Dans cette optique, nos efforts de recherche sont avant tout destinés, non pas à recycler pour recycler, mais à mettre au point de nouveaux produits qui apportent une valeur ajoutée réelle, que ce soit en termes de performances ou de sécurité, à des coûts maîtrisables », estime Jean-Philippe Faure, directeur R & D d’Aliapur.

Pour ce faire, les pneus usagés non réutilisables (PUNR) subissent des opérations de broyage et de granulation (ou criblage) dans des sites de transformation dédiés. « La gomme en caoutchouc des PUNR est généralement transformée, après extraction des fibres textiles et des fils métalliques qui composent également les pneus, soit en granulats -dont la taille varie de 0,8 à 20 mm-, soit en poudrette, des particules de caoutchouc totalement déferrées et défibrées dont la granulométrie est comprise entre 10 microns et 0,8 millimètre », explique le responsable.

De la poudrette de caoutchouc dans les enrobés bitumineux.

Aujourd’hui, Aliapur cherche à développer, comme son homologue espagnol, Signus Ecovalor, le réemploi de la poudrette de caoutchouc dans la fabrication d’enrobés bitumineux pour leur conférer une meilleure résistance à l’orniérage et à la fissuration, tout en permettant de réduire les nuisances sonores. « Jusqu’à 55 % des granulats produits en Espagne doivent, en théorie, être recyclés dans les revêtements routiers. Nous devons nous inspirer de cette réglementation. En France, les expériences menées jusqu’à présent sont positives. Nous sommes désormais prêts à développer cette technique à plus grande échelle », fait savoir Jean-Philippe Faure. Dans le même registre, l’éco-organisme a mis au point, en partenariat avec Eiffage, des dalles de sous pavement incrustées de granulats de caoutchouc. Comblant les vides et les interstices du béton, ces derniers, de tailles différentes et mélangés au matériau en centrale, empêchent, là aussi, les fissures de se propager.

Un autre débouché pour les broyats de pneus usagés consiste à les réutiliser dans la fabrication des barrières de sécurité de type « New Jersey ». Deux types de réemploi sont possibles. D’une part, les granulats de caoutchouc, mélangés à du plastique recylé, peuvent recouvrir les éléments en béton préfabriqués sous forme d’une fine couche. D’autre part, pourvus de fils métalliques, ils peuvent être mélangés au béton comme substitut partiel (jusqu’à 10 %) aux agrégats naturels (voir photo ci-dessous). Dans les deux cas, ces broyats accroissent les capacités d’absorption des barrières en cas de choc, tout en réduisant leur poids et en résistant mieux à la succession des cycles gel-dégel. De la route… à la route, les pneus usagés ont trouvé une nouvelle voie.

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ENCADRE

« Une initiative unique en Europe »

« Nous recyclons les matériaux de voirie en pierres naturelles sur une plate-forme dédiée à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne). Nous traitons environ 8 000 tonnes de pavés, dalles et bordures de trottoirs en granit par an, soit la moitié des besoins des chantiers parisiens. Pour la seule ville de Paris, le gisement est estimé à un million de mètres cubes ! Nous mettons à disposition des maîtres d’œuvre, pour les travaux neufs comme d’entretien, un catalogue de 120 produits. C’est une initiative unique en Europe. Moyennant quelques adaptations, nous sommes prêts à poursuivre cette activité dans le cadre du Grand Paris. »

Patrick Marchetti, responsable du centre de maintenance et d’approvisionnement de la Ville de Paris.

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