Enquête

Le rebut, matière noble

La revalorisation des matériaux et objets de récupération est un exercice stimulant pour les concepteurs qui s’interrogent sur les excès de production dans l’ameublement. Cette orientation est mue par un élan commun, la réinvention de l’objet, mais diffère par les moyens de la mise en œuvre et les discours qui le portent.

Le réemploi ou le recyclage de matériaux est une forme d’engagement des designers dans un ameublement plus respectueux des ressources. Cependant, plusieurs approches existent, avec, d’un côté, l’-upcycling ou « recyclage par le haut », design médiatique qui transforme le déchet en pièce de valeur artistique ; de l’autre, un design éclectique, davantage destiné au grand public, allant de l’éco-conception – une filière plus industrielle misant sur la transformation de la matière – jusqu’à l’open source, c’est-à-dire le libre accès aux plans de conception.

Deux grands procédés de « re-création » matérialisent ces -approches. Le premier, et le plus évident, est le réemploi, qui repose sur un travail de collecte, d’artisanat et d’assemblage de pièces pour donner lieu à un nouveau mobilier. S’il rejoint les pratiques des pays faiblement équipés où le do-it-yourself pallie le manque de matières premières, appliqué aux continents les plus industrialisés, il constitue une réponse positive à la crise économique et à la surproduction. Dans le second procédé, la transformation est plutôt l’apanage du fabricant. Il -s’appuie sur des chutes de matière qui sont réduites, compactées ou fondues, et sur des investissements techno-logiques pour forger une nouvelle matière première, par ragréage, avec ou sans ajout de liant. Quelle que soit sa forme, l’exercice contraignant de la réutilisation est toujours abordé comme un défi joyeux, en particulier dans l’art de l’upcycling, où l’empreinte visible des origines ajoute au cachet de la pièce en contant une histoire.

Fernando et Humberto Campana ont été les pionniers du genre dans les années 1980, en lançant des réalisations à partir de déchets dans un style extravagant et humoristique. Leur mobilier exprime les contrastes entre richesse et pauvreté au Brésil, dans une forme d’opulence et de décadence, et anoblit ce qui était destiné au ban et à l’oubli. Le fauteuil Favela (1991), fait de débris de pin ou de teck et fruit d’une semaine de travail, témoigne de la nécessité dans les bidonvilles de ne pas gaspiller les ressources. Leurs étagères modulaires Detonado (2015) détournent un classique, des chaises en osier Thonet, mêlées à du nylon de raquette de -tennis. Le studio Campana se positionne dans une poésie narrative libérée des diktats, et c’est par rebonds que leur réputation s’est -forgée en matière d’écologie, à une période où on en faisait peu de cas. Dans les années 1990, Boris Bally suit une quête artistique et frondeuse lorsqu’il collecte...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 252 du 30/06/2016
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