Annuel aménagement Bruxelles

Le Quartier européen se débloque enfin

Mots clés : Architecte - Métier de la construction

Surnommée l’« égouttoir à voitures », la rue de la Loi est un cauchemar d’urbaniste. Après des années d’attente, le masterplan élaboré par l’atelier de Portzamparc pourrait bientôt trouver ses premières concrétisations.

Le projet de réaménagement du quartier autour de la rue de la Loi – appelé « Quartier européen » parce qu’il accueille les institutions communautaires – est à l’image du rêve européen : ambitieux… mais presque à l’arrêt. Lorsqu’en 2008, un concours d’urbanisme avait été lancé par la Commission, la ville de Bruxelles et la région de Bruxelles Capitale, les premiers chantiers étaient prévus dès 2011. La fin de l’année 2014 se profile et le réaménagement du quartier de la rue de la Loi reste à l’état de projet.

Il y a pourtant urgence à agir. D’abord, parce que cet axe historique de la capitale belge, long de plusieurs kilomètres et qui va du rond-point Robert-Schuman à la rue Royale, est devenu au fil des années une cité administrative sans charme, un alignement d’immeubles de bureaux au même gabarit et sans ouverture. Un simple « égouttoir à voitures », pour reprendre l’expression d’Erwan Saliva, chef de projet de l’Atelier Christian de Portzamparc, choisi par la région en 2009 pour réaliser le plan d’urbanisme du quartier. « L’idée est donc de créer une mixité et de casser l’implantation massive de bureaux administratifs au profit de logements, de commerces et d’une meilleure mise en valeur des équipements culturels et de loisirs », explique Marie-Laure Roggemans, déléguée de la région en charge de ce dossier (ADT Brussels). Ensuite, parce que la Commission européenne a besoin de regrouper ses services, éparpillés dans toute la ville. Un PUL (Projet urbain Loi) prévoit d’y concentrer 400 000 m² de bureaux de la Commission. Sur la base de ces objectifs, l’Atelier Portzamparc a présenté un plan s’apparentant à l’opération Masséna à Paris. « L’idée est d’augmenter la densité verticale dans certaines zones et de la baisser dans d’autres. C’est également de réaliser une rue ouverte, avec des espaces publics, des squares et des parcs », explique Erwan Saliva.

Les premiers permis de construire devraient bientôt être délivrés sur l’îlot A. Ils sont actuellement instruits par la région, désormais compétente sur le sujet en lieu et place de la Ville. En effet, la majorité municipale socialiste ne veut plus entendre parler d’immeubles de grande hauteur, tout comme des associations de riverains qui ont déposé des recours contre l’adoption, fin 2013, du Règlement régional d’urbanisme zoné (RRUZ). La région a annoncé qu’elle souhaite augmenter la densité de 150 %, espérant que les promoteurs accepteront, en échange, d’introduire de la mixité dans leurs projets. « Il est dommage que la ville et les associations n’aient vu que l’aspect « tours » », regrette un bon connaisseur du dossier à la région.

Le belge Atenor et le britannique Europark sont les deux promoteurs dépositaires des permis. Ils sont prêts à construire des tours de 44 000 et 50 000 m², dont l’une sera occupée par la Commission européenne. « A l’origine, ils ne prévoyaient que 2 000 à 3 000 m² de logements. Les bureaux rapportent davantage d’argent et les mélanger à des logements revient à réaliser deux projets distincts », explique Pierre Lemaire, de l’ATD. « A la suite de négociations, il est apparu que la parcelle d’Atenor, celle sur la rue Jacques-de-Lalaing, se prêtait davantage aux logements. Le promoteur a accepté d’y réaliser 10 000 m² de résidentiel, représentant le quota cumulé voulu par la région pour les deux tours. Celle d’Europark sera entièrement tertiaire. » Les logements seront moyen-haut de gamme, mais en aucun cas sociaux. « Nous avons tout de même obtenu qu’une partie des appartements soit de plus grande taille », se satisfait néanmoins Pierre Lemaire.

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Chiffres clés

12,5 % : part du résidentiel voulue par la région.

490 000 m2 : surface actuelle de bureaux.

880 000 m2 : surface du projet (soit 390 000 m2 de surface en plus : 240 000 m2 de bureaux, 110 000 m2 de logements, 40 000 m2 de commerces).

ENCADRE

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : région de Bruxelles Capitale, en partenariat avec la Commission européenne et la Ville de Bruxelles.

Maîtrise d’œuvre : Atelier Christian de Portzamparc, DTZ (étude d’inventaire), Groupement Buur (urbanisme)/Aries (environnement)/CSTC (éclairage)/Institut Von Karman (vents) : étude d’impact sur le Règlement régional d’urbanisme zoné.

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