Actu ÉRIC GOULOUZELLE, directeur territorial Seine-Nord de l'ONF

« Le promeneur n’accepte plus les coupes rases »

Mots clés : Aménagement paysager

Pour la première fois de son histoire, l’Office national des forêts (ONF) a confié l’une de ses directions territoriales à un paysagiste : Éric Goulouzelle, qui pilote la plus urbaine d’entre elles.

Comment votre formation de paysagiste s’exprime-t-elle dans la gestion forestière d’un territoire ?

Je considère l’ONF comme le plus grand paysagiste de France, avec son immense jardin de 1,8 million d’hectares de forêts domaniales métropolitaines. À grand paysage, grande responsabilité ! La France oppose son modèle multifonctionnel à celui du zonage qui caractérise les pays anglo-saxons : d’un côté, des forêts à 100 % spécialisées dans la production et rythmées par les coupes à blanc de leurs plantations homogènes ; de l’autre, des réserves intégrales où l’on ne coupe rien. À l’inverse, nous pratiquons une sylviculture qui favorise la biodiversité et permet l’accueil du public en tenant compte de l’identité de chaque territoire ; le curseur bouge selon le poids respectif de chaque fonction.

L’approche paysagère facilite-t-elle la synthèse entre des demandes parfois contradictoires ?

L’ONF n’a pas attendu les paysagistes pour bien faire. La capacité à résoudre des problèmes complexes dans des projets fait partie des qualités communes aux paysagistes et aux forestiers. Mais, à la différence de ces derniers, les paysagistes échappent aux limites parcellaires pour mieux appréhender les écosystèmes territoriaux et s’intégrer dans des projets qui mobilisent d’autres acteurs : urbanistes, ingénieurs routiers, agronomes, etc. Mon expérience à l’agence des espaces verts de la région Île-de-France m’a aidé à comprendre les enjeux des politiques territoriales auxquels contribue l’ONF au côté des collectivités.

Comment les forestiers enrichissent-ils le regard du paysagiste ?

Ils le ramènent vers sa matière première que les écoles de paysage ont eu trop tendance à oublier à force de singer l’enseignement de l’architecture. Le forestier s’intéresse moins à l’individu végétal qu’à l’assemblage dynamique, avec ses étages et sous-étages. Il a en tête le film des successions qui manque souvent au paysagiste.

Comment cette approche pluridisciplinaire s’applique-t-elle à votre territoire ?

Avec les 23 millions d’habitants des Hauts-de-France, de la Normandie et de l’Île-de-France, le territoire Seine-Nord détient le record de densité démographique, parmi les six directions territoriales de l’ONF. Mais ce vaste territoire est très contrasté ; il inclut de grandes parties très peu peuplées et fait se côtoyer des territoires...

Vous lisez un article de la revue Paysage n° 399 du 15/05/2017
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