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Le pompage du béton est-il rentable ?

Mots clés : Béton - Matériel - Equipement de chantier - Travaux publics

Bâtiment. Systématiquement utilisées dans les ouvrages de génie civil, les pompes à béton se font plus rares dans le bâtiment. Le pompage s’avère pourtant pertinent, à condition d’intégrer cette technique en amont des chantiers.

Contrairement aux Shadoks, les entreprises de construction françaises pompent peu ! Selon le Syndicat national du pompage du béton (SNPB), seulement 20 % du béton prêt à l’emploi mis en œuvre le serait grâce à une pompe à béton. C’est deux fois moins que chez nos voisins allemands ou espagnols ! Les entreprises françaises lui préfèrent la benne suspendue à une grue pour remplir leurs banches métalliques. Comment expliquer cette exception culturelle ? D’abord par l’importance du parc de grues à tour. Selon les estimations, le marché français en compterait près de 5 000. Dès lors, pourquoi investir dans la location d’une pompe à béton lorsque l’on a déjà à disposition un moyen pour bétonner ? A la différence des ouvrages de génie civil pour lesquels les entreprises ont systématiquement recours aux pompes à béton, dans le bâtiment cette technique reste peu utilisée et, le plus souvent, réservée à des opérations bien précises comme lorsqu’un chantier a pris du retard et qu’il lui faut rattraper le temps perdu ou lorsqu’il faut couler un gros radier.

Vite rentabilisé

Pour l’élévation, en revanche, qu’il s’agisse de Bouygues, de Vinci ou d’une simple PME, tous ou presque préfèrent la bonne vieille Secatol. « Pourquoi utiliser une pompe à béton pour élever un mur de 2,50 ou 3 m de haut alors qu’une simple grue suffit ? » interroge Thomas Souche, aux commandes de BP Construction. « Sur les bâtiments, il n’y a pas de risque de ségrégation car les hauteurs de construction ne sont pas assez importantes. En moyenne, nous coulons 20 m3 de voiles par jour, ce qui ne représente jamais que quarante ou cinquante minutes d’immobilisation d’une grue. Sur une journée de huit heures, c’est tout à fait tenable », poursuit-il. « C’est dans la mise en œuvre horizontale que nous pouvons apporter le plus d’amélioration », argumente Jean-Marie Modica, vice-président du SNPB, conscient que des freins subsistent dans l’esprit de nombreux chefs de chantier. à commencer par celui des coûts : « La question du prix revient régulièrement, c’est vrai. Mais investir dans une pompe à béton ne devient un surcoût que si on ne l’a pas inclus en amont. » Pour le prouver, le syndicat a fait réaliser au printemps 2015 une étude par un cabinet indépendant dans laquelle il apparaît que le recours à une pompe à béton permettrait de gagner 9 % sur le délai total de réalisation du gros œuvre pour un petit immeuble collectif en R + 2, dans le cas où les dalles seules auraient bénéficié de cette technique. Mieux : pour un chantier R + 5 de logements collectifs de taille moyenne (70 logements), le pompage du béton occasionnerait un gain de temps de 18 % sur le délai total du gros œuvre pour du tout coulé à la pompe, et de 10 % pour le pompage uniquement des bétons de dalles. « Une entreprise de cinq à dix personnes qui traite simultanément trois à quatre chantiers avec des équipes de trois personnes pourrait intégrer un chantier supplémentaire si elle réalisait l’économie d’une personne lors des coulages de fondations et de dalles ou des chapes de dallage, calcule Jean-Marie Modica. Un coulage de dalle ou de radier nécessiterait l’intervention de deux personnes avec une pompe, contre trois sans pompe. Si l’on considère un coût journalier moyen de 300 € par personne pour l’entreprise de gros œuvre, alors ce matériel est vite rentabilisé. » Jean-François Mauro, qui dirige l’entreprise éponyme, confirme : « Non seulement on gagne du temps mais cela monopolise effectivement moins de personnel que l’on peut alors affecter à d’autres tâches. » L’autre intérêt, et pas des moindres, porte sur les conditions de travail. Avec une pompe, le recours au râteau n’est plus systématique, et les risques d’éclaboussures sont réduits. Montée sur un camion, la pompe à béton offre même un confort supplémentaire puisque le chauffeur n’a même pas besoin de descendre de sa cabine pour piloter le bras hydraulique au bout duquel est fixé le tuyau métallique chargé de délivrer le béton. Un jeu d’enfant, ou presque. Car, malgré les apparences, recourir à une pompe à béton ne s’improvise pas. « Il faut tout calculer, du phasage du chantier à sa taille, en passant par son accessibilité », confirme Thomas Souche. Y a-t-il une ligne à haute tension à proximité, sachant que cette dernière peut provoquer un arc électrique sur le mât ? Le stationnement du matériel se fera-t-il sur un espace privé ou public, ce qui, dans ce dernier cas, nécessiterait une autorisation ? Et quelle est la nature du terrain ? Sur un sol meuble ou très boueux, une chape peut s’avérer indispensable. Enfin, il y a aussi la nature du béton que l’on souhaite couler. Les bétons légers, par exemple, ne peuvent pas être pompés. Ni les bétons dits « de propreté ». En France, sur les 35 millions de mètres cubes de béton coulé l’an dernier, seuls 7 millions l’ont été grâce aux pompes à béton. Un chiffre qui est loin d’être anecdotique mais demeure insuffisant pour les loueurs de pompes régnant sur un parc de 1 500 machines particulièrement coûteux.

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«En concurrence directe avec les grues à tour»

Antonio Agostinho, président d’Inter Service Pompe (ISP)

« En France, les pompes à béton sont en concurrence directe avec les grues à tour à forte capacité. Et il y en a beaucoup ! En revanche, je ne crois pas que le recours aux centrales à béton mobiles soit un frein à leur développement. Il est très facile de placer une pompe à béton sous une centrale à partir du moment où l’on respecte certaines règles comme la pose d’un système de nettoyage. C’est indispensable lorsque l’on pompe sur des longues distances. Nous avons d’ailleurs créé une branche spécialement dédiée au pompage stationnaire afin de mieux faire connaître ce matériel et ses conditions d’installation. »

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Retour d'expérience - Pour gagner du temps et réduire la pénibilité

Cela fait déjà une quinzaine d’années que l’entreprise Mauro utilise des pompes à béton. « Nous avons notamment recours à ce matériel pour les voiles de grande hauteur afin d’éviter la ségrégation en pied et ne pas créer ainsi de modification dans la structure granulaire du produit », précise son dirigeant, Jean-François Mauro. Autre avantage : le gain de temps. « Pour une voûte, avec une benne à béton, il faut compter une heure pour couler 1 m3 contre seulement quarante minutes avec une pompe. » Mais de là à se passer de la grue traditionnelle et de sa benne à béton… « Pour un voile de 2,80 m de hauteur, il ne sert à rien de pomper, confirme Jean-François Mauro. En revanche, toutes nos dalles sont coulées à la pompe. » Et de calculer : « Pour une surface de 10 m3, trois personnes sont mobilisées pendant près de dix heures, alors qu’avec une pompe, l’opération est ramenée à quatre heures et ne nécessite que deux ouvriers par tranche de deux heures. » Pour assurer un coulage optimal, le débit de la machine doit rester constant. Il convient donc de prendre en compte, dès la commande, la cadence horaire de livraison souhaitée et de prévoir l’aménagement du terrain. La machine a-t-elle des risques de s’embourber ? Le terrain est-il stable ? Y a-t-il suffisamment de place pour installer le matériel ? Les entreprises de construction qui font appel à cette technique doivent y réfléchir bien en amont. Elles doivent aussi lutter contre la force de l’habitude et réussir à lever les freins de certains de leurs salariés qui affichent vingt ou trente ans d’expérience et ont toujours été habitués à travailler avec une grue. « C’est un peu comme lorsque nous nous sommes équipés d’une pelle hybride, se souvient Jean-François Mauro. Au début, nous pensions que les bénéfices étaient purement environnementaux. Mais, très vite, nous nous sommes rendu compte que cela améliorait aussi le confort de travail car elle fait moins de bruit. Avec les pompes à béton, c’est pareil ; la pénibilité est réduite », assure le dirigeant.

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« Il faut 10 min pour vider un camion »

Arlindo Marques, chef de chantier chez GCC

«J’ai souvent recours aux pompes à béton, mais essentiellement pour le dallage et les fondations. C’est plus rapide. Avec une pompe, il faut dix minutes pour vider un camion, alors qu’autrement, il nous faudrait une demi-heure. Pour un gros radier de 1000m3, c’est important. D’ailleurs, dans ce dernier cas, on utilise souvent deux pompes, et on en garde même une troisième en réserve si jamais l’une des deux autres venait à tomber en panne.»

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Retour d'expérience - Bien approprié pour des radiers ou des dalles

Lorsqu’il s’agit d’opérer de gros coulages dans un laps de temps réduit ou lorsque la grue est utilisée pour d’autres interventions (manutention, ferraillage, coffrage…), BP Construction a recours à des pompes à béton . Dans tous les cas, c’est toujours avec parcimonie que Thomas Souche, conducteur de travaux, fait appel à cette technique. «Sur dix chantiers, deux environ vont en utiliser une au moins une fois, généralement pour un gros radier à couler ou une dalle. Pour des élévations, en revanche, je n’en vois pas l’intérêt. Aujourd’hui, nous coulons environ 20m3 de voiles par jour, ce qui va monopoliser une grue guère plus d’une heure dans la journée.» Pourquoi faire appel à une pompe quand une simple grue fait aussi bien l’affaire ? Les entreprises de construction doivent constamment arbitrer pour amortir leurs investissements. «Un pompage de béton nécessite un camion-pompe avec un forfait d’immobilisation, plus une redevance au mètre cube pompé, ce qui majore le prix du béton de 15 à 20% en fonction des volumes, détaille Thomas Souche. À elle seule, la redevance représente environ 15 % de majoration. Pour pouvoir équilibrer les coûts, il faut tout calculer, du phasage à la typologie du chantier. Si je n’ai qu’un seul bâtiment à construire et un seul radier à couler, une grue suffit. En revanche, lorsque la surface à construire est importante et permet le travail par zones ou qu’il y a plusieurs bâtiments, une pompe va me permettre de couler 90m3/h contre 30m3 à la grue, tout en libérant celle-ci pour d’autres travaux.» L’entreprise, qui a rejoint le groupe Fayat en 2012, dispose également de sept centrales à béton mobiles, peu compatibles avec la technique de pompage. Par ailleurs, cette disposition de coulage implique l’utilisation de béton prêt à l’emploi qui restreint les temps de coulage aux heures d’ouverture des fournisseurs de BPE, conditions peu appropriées à cette entreprise spécialisée dans les travaux de montagne.

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