Autres Energies renouvelables

Le photovoltaïque sort de l’ombre

Mots clés : Electricité - Energie renouvelable

Consommer sa propre électricité ne sera bientôt plus un acte militant. L’autoconsommation se développe, avec de nouveaux modèles économiques.

«Le solaire a gagné la partie », estime André Joffre, dirigeant du bureau d’études Tecsol et président de Qualit’EnR, l’association de qualification des installateurs en énergies renouvelables. Cette affirmation a de quoi surprendre quand on pense au marasme que connaît la filière depuis six ans. Les facteurs économiques et réglementaires sont toutefois aujourd’hui réunis pour une vraie relance du secteur, mais avec un changement de paradigme. « Au départ, ceux qui se sont lancés dans le solaire y sont allés avec un rêve d’autonomie énergétique, explique David Marchal, directeur adjoint Productions et énergies durables à l’Ademe. Le système qui a été mis en place les a poussés à injecter l’électricité produite sur le réseau et à acheter ce dont ils avaient besoin, alors que, physiquement, ce sont les mêmes électrons ! » La nouvelle donne du photovoltaïque passe aujourd’hui bien plus par l’autoconsommation.

Le principal argument, c’est la fameuse parité réseau, c’est-à-dire le moment où le kWh solaire se situe au même prix, hors aides, que l’électricité publique. Or, ce moment approche à grands pas. « Le prix des panneaux a été divisé par huit en dix ans », rappelle André Joffre. Et des marges de manœuvre existent encore dans les années à venir (voir graphique ci-contre). En parallèle, le prix de l’électricité du réseau continuera de monter. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime qu’il faudrait augmenter de 5 % par an pendant cinq ans les prix de l’électricité, ce qui situerait le kWh sans doute aux alentours de 22 cts d’ici 2022. Résultat, la parité réseau pourrait être atteinte début 2018 en moyenne. Passée cette date, les courbes poursuivant chacune leur chemin, le kWh solaire produit localement deviendra moins cher que le kWh nucléaire. Et l’autoconsommation prendra tout son sens : pourquoi vendre un électron au prix où on l’achète, sachant qu’une installation raccordée engendre des coûts assez lourds ?

Appel d’offres.

Les pouvoirs publics ont d’ailleurs bien compris où se situait la dynamique. Un premier appel d’offres photovoltaïque dédié à l’autoconsommation verra le jour prochainement. En aidant financièrement un certain nombre de projets, l’Etat va en accélérer la rentabilité. Car, avec l’autoconsommation, de nouveaux modèles économiques vont émerger. Côté industrie, plusieurs acteurs majeurs se positionnent. Total rachète Saft, un des principaux fabricants de batteries, et possède déjà SunPower. EDF Energies nouvelles et Engie lancent eux aussi leurs offres photovoltaïques, gage de l’intérêt retrouvé pour cette technologie.

Deux fournisseurs d’électricité.

Les paramètres vont aussi bouger du côté des installateurs.

« Deux modèles vont probablement cohabiter, prédit Richard Loyen, délégué général d’Enerplan. D’une part, celui du client qui paie lui-même l’installation, comme aujourd’hui. D’autre part, celui d’une entreprise qui investira dans une installation, et vendra l’électricité produite à un ou plusieurs consommateurs. Il s’agit d’une mission dont des acteurs publics ou semi-publics, comme les SEM, pourraient très bien s’acquitter ! Le consommateur aurait alors deux fournisseurs d’électricité, un conventionnel et un solaire. » Dans tous les cas, l’installateur conserve un rôle clé, même si la technique de pose évolue. En facilitant la surimposition plutôt que l’intégration au bâti (lire page 9), l’Etat pousse la filière vers des installations toujours moins chères. A l’installateur d’imaginer d’autres leviers pour créer de la valeur, notamment des offres de leasing ou du pilotage pour orienter la consommation vers les heures où le solaire produit à plein. Le monde du photovoltaïque reste par ailleurs très attentif à la qualité. S’il existe depuis longtemps des qualifications, celles-ci sont en stand-by, car le photovoltaïque passe au travers des mailles de l’écoconditionnalité. Et pour cause, le crédit d’impôt ne porte plus sur ces équipements. « L’écoconditionnalité arrive pour les tarifs d’achat », annonce André Joffre. On parle aussi d’un crédit d’impôt minimal, qui pousserait vers la qualification des installateurs. Qualit’EnR réfléchit par ailleurs à une mention « autoconsommation » de la marque QualiPV, qui introduirait notamment l’obligation de déclarer l’installation à Enedis et de la faire contrôler par Consuel avant sa mise en service. Une ordonnance en préparation sur l’autoconsommation imposera d’ailleurs cette déclaration préalable.

Mais tous les blocages ne sont pas levés. Si la tourmente d’EDF laisse de l’espace à ceux qui, au sein de cet empire, croient au solaire, la filière a encore des doutes sur la bonne volonté d’Enedis, gestionnaire du réseau. L’ex-ErDF craint de voir ses revenus chuter avec l’autoconsommation. Mais la culture change à marche forcée. Le projet d’ordonnance autoriserait les petits consommateurs à rejeter gratuitement le surplus de production sur le réseau, sans frais, ce qui viendrait compenser en partie les pertes de charge.
Une évolution très satisfaisante pour les professionnels du secteur, car l’actuelle convention d’autoconsommation d’Enedis interdit formellement toute réinjection. Autre évolution notable, le Turpe, ce droit d’utilisation du réseau que paie tout acteur qui injecte un électron sur le réseau public. Il pèse près d’un tiers de la facture et rend très compliquée l’équation au niveau d’un immeuble ou d’un quartier. La Commission de régulation de l’énergie devra créer un Turpe réduit pour faciliter les projets à l’échelle d’un bâtiment ou d’un quartier. De quoi ensoleiller l’activité photovoltaïque, après six ans d’obscurité.

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Les logements attendent le stockage

A l’inverse du parc tertiaire, les bâtiments résidentiels se prêtent mal à l’autoconsommation. En effet, les périodes d’activité des occupants ne coïncident pas avec celles de la production photovoltaïque. Une étude de l’Institut de recherche en économie écologique de Berlin, publiée en 2011, a analysé la destination des flux électriques pour des installations comprises entre 3 et 5 kWc en toiture de maison. Elle a conclu qu’environ 20 % de l’énergie générée par un panneau était utilisée par les propriétaires de l’équipement. Ce taux pouvait atteindre 40 % avec une adaptation des consommations à la course du soleil.
Pour tutoyer l’autoconsommation complète, le logement devra donc recourir à des dispositifs de stockage. A court terme, les batteries lithium-ion semblent la technologie la plus apte à remplir cet office. Toutefois, l’électricité produite par l’association des deux systèmes reste coûteuse, entre 30 et 35 cts/kWh. Cependant, le prix des batteries lithium-ion devrait chuter de 400 €/kWh aujourd’hui à 200 €/kWh en 2020. Le couple batterie-panneau atteindrait alors la parité réseau en France métropolitaine.

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