Architecture Technique Passerelle

Le périphérique parisien enjambé en une nuit

Mots clés : Bois - Ouvrage d'art

L’ouvrage métallique en forme d’arc surbaissé habillé de bois a été posé sur des culées déjà réalisées.

La passerelle qui franchit le boulevard périphérique parisien entre les portes d’Aubervilliers et de La Villette est le résultat d’un concours de maîtrise d’œuvre lancé en 2012 et attribué à DVVD. Après six mois d’études, l’appel d’offres pour sa réalisation a été remporté par le groupement mené par Segex, avec Viry, Razel-Bec et Agrigex. L’ambition est d’offrir un lien naturel et confortable entre la ZAC Claude-Bernard de Paris (dans le XIXe arrondissement) et le parc du Millénaire d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), en liaison avec la nouvelle forêt linéaire jouxtant l’infrastructure.

Pour Daniel Vaniche et Bertrand Potel, concepteurs du projet chez DVVD, « le souhait d’un lien visuel fort entre les deux côtés du périphérique et de continuité de la promenade a conduit à cette solution en arc surbaissé, évocateur du rythme de la marche ». Pour rassurer les piétons sujets au vertige, les concepteurs ont encadré le platelage par un lattis de bois à claire-voie. « Celui-ci offre un espace protecteur et rassurant dans les vues longitudinales, tout en restant transparent et évanescent dans les vues transversales, avec une opacité inférieure à 50 % », détaille Bertrand Potel. Enfin, une accessibilité optimale est proposée aux personnes à mobilité réduite avec des rampes d’accès à 4 % sans recourir à des éléments mécanisés. Ce cheminement serpente de côté, sur les talus de rive soutenus par les murs antibruit renforcés pour l’occasion.

Mise en place par deux grues.

La structure métal/bois de 120 tonnes a été réalisée et montée par Viry à Remiremont (Vosges). Ses ingénieurs ont planché à partir d’un fichier informatique 3D élaboré sous AutoCAD par DVVD : trois mois de calculs et un an de fabrication/montage ont été nécessaires. La structure a ensuite été démontée, transportée, puis réassemblée en bordure du périphérique parisien. Restait à la poser sur ses culées définitives.

Pour éviter de couper la circulation automobile, DVVD avait initialement prévu un montage en deux travées avec appui central provisoire (palée). Le projet a été finalement abandonné à cause des contraintes du sol (de nombreux réseaux circulent sous le terre-plein central) et financières (coût et complexité du rétrécissement des voies de circulation). Autre solution : installer une grue unique d’au moins 1 000 tonnes sur le périphérique. Mais le temps de son installation/démontage, le recours à un palonnier unique lourd et de grande dimension, et la difficulté d’accostage du tablier central sur ses deux appuis, ont incité Viry à proposer une alternative associant deux grues de 700 tonnes portant chacune un palonnier. L’une déjà implantée sur la rive nord, l’autre montée temporairement sur la chaussée.
L’opération, conduite dans la nuit du 14 mai dernier, a duré neuf heures au total et le périphérique parisien a été coupé dans les deux sens pendant seulement trois heures, une première depuis quarante ans (voir aussi « Le Moniteur » n° 5818 du 29 mai 2015, p. 9). Il reste à aménager les abords et les accès pour une inauguration prévue à l’automne 2015.

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Maîtrise d’ouvrage : Semavip (Société d’économie mixte d’aménagement de la Ville de Paris). Maîtrise d’œuvre : architecture et ingénierie : DVA/DVVD (Daniel Vaniche, Vincent Dominguez, Bertrand Potel) ; chef de projet : Clément Carrière. BET mise en lumière : Light Cibles. Paysagiste : Arpentere. Groupement d’entreprises mené par Segex : fondations, gros œuvre, réseaux et aménagements, éclairage et terrassement par Segex et Razel-Bec ; charpente métallique, habillage et platelage, et garde-corps par Viry ; paysage et plantations par Agrigex.

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Chantier - Montage à blanc avant la pose

La structure a été réalisée par Viry dans son usine de Remiremont (Vosges) et montée à blanc. L’ensemble a ensuite été démonté et réparti en six colis pour être remonté sur le chantier. Chaque élément devait être transportable selon les gabarits routiers. Sur le site, la travée centrale est assemblée en un mois par soudage et boulonnage côté nord du périphérique. Son équipement complet (habillage, platelage, éclairage) a pris trois mois. Le 14 mai, la pose s’est déroulée par séquences. A 21 h 00, coupure du périphérique extérieur et montage de la grue centrale sur les voies. A minuit, coupure du périphérique intérieur, levage et pose de l’ouvrage en vingt minutes, puis boulonnage des fixations sur les deux rives. A 3 h 00, réouverture du périphérique intérieur et démontage de la grue centrale. A 6 h 00, réouverture du périphérique extérieur.

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Accessibilité - Des rives transformées

Dans le cahier des charges, les rampes d’accès pour personnes à mobilité réduite pénétraient longitudinalement d’une soixantaine de mètres dans les rues avoisinantes. Cette solution doublait la longueur de la passerelle de chaque côté des deux rives. DVVD l’a contournée de façon élégante et économique en intégrant les rampes sur le côté, le long des murs du périphérique. Le tablier est alors accessible aussi bien par des escaliers frontaux que par le cheminement latéral, alors conçu comme un parcours paysagé, agrémenté de placettes et de mobilier urbain avec des vues portant sur le périphérique et la passerelle. Le cheminement serpente sur des talus de terre ajoutés, adossés aux murs antibruit du périphérique, transformés pour l’occasion en murs de soutènement.

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Structure - Trois poutres d’acier et un platelage bois/Inox

La passerelle est constituée de trois poutres tubulaires, soudées avec des diaphragmes tous les 2,60 m. C’est un treillis tridimensionnel composé d’une membrure haute et de deux poutres inférieures. En coupe, la section triangulaire varie et donne un rythme à l’ensemble du bâti. Cette variation géométrique permet aussi l’accostage des rampes d’accès au niveau des paliers des escaliers. Le platelage antidérapant est constitué d’une alternance de lames Inox et bois pour éviter la pose de résine abrasive (corindon), efficace mais sujette à dégradation. Les lames en bois de chêne (100 mm) et des tubes d’acier Inox, avec de la silice noyée dans la masse (40 mm), alternent. Le chêne a été traité par aspersion d’une solution aqueuse pour en faire partir le tanin et éviter d’inesthétiques coulures ocre dès la première année. Le platelage repose sur des lambourdes aussi en chêne. Il est fixé par modules de 1 m de 5 à 6 lames dans un cadre manuportable pour le montage.

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