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Le paysagiste connaît la musique

Mots clés : Aménagement paysager - Manifestations culturelles

Installé depuis vingt ans à Lille, où sa finesse a fait mouche, le Néerlandais Nico Bouts (Nord Sud Paysages) a failli embrasser une carrière musicale. Portrait d’un oiseau rare dans sa jungle.

Entre son agence et son domicile, situés de chaque côté d’une jolie place arborée, Nico Bouts ne peut s’empêcher, en grand enfant qu’il a su rester, de faire tinter les barreaux de la clôture qui enserre le square, comme il aime entrechoquer des verres de cristal ou souffler dans un tuyau d’aspirateur. « Tu entends ? La tonalité change avec la pente de la rue », s’émerveille-t-il. Le paysagiste vit pareillement la musique et l’espace, dans une relation charnelle. Il se déplace toujours à vélo, dont il dit joliment avoir fait son « cheval de Troie » pour entrer dans Lille, qu’il propose aujourd’hui aux touristes de visiter de cette façon. « Et en voyage, je préfère emporter un instrument qu’un lecteur MP3. » Cette vibration remonte à une prime jeunesse baignée d’art lyrique. « Simone Diderot, ma mère, une alto dont la voix correspondait bien à Carmen, jouait de temps à autre les doublures au Concertgebouw d’Amsterdam. » Le petit Nico lui-même chante régulièrement dans le chœur des gamins du célèbre opéra de Bizet, sur les scènes d’Arnhem, Maastricht ou Nimègue.

Jardin symphonique.

Le jeune choriste apprend également le piano, la guitare, le trombone… « Tout cela a marqué mon enfance, à tel point que j’ai pensé en faire mon métier. » Mais Nico nourrit une autre passion, d’ailleurs pas si éloignée de la musique : les mathématiques. « Je mesurais tout ! Surtout, j’aimais dessiner les jardins, en respectant scrupuleusement le volume de chaque feuille. Finalement, le jardin a pris le dessus. » Du sien, il a fait une symphonie fantastique, une jungle au cœur de Lille, un théâtre de verdure où se produisent les meilleurs rossignols du quartier.

Dans la luxuriance des lieux, toute la générosité de cet esthète à la fois entier et subtil, qui a toujours défendu une certaine idée de son métier, affermie à l’Ecole nationale supérieure de paysage de Versailles. Durant quatre ans, l’étudiant stupéfie ses camarades en se rendant en cours à la force du mollet… depuis la place du Châtelet ! Et découvre « une culture différente » qui nourrira son inspiration.
« J’avais fait le tour des écoles, aux Pays-Bas, en Allemagne, mais c’était “ trop ingénieur pour moi. J’ai trouvé à Versailles un côté artistique dans la présentation des projets qui collait beaucoup plus à ma fibre et à ce que j’estimais nécessaire pour créer du paysage. »
L’art, toujours l’art. « Je crois que pas une année de ma vie n’a passé sans que j’appartienne à une chorale », confie Nico Bouts. Le baryton fait aujourd’hui partie de l’ensemble vocal Hamadryade, qui a participé au projet Dogora du compositeur Etienne Perruchon, dont la musique est familière aux auditeurs de France Inter. Entre ville et chants, ce paysagiste-conseil de l’Etat a trouvé sa voix.

La semaine prochaine, le portrait de Paul Andreu, architecte et écrivain.

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